Les principales forces pro-européennes du Parlement européen se sont dites prêtes à soutenir une relance européenne à vingt-sept États membres, mercredi 15 mars, lors d'un débat sur les résultats du Conseil européen de printemps et, notamment, sur l'élaboration de la Déclaration de Rome que les Vingt-sept adopteront, samedi 25 mars à Rome, pour marquer le soixantième anniversaire des traités fondateurs de la CEE et de la CEEA (EUROPE 11743).
Toutefois, les principaux groupes politiques du PE ne mettent pas forcément en avant les mêmes priorités resserrées sur lesquelles l'Union devrait concentrer son énergie à l'avenir, faisant ainsi réapparaître les clivages politiques entre la gauche et la droite.
« Les domaines qui nous intéressent sont la défense et la politique étrangère », a indiqué le président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber. Au nom du groupe libéral, le Belge Guy Verhofstadt a estimé que l'Europe devait concentrer ses efforts sur les questions où une action européenne apporte une vraie valeur ajoutée, citant la protection des frontières par le Corps européen de gardes-côtes et de gardes-frontières, la création d'un Trésor pour la zone euro et une capacité européenne en matière de renseignement pour mieux lutter contre le terrorisme.
À gauche de l'échiquier politique, c'est la concrétisation d'une Europe plus sociale qui préoccupe davantage. Pour Gianni Pittella (S&D, italien), la question principale n'est pas celle de l'intégration à des rythmes différents, mais plutôt celle de « la direction ». S'il n'y a pas de référence à l'Europe sociale ni à une refonte de la gouvernance de la zone euro, ne signez pas la Déclaration de Rome !, a-t-il lancé au président du Conseil italien, le social-démocrate Paolo Gentiloni, présent dans l'hémicycle. Et de citer aussi comme priorité la transition énergétique, la protection des frontières extérieures de l'UE et la lutte contre l'évasion fiscale.
Doutant que la Déclaration de Rome annonce un véritable renouveau, Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande) a souligné le besoin d'envoyer un signal fort, à Rome, en vue d'une « Europe plus sociale ». Au Royaume-Uni, les travailleurs précaires ont voté en faveur du 'Brexit' parce qu'ils pensent que l'Europe n'apporte pas de réponse à leur situation, a-t-elle déploré. Pour sa part, le co-président du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, a plaidé pour « un changement de cap » qui mettrait au centre de l'attention « la convergence fiscale et sociale » et il a critiqué « l'Europe forteresse » qui fait tout pour maintenir à distance les migrants fuyant la misère ou la guerre.
Le président de la Commission européenne a été le seul président d'une institution européenne à souligner l'importance de l'Europe sociale. Dans le cadre de la réflexion sur l'avenir de l'UE initié par son récent Livre blanc (EUROPE 11736), la Commission présentera un document spécifique sur l'Europe sociale. Un sommet spécifique aura aussi lieu à Göteborg mi-novembre.
Dans le camp des eurosceptiques ou europhobes, Raffaele Fitto (CRE, italien) a estimé que, alors que le navire coule, on se préoccupe surtout de la vitesse du naufrage au lieu de s'interroger sur la vague de rejet qui la submerge. Rosa D'Amato (ELDD, italienne) a critiqué le manque de légitimité démocratique de l'UE tout en déplorant l'absence de solidarité des États dans la répartition de l'accueil des réfugiés. Pour Matteo Salvini (ENL, italien), l'Europe telle qu'elle est une honte : elle critique la Turquie mais lui fournit des milliards d'euros pour gérer les flux migratoires ; en Méditerranée centrale, les morts et les débarquements en Italie de migrants atteignent des records...
L'unité à vingt-sept avant l'intégration différenciée
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, dont la réélection a été plusieurs fois saluée mercredi (EUROPE 11742), a admis que la question d'une Europe à plusieurs vitesses serait l'un des sujets abordés à Rome, fin mars. « Certains s'attendent à des changements systémiques qui desserreraient les liens intra-européens et renforceraient le rôle des Nations au sein de la communauté. D'autres, à l'opposé, sont à la recherche de formes d'intégration nouvelles et profondes, même si cela s'appliquerait uniquement à quelques États membres », a-t-il noté. Néanmoins, d'après lui, la conclusion du débat du Conseil européen sur la Déclaration de Rome demeure la suivante : « l'unité des Vingt-sept est notre atout le plus précieux ». Et d'ajouter : « Si tu veux aller vite, va seul ; si tu veux aller loin, allons-y ensemble ».
Pour M. Juncker, l'objectif d'un recours accru aux coopérations renforcées au sein de l'Union n'est pas de dresser un nouveau « rideau de fer », mais de « faire comprendre que tous ne veulent, ne peuvent pas avancer de la même manière dans l'UE ».
Dans la même veine, M. Gentiloni a souhaité que les célébrations de Rome envoient, en ces temps incertains, un message de confiance qui ne conduise pas à une Europe aboutissant à une première et à une seconde division, ni divisant les 'grands' États des 'petits' ou les pays de l'Est et de l'Ouest. La Déclaration de Rome sera, « comme toujours, le résultat d'un compromis entre des opinions divergentes », a-t-il estimé. (Mathieu Bion)