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Bulletin Quotidien Europe N° 11547
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1138

*** ROBERT MENASSE: Un messager pour l'Europe. Plaidoyer contre les nationalismes. Buchet/Chastel (7 rue des Canettes, F- 75006 Paris. Tél.: (33-1) 44320560 - fax: 44320561 - Courriel: informations@libella.fr - Internet: http://www.buchetchastel.fr ). 2015, 138 p., 16 €. ISBN 978-2-283-02832-2.

A l'évidence, Robert Menasse n'est pas un spécialiste des institutions de l'Union européenne ; il ne maîtrise pas toutes les subtilités du jargon qui y prévaut. Il confond souvent, par exemple, le Conseil européen et le Conseil (des ministres) ; pour lui, la Commission propose des directives et des « ordonnances », mais pas de règlements ; à l'origine, la Communauté européenne du charbon et de l'acier aurait été conduite par une « Haute Instance » et non point par une Haute Autorité, préfiguration de la Commission. A-t-il été trahi par son traducteur ? Possible, mais pas sûr. Non, Robert Menasse n'est pas un expert de la construction européenne, seulement un amoureux de l'Europe telle qu'elle a été voulue par les « pères fondateurs ». Cet ouvrage est tout entier une lettre d'amour enflammée, passionnée, qu'un écrivain et essayiste autrichien adresse à l'Europe née de la « volonté trempée dans le sang de dépasser le nationalisme grâce à un processus postnational organisé et emmené par des institutions supranationales ». C'est aussi un cri de colère, de fureur même, lancé contre tous ceux qui, dans les capitales des États membres, sapent ce projet civilisationnel au nom de la souveraineté et des identités nationales, de la démocratie qui ne pourrait prévaloir que dans le cadre de l'État-nation…

Le livre s'ouvre sur le rappel d'un message posté par « un ami Facebook », un Allemand érudit, alors même que l'auteur entamait la rédaction de cet essai: « L'Union européenne, c'est notre mort !, s'attirant instantanément les likes de nombreux friends ». Ce à quoi il rétorque aussitôt: « Oui ! L'Union européenne est notre mort ! Et c'est tant mieux ! » Tout son propos, décliné en trente-sept articulets conçus comme des sortes de nouvelles, consiste à étayer ce point de vue radical. Il s'y emploie avec la fougue d'un bretteur auquel la foi dans ses convictions autorise de s'attaquer aux citadelles nationales les plus imprenables, en apparence. Rien ni personne n'échappe à ses emportements indignés, à l'expression courroucée de son mal être d'Européen trahi par les errances de dirigeants politiques qui, contrairement à « Konrad Adenauer et les élites (…) de l'époque » instruits par « l'engouement tout juste réfréné des Allemands pour l'idéologie nazie », comprennent de moins en moins « que vox populi n'est pas vox dei, loin s'en faut ». Le temps est plutôt celui du retour aux « extases nationales », à la défense des « intérêts nationaux » qui, à l'entendre, ne sont « qu'une vaste supercherie », tant il est vrai que seraient uniquement défendus « les intérêts des élites politiques et économiques (financières) nationales ». De même, argue-t-il, au nom des démocraties nationales, seules prétendument légitimes, les États membres empêchent l'éclosion de l'indispensable démocratie européenne. Si Robert Menasse « trouve que le Parlement européen ne devrait pas être un dépotoir politique », c'est en incriminant le double jeu des partis politiques nationaux, tant il est vrai que « démocratiser l'Union européenne, ce serait retirer l'herbe sous le pied de nos petits politiciens de province ». L'un des principaux responsables de cette trahison mortifère est le Conseil européen qui, s'il « prétend à la plus grande légitimité démocratique », a surtout, aux yeux de l'auteur, « élevé le nationalisme et non la démocratie à un niveau encore jamais atteint » au sein de l'Union. C'est une enceinte, explique-t-il en substance, où seuls les intérêts nationaux se trouvent arbitrés, l'intérêt européen, celui de l'ensemble des citoyens de l'Union, étant la dernière des préoccupations. Et les intérêts de l'État le plus fort, l'Allemagne, prévalent d'ordinaire sur tous les autres, la chancelière Angela Merkel - « cette femme qui doit tout à la rédemption nationale de l'Allemagne »… - ayant imposé sa loi dans la crise grecque en surfant sur l'obsession de la lutte à mener contre l'inflation pour éviter un nouvel Hitler et en oubliant qu'il y avait eu en Allemagne, « entre l'hyperinflation et Hitler, plusieurs années de politique d'austérité qui ont rendu (ou contribué à rendre) possible Hitler ». Un propos qui interpelle, par les temps qui courent…

Telles sont quelques-unes des flèches décochées par l'auteur. Font-elles toutes mouche ? Peut-être pas, mais elles font toutes réfléchir, s'interroger sur le sort que les dirigeants politiques actuels réservent à l'Union. Oui, confirme Robert Menasse, l'Union européenne est bel et bien « notre » mort qui se joue actuellement car « soit c'est l'Europe des États nationaux qui meurt, soit c'est le projet de dépassement des États nationaux ». Dans le deuxième cas, l'Europe aura prouvé « définitivement au monde qu'il n'est pas possible de tirer de l'histoire des enseignements durables », ce qui l'amène à tirer cette si pertinente et impertinente morale: « Et si, alors, les irresponsables politiques se retrouvent devant des ruines fumantes et bredouillent d'un air penaud: Il faut faire en sorte que cela ne puisse plus jamais se produire !, un grand rire sardonique résonnera dans les longs couloirs obscurs de l'Histoire ». Non, cet homme-là n'est pas plus un expert qu'un dirigeant européen, seulement un citoyen européen lucide…

Michel Theys

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Décembre 2015, n° 170, 40 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.

Terrorisme, frontières renaissantes au sein de l'espace Schengen, politique migratoire défaillante, menace du Brexit, montée en puissance un peu partout en Europe de partis populistes et extrémistes…: tels sont quelques-uns des sujets abordés dans ce numéro de Fedechoses. Ce sont autant de cris de colère, à l'instar de l'Éditorial qui fustige les États membres et les « classes politiques nationales, largement discrédités par leur impuissance » alors qu'ils « continuent à s'accrocher au souvenir de leurs grandeurs passées » en refusant d'opérer « le pas décisif vers la Fédération européenne ». Or, rappelle l'éditorialiste, « le meilleur terreau du fascisme, (…) c'est la crise de l'État national et le meilleur antidote serait la construction, enfin, du rempart fédéral de la démocratie européenne ». Est-ce là un propos excessif ? A lire dans les pages qui suivent le point de vue de la personnalité politique reconnue qu'est l'ancien président de la République italienne Giorgio Napolitano, il n'en est rien. Reprenant une partie de la « leçon » délivrée à l'Université de Pavie en novembre dernier par l'ami du « soldat d'une seule cause, l'Union européenne », que fut Altiero Spinelli, celui qui fut aussi un brillant député européen dénonce lui aussi le comportement actuel de beaucoup de dirigeants et forces politiques du moment, coupables au plan européen d'avoir « laissé fermenter des réactions de rejet et de replis sur soi, des illusions anachroniques de maintien de l'existant et de prolongation des attentes nées du passé ». Du coup, il joint sa voix à celle des jeunes fédéralistes français qui invitent à reconstruire « l'Europe en mieux », le danger n'étant plus désormais « l'eurosclérose mais le recul ». (MT)

*** LUCA BURAZIN, DORDE GARDASEVIC, ALESSIO SARDO (sous la dir. de): Law and State. Classical Paradigms and Novel Proposals. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Central and Eastern European Forum for Legal, Political, and Social Theory Yearbook », n° 5. 2015, 221 p.. ISBN 978-3-631-66692-0.

Ce livre fait suite au 6ème Forum CEE organisé à la Faculté de droit de Zagreb voici deux ans, deux thèmes principaux ayant mobilisé les participants et les auteurs des douze contributions. Le premier porte sur les caractéristiques importantes du droit, le second sur les fonctions et la position de l'État contemporain, ainsi que sur son rôle dans la gestion des crises. Pour ce qui est de l'État, il est notamment vérifié si les notions d'État « libéral », « social » ou « providence » restent pertinentes à l'heure actuelle, ou si le rôle principal de l'État demeure bien celui de « gardien » des intérêts privés, par exemple ceux des citoyens. Dans le contexte de la tendance à la « privatisation » globale des services sociaux, les auteurs s'intéressent également aux conséquences des phénomènes de régionalisation et du développement d'organisations et d'institutions supranationales dont l'Union européenne est le symbole, cherchant notamment à vérifier si un nouveau type de relations a été noué par celles-ci avec les individus. (PLa)

*** STATHIS KALYVAS, NIKOS MARANTZIDIS: Les passions civiles. Vingt-trois questions et réponses sur la guerre civile grecque. Éditions Metaixmio (118 rue Ippokratous, GR-11472 Athènes. Tél.: (30-211) 3003500 - fax: 3003562 -Internet: http://www.metaixmio.gr ). 2015, 528 p., 16,60 €. ISBN 978-618-03-0068-0.

Cet ouvrage revient sur la douloureuse guerre civile grecque à travers les réponses qui sont apportées à vingt-trois questions critiques, des réalités que recouvre une guerre civile à l'héritage qu'elle peut ensuite laisser. Cette question de l'héritage est évidemment la plus sensible en ce qu'elle soulève, par exemple, la question de savoir qui était le ou les responsables du déclenchement de la guerre civile. Elle amène aussi à se demander quel aurait été l'avenir du pays si les communistes avaient gagné. Ces questions hantent tous les esprits et marquent le débat public depuis des décennies d'après-guerre. Avec le temps a de plus en plus prévalu une interprétation de facture national-populiste du passé qui veut que l'Occident soit le principal coupable des maux de la nation. Dans cet ouvrage, Stathis Kalyvas, professeur de sciences politiques à l'Université de Yale, et son collègue Nikos Marantzidis (Université de Macédoine à Thessalonique et professeur invité à l'Université Charles de Prague ainsi qu'à l'Université de Varsovie) offrent une interprétation globale de cet événement complexe qui a douloureusement divisé un peuple et détruit un pays, blessant la mémoire collective et l'identité nationale. La guerre civile est restée pendant de très nombreuses années une source de tensions, de discorde et de passions. Les auteurs ont voulu la revisiter et la repenser avec recul et de manière objective, sans prétendre pour autant vouloir identifier qui avait raison et qui avait tort. Leur but est de faire apparaître les divers aspects et dimensions de ce conflit tels qu'ils ressortent des dizaines d'études récentes qui lui ont été consacrées, en vue de permettre une prise de conscience collective allant au-delà des passions civiles. Leur conclusion est toutefois qu'il subsiste encore des questions sans réponse, des questions qui rampent comme des ombres dans les esprits et qu'il appartiendra aux prochaines générations de chercheurs d'élucider. (AKa)

*** ANTONIS KOKORIKOS: Le plan pour le pays. Une nouvelle vision d'ethnogenèse au 21ème siècle. Éditions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3833434 - fax: 3832294 - Courriel: contact@isideris.gr). 2016, 620 p., 18 €. ISBN 978-960-08-0700-4.

Chaque jour, il est dit à la Grèce qu'elle a besoin d'un « plan national ». Sans doute, mais quel peut-il être ? La position géographique influence la politique à mener, tout comme l'histoire dicte ce qui peut être atteint par les gens qui habitent ce coin de la terre. En clair, la culture dévoile qui sont les Grecs et rappelle ce qu'ils ont déjà accompli. Dans ce livre, le journaliste Antonis Kokorikos, spécialiste de l'analyse politique pour plusieurs medias depuis plus de trente-cinq ans, défend l'idée que la population grecque reste plus que jamais le sujet de l'histoire et qu'il lui appartiendra de continuer à créer son propre avenir. Il raconte l'histoire des Grecs en la dépouillant des mythes et en soulignant combien elle est gravée dans la pierre. De la sorte, il met ses lecteurs au défi de retrouver leurs racines afin de mieux rebondir, parlant entre autres tour à tour de la physionomie du pays, de la culture dans la région, de la langue grecque et de son contenu, de l'affirmation progressive de l'État grec, des premiers efforts des peuples des Balkans pour s'émanciper de la tutelle ottomane. Au fil des pages est ainsi mise en lumière la continuité des Grecs, du 18ème siècle jusqu'à nos jours… (AKa)

*** YANNIS LOULIS: Le nouvel acte de la tragédie grecque. « Phénomène Tsipras », négociation catastrophique, crise sans fin en vue. Éditions Kastaniotis (11 rue Zalongou, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3301208 - fax: 3842431 - Courriel: info@kastaniotis.com - Internet: http://www.kastaniotis.com ). 2016, 272 p., 15,90 €. ISBN 978-960-03-6016-5.

Ce livre est le troisième que publie un analyste politique et éditorialiste réputé à propos de la crise qui frappe la Grèce, les deux premiers ayant eu pour titres « La grande peine » et « L'effondrement des partis au pouvoir du nouveau régime ». Le principal lien entre ces trois ouvrages est Alexis Tsipras qui, peu après la victoire électorale de Syriza et sa nomination comme Premier ministre, avait annoncé sur un ton dramatique que le pays était prêt à « faire sauter l'État » et que la sortie de la zone euro était très proche. Qu'est-il arrivé depuis, comment et pourquoi ? Voilà ce que Yannis Loulis s'emploie à montrer en expliquant que tout a commencé avec le choix fatidique du ministre de l'Économie Yanis Varoufakis comme négociateur. Quelles sont les erreurs fondamentales qui ont été commises, avec lui et depuis son départ du gouvernement ? Comment le Premier ministre Tsipras s'est-il laissé aller à convoquer un référendum problématique ? Quelle pouvait être, face à l'abîme, la planche de salut à privilégier ? Pourquoi la scission de Syriza était-elle inévitable ? Pourquoi la formation de centre-droit Nouvelle Démocratie ne pouvait-elle pas rivaliser avec Tsipras, en dépit de ses erreurs qui ne l'ont pas empêché de gagner clairement les élections de septembre dernier ? Jusqu'à quel point Tsipras est-il désormais blessé ? Pourra-t-il longtemps encore faire barrage à la Nouvelle Démocratie, qui retrouve des couleurs avec sa nouvelle direction ? Comment le « phénomène Tsipras » doit-il être interprété ? C'est à ces questions et à beaucoup d'autres encore que l'auteur apporte des réponses en notant que 2015 a été un nouvel acte de la tragédie grecque, le pays restant englué dans une crise politique et économique s'apparentant à un cercle vicieux. Les idées qu'il défend conduisent à douter que les responsables politiques puissent sortir le pays du bourbier, en tout cas à courte échéance. (AKa)

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ÉCONOMIE - FINANCES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIERE
INSTITUTIONNEL
BRÈVES
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