La représentante du Parti républicain du peuple (CHP) auprès de l’UE, Kader Sevinc, a souhaité, jeudi 22 septembre, que l’UE soit plus présente en Turquie.
Soulignant que le soutien des Turcs à l’adhésion à l’UE était faible, elle a estimé que l’UE devait davantage s’engager en Turquie. « Nous avons besoin d'une présence plus forte en Turquie. La délégation européenne devrait être renforcée. Et il faut plus de bureaux, plus visibles, à travers l’Anatolie, pour informer la population, pour créer un dialogue » avec différents segments de la société turque, a-t-elle expliqué lors d’une conférence organisée par l’EPC sur le coup d’État raté en Turquie.
Selon Mme Sevinc, si le taux de soutien est si faible, c’est aussi en raison du fait que l’UE ne remplit pas ses promesses. « La baisse du soutien est due à la façon dont l’UE se débrouille pour perdre la confiance des Turcs », a-t-elle ajouté, jugeant que « si l’UE était cohérente, si elle tenait ses promesses », « le soutien serait bien plus fort ».
Ainsi, pour la représentante du CHP, « l’UE devrait revoir son approche envers la Turquie ». « La politique UE-Turquie et sa mise en œuvre sont une faillite. Il faut réinventer la politique de l’UE envers la Turquie, la reformuler, sans négliger que le but des négociations est une adhésion pleine et entière », a-t-elle souligné.
Mme Sevinc a ainsi appelé à l’ouverture des chapitres d’adhésion 23 (appareil judiciaire et droits fondamentaux) et 24 (liberté, sécurité, justice), bloqués par Chypre. Selon elle, ouvrir ces chapitres ne signifierait pas faire un « cadeau aux autorités », mais permettrait de donner les lignes directrices claires pour faire les réformes nécessaires. La responsable politique turque a également rappelé que trois chapitres de négociations n’étaient pas bloqués et pouvaient donc être ouverts sans plus attendre : les chapitres sur la politique sociale et l’emploi (19), les marchés publics (5) et la concurrence (8). « Ils sont très importants pour la démocratie, car ils sont liés à la qualité de la démocratie », a-t-elle expliqué.
Si la représentante du CHP a rappelé son soutien à la levée des visas pour tous les Turcs, elle a précisé qu’en attendant que tous les critères soient remplis - dont le plus problématique est le changement de la loi antiterroriste – certains segments de la population, tels que les hommes d’affaires ou les étudiants, devraient déjà pouvoir en bénéficier.
Enfin, Mme Sevinc a critiqué l’attitude de certains États membres envers le PKK. Si l’organisation est considérée comme terroriste, selon elle, à plusieurs reprises, lors de manifestations en Europe, des drapeaux du PKK ont été brandis et des portraits de ses dirigeants exposés. La représentante du CHP s’est demandé si la réaction des autorités européennes serait la même si des drapeaux d’Al-Qaida ou de l’État islamique étaient déployés. Mme Sevinc a demandé aux partisans du retrait du PKK de la liste européenne des organisations terroristes d'agir « de manière responsable ». (Camille-Cerise Gessant)