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Bulletin Quotidien Europe N° 11591
Sommaire Publication complète Par article 24 / 24
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1147

*** ETIENNE BALIBAR: Europe, crise et fin ? Le bord de l'eau (118 rue des Gravières, F-33310 Lormont. Tél.: (33-5) 56201921 - fax: (33-9) 71702741 - Courriel: contact@editionsbdl.com - Internet: http://www.editionsbdl.com ). Collection « Diagnostics ». 2016, 326 p., 21 €. ISBN 978-2-35687-094-0.

Cet ouvrage rassemble des textes qui ont été rédigés entre mai 2010 et octobre dernier, sélectionnés par l'auteur parce qu'ils marquaient l'irruption de dimensions nouvelles dans la crise désormais existentielle qui n'en finit plus de frapper l'Union européenne. Ils traduisent, explique-t-il, « l'intensification du problème de la solidarité européenne, au niveau des populations », et manifestent « de plus en plus clairement l'impossibilité de le résoudre en appliquant les recettes préconisées par les élites dirigeantes de l'Europe actuelle, pour ne rien dire des règles inscrites dans les traités fondateurs ou qui leur ont été ajoutées depuis ». Qui est Etienne Balibar, pour porter de tels jugements ? Pas un « spécialiste de l'Europe »: il confesse ne l'être « à aucun degré », se présentant seulement comme « un citoyen européen de nationalité française » devenu « philosophe politique de profession ». C'est toutefois aussi un intellectuel reconnu et ancré à gauche à qui sa trop grande liberté de penser a valu un jour d'être exclu du parti communiste français.

C'est cette même liberté de penser qui l'amène, dans ces pages, à sonner le tocsin, dans l'esprit de cet extrait de la quatrième de couverture: « La question est désormais posée: ou bien les nations européennes trouvent la formule de leur unité démocratique, manquée en 2005 et jamais approchée depuis, ou bien elles vont vers la montée des nationalismes, l'officialisation de la xénophobie, la soumission aux fluctuations de la nouvelle économie financière, dominée par le jeu des acteurs privés et de nouvelles puissances géopolitiques, et la prolifération des politiques sécuritaires ». Dans le contexte ambiant, difficile de ne pas prêter l'oreille à ce constat. Quelques questions imposées par l'actualité des dernières années l'ont conduit à ce diagnostic. Il y a d'abord la question « du symptôme négatif ou du révélateur critique » qu'a constitué le traitement imposé à la Grèce par la Troïka « pour interpréter les tendances du régime politique » mis en place après l'entrée en lice de la monnaie unique et de l'élargissement big bang, régime que l'auteur appréhende comme une « révolution par en haut ». Il y a celle aussi, aujourd'hui difficilement écartable d'un revers de la main, « de la corrélation entre la dégénérescence des pratiques démocratiques dans l'espace européen (…) et la montée générale d'une extrême droite dite populiste (avec des poussées d'avant-garde comme en Hongrie, aux Pays-Bas et sans doute en France) ». Il y a celle « du lien historique entre le blocage de la construction européenne et le phénomène de décomposition de l'État national et social », tant il est vrai que l'officialisation du dogme de la concurrence libre et non faussée entre les États membres relève, selon le philosophe français, d'une « sorte de soviétisation inversée » pouvant conduire au démantèlement de l'Union. Il y enfin encore celle « de la superposition des nationalismes intra-européens et de la xénophobie dirigée contre les réfugiés et les migrants, en particulier ceux qui viennent du monde arabo-musulman », réalité « qui cristallise un racisme de masse » et conduit in fine à se poser la question « de la fonction géopolitique de l'Europe ».

Faut-il, dès lors, baisser les bras et se résigner d'ores et déjà à ce que l'irréparable advienne ? Non, tout au contraire, Etienne Balibar trace des pistes en vue d'un sursaut salutaire en faisant « le pari, sans optimisme exagéré, qu'il existe une alternative démocratique européenne à la crise de la construction européenne ». En combinant l'idée d'une autre insertion dans la mondialisation - « associant des stratégies de protection et de régulation au service d'un projet de développement concerté des territoires européens » - avec celle d'une « démocratisation radicale de la vie politique », du local au supranational en passant par le national, il estime possible de parvenir enfin « à véritablement constituer le peuple européen ». De manière concomitante pourrait ainsi surgir, « par le bas », indépendamment de ce que peuvent souhaiter les dirigeants politiques et les élites, « le parti de la nouvelle Europe démocratique », à savoir « un mouvement de refondation du projet européen fondé sur une conscience éclairé, majoritaire, de notre destin collectif, et constitué lui-même d'une multiplicité de mouvements aux bases diverses mais capables de converger et de se soutenir mutuellement à long terme ». Vision utopique ? Certains le penseront sans doute, et l'auteur ne leur donne pas fatalement tort. Mais cette utopie n'est-elle pas préférable à celle qui voit de trop nombreux citoyens d'Europe céder aux sortilèges du « néofascisme européen », celui-ci prospérant grâce aux « effets de désespérance sociale et de nihilisme moral qu'engendrent les politiques d'austérité destinées à favoriser la compétitivité de certains secteurs et de certains pays », ces politiques aujourd'hui privilégiées interdisant « de s'attaquer véritablement au chômage de masse (ou à son succédané, la précarité généralisée, en particulier chez les jeunes) » ? Poser la question, c'est y répondre, n'en déplaise sans doute aux artisans de la « révolution conservatrice » aujourd'hui dominante. Il n'en demeure pas moins que bien des idées avancées dans ce livre pour enrichir un indispensable débat public à l'échelle de l'Union sont précieuses pour sortir celle-ci du désamour croissant que lui vouent ses citoyens. L'auteur a-t-il tort, par exemple, lorsqu'il observe que « l'euro ordo-libéral détruit l'Europe en démantelant ses solidarités sociales et en écartelant ses territoires », mais que « la destruction de l'euro la détruirait tout autant en accentuant les rapports concurrentiels entre ses nations et ses régions à l'intérieur du marché mondial commercial et financier dérégulé dont l'Europe ne serait plus qu'une zone de libre-échange parmi d'autres » ?

La « rénovation de l'euro » en faveur de laquelle plaide Etienne Balibar ne peut « résulter que de changements politiques radicaux, révolutionnaires », ce qui la rend fort improbable ; ne vaut-il pas la peine pourtant d'y réfléchir ? De même, ne convient-il pas de dépasser un de ces jours « un pseudo-fédéralisme, essentiellement autoritaire et bureaucratique, qui engendre en permanence des effets d'étatisme sans État (donc sans citoyenneté) », en cherchant à trouver de toute urgence « une formule constitutionnelle qui fasse d'un plus de démocratie au niveau européen (…) la condition d'une réactivation de la démocratie dans l'espace national, et inversement » ? En conclusion, la construction européenne peut-elle encore longtemps faire obstacle à l'avènement d'un « peuple européen » ? A l'évidence, beaucoup d'idées consignées dans cet ouvrage seront contestées par certains, mais peut-on réellement considérer que les questions, elles, ne sont pas pertinentes ? Michel Theys

*** DIMITRIS DIMOULIS, SORAYA LUNARDI (sous la dir. de): Les États contre les travailleurs. Les interventions dans la « crise grecque » (juin 2011 - juin 2015). Éditions Taxideftis (10 rue Valtetsiou, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3638616 - fax: 3637617 - Courriel: info@taxideftis.gr - Internet: http://www.taxideftis.gr ). 2016, 138 p., 10,60 €. ISBN 978-960-579-052-3.

Les auteurs de ce livre proposent des analyses des divers ingrédients de la « crise grecque » (la « crise de la dette », la période des Mémorandums…) qui sont fondées sur la théorie de l'État et qui revêtent une signification politique évidente. Dimitris Dimoulis, professeur de droit constitutionnel et public à l'Université Bandeirante de Sao Paulo, et Soraya Lunardi, professeur de droit public et directrice des recherches scientifiques à l'Instituicao Toledo de Ensino à Bauru, au Brésil aussi, pensent que la crise grecque n'est rien d'autre qu'une attaque du capital contre le monde du travail. A les entendre, cette attaque serait organisée et exécutée de manière coordonnée par l'Union européenne et les États-nations qui en sont membres, avec l'agrément et même la coopération de l'État grec, la bourgeoisie étant fortement représentée en son sein. D'où le titre du livre. Cette analyse - qui tranche radicalement avec les interprétations les plus courantes de la crise grecque - procède de l'observation par les auteurs d'une politique anti-hellénique qui serait menée par les pouvoirs « colonialistes » que sont l'Allemagne, le Fonds monétaire international et les « capitaux étrangers ». La crise est également le fruit de la mauvaise gestion et du gaspillage qui sont imputables à un État grec paternaliste et clientéliste, les ménages ayant maintenant à rembourser la gabegie. La crise grecque consacre en définitive la défaite écrasante des classes ouvrières qui voient leurs gains en termes de propriété, de revenus, d'avantages sociaux et de conditions de travail s'évaporer. Leur exploitation va s'aggravant de manière continue, les auteurs discernant un scénario qui conduit à la destruction du capital moins productif et, surtout, à la détérioration des conditions de vie de la majorité. Ce n'est pas pour rien, expliquent-ils, que les suicides ont augmenté de 30% pendant les années du premier Mémorandum. Dimoulis et Lunardi arrivent ainsi à la conclusion qu'il y a « incapacité du peuple » à se faire entendre, du fait d'un manque de structures et de procédures pour lui permettre d'offrir une résistance efficace à l'attaque des États. La victoire éclatante du « non » le 5 juillet 2015 et la mobilisation populaire qui l'a précédée a confirmé cette faiblesse puisque l'opposition claire exprimée par le peuple à la poursuite de la politique des Mémorandums a été ignorée par le gouvernement de gauche. C'est la preuve, pour les auteurs, que les décisions politiques suivent les diktats de la bourgeoisie, quoique puisse penser le peuple. Même si rien n'est jamais définitivement joué, force est de constater que les forces populaires, malgré leur résistance parfois héroïque, sont les grandes perdantes de la période des Mémorandums. (AKa)

*** CHRISTOS LASKOS, DIMOSTHENIS PAPADATOS-ANAGNOSTOPOULOS (sous la dir. de): Le non qui est devenu oui. Éditions Kapsimi (55-57 rue Zoodochou Pigis, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3813838 - fax: 3839713 - Courriel: info@kapsimi.gr - Internet: http://www.kapsimi.gr ). 2016, 296 p., 14 €. ISBN 978-618-5156-15-2.

Certaines franges de l'opinion publique internationale ont assimilé à un coup d'Etat le fait que la victoire du « non » lors du référendum du 5 juillet 2015 ait été transformée en victoire du « oui » au troisième Mémorandum par le gouvernement Syriza-Anel dirigé par Alexis Tsipras. En clair, celui-ci a imposé à son parti une volte-face idéologique radicale, en rupture totale avec sa ligne de conduite originelle. Dans ce livre que dirigent Christos Laskos, économiste et éditorialiste dans le journal « I Avgi », et l'économiste Dimosthenis Papadatos-Anagnostopoulos, une vingtaine d'analystes expliquent pourquoi ils sont en désaccord avec la signature du troisième Mémorandum et cherchent à comprendre la raison qui a amené Syriza à adopter cette attitude au bout d'une bataille longue de sept mois. Est-elle à chercher du côté des faiblesses propres à ce parti ? Sont-elles plutôt le fruit d'une capitulation face à une pression internationale aussi forte que négative, une simple défaite à l'issue de « négociations difficiles » ? Ne convient-il pas plutôt d'appeler cette décision de manière simpliste une « trahison »? Les réponses sont apportées à la lumière de cette évidence: Syriza était arrivé au pouvoir dans le contexte de l'intensification de la crise du capitalisme, en se présentant comme un recours. Or, le gouvernement Tsipras n'en est plus un, alors même que la crise continue à sévir. Les auteurs en tirent notamment la conclusion que l'agressivité des institutions européennes a démontré qu'un « compromis historique » n'est plus envisageable par les temps qui courent, ce même si, rappellent-ils, aucune défaite n'est jamais définitive. (AKa)

*** KEVIN OVENDEN: Syriza: dans le labyrinthe. Éditions Oxy (80 Themistokleous, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 5226609 - fax: 5227768 Courriel: info@oxy.gr - Internet: http://www.brainfood.gr ). 2016, 256 p., 16 €. ISBN 978-960-436-425-1.

Quel est exactement le parti politique Syriza du Premier ministre Alexis Tsipras ? Quels besoins et aspirations ont donné lieu à sa naissance ? Pourquoi a-t-il réussi à gagner les élections en Grèce en 2016 ? Y-a-t-il un échec de la tentative de gérer la Grèce pour la « première fois à gauche » et, dans l'affirmative, pourquoi ? Les réponses à ces questions et à beaucoup d'autres sont apportées dans ces pages par un journaliste britannique qui, au fil de plusieurs reportages en Grèce, remonte aux racines de la gauche radicale grecque et remonte le fil de l'histoire jusqu'aux dilemmes dramatiques de l'été de l'année dernière, au cœur de l'épisode le plus éprouvant de l'histoire politique européenne dans le contexte de la crise économique mondiale. L'auteur présente et analyse de manière approfondie les moments charnières enregistrés en Grèce au cours des deux dernières années, avant de procéder à des comparaisons avec d'autres pays européens également affectés par la crise, à savoir l'Irlande, le Portugal et l'Espagne. (AKa)

*** MIKIS THEODORAKIS: Dialogues dans le crépuscule. 90 interviews. Éditions Ianos (7 rue Aristotelous, GR-54624 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0277004 - fax: 0284832 - Courriel: info@ianos.gr - Internet: http://www.ianos.gr ). 2016, 680 p., 18,90 €. ISBN 978-618-5141-21-9.

Mikis Theodorakis est probablement le Grec le plus connu au monde depuis des décennies. Grand compositeur (la vente de ses disques dépasse les 50 millions les cinquante dernières années), révolutionnaire depuis 80 ans (il en a 92 et a été membre du parti communiste grec dès l'âge de 15 ans, avant d'être le chef d'un petit groupe en 1944, lors de la bataille d'Athènes pendant la guerre civile), condamné à mort, emprisonné pendant des années un peu partout en Grèce, parti illégalement à l'étranger où il resta pendant plusieurs années en organisant des concerts et la résistance contre la dictature des colonels (1967-1974), ensuite devenu homme politique et même parlementaire, il est une référence pour tous les Grecs. Aujourd'hui, Mikis Theodorakis continue à avoir un esprit très clair et à nourrir des idées aussi progressistes que novatrices. Ce livre coordonné par Despina Zoulfidou comprend 90 interviews qu'il a accordées entre 2003 et 2015. La sélection a été faite par le compositeur lui-même, qui en a choisi également les titres. En guise d'épilogue, il a choisi la lettre d'un jeune qui lui a été adressée, ce qui est humainement éclairant. Il faut noter que les entretiens sont publiés dans leur forme originale, ce qui signifie qu'il n'y a pas eu de « peignage » par des journalistes. Il faut noter aussi que plusieurs d'entre eux ont été publiés dans des publications étrangères, sont des extraits de thèse de doctorat ou de sujets de recherche. (AKa)

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