*** FRANCOIS FORET: De l'État à l'Union européenne. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection « UBlire - Références », n° 40. 2015, 169 p., 9 €. ISBN 978-2-8004-1593-2.
De prime abord, des questions posées en quatrième de couverture incitent au doute, à la circonspection. Est-il bien pertinent de se demander aujourd'hui, par exemple, si l'on assiste « à l'émergence d'un super-État européen », alors que les citoyens européens peuvent à bon droit redouter l'implosion de l'Union sous les effets conjugués des pressions exercées par les réfugiés et des bricolages peu glorieux du Conseil européen ? Est-il sage de se demander si le monde restera structuré « par l'État-nation et ses chimères d'homogénéité culturelle, de souveraineté populaire », alors que prospèrent politiquement les Orban, Szydlo et autres Fico ? En réalité, au-delà des contingences de l'actualité, le sujet que traite le Pr. Foret dans ces pages est parfaitement pertinent puisqu'il consiste à « repenser l'articulation de l'État à l'Europe » en sachant que la notion d'État est liée de manière viscérale à l'histoire de notre continent, au point même d'être une caractéristique de l'européanité.
Pour ce professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles, la politique contemporaine ne cesse de graviter autour de l'État, mais il s'agit aujourd'hui d'un « État mutant » qui, chez nous, « se dédouble par l'émergence d'une superstructure européenne qui le surplombe, le conditionne, le prive d'une partie de ses prérogatives, tout en le renforçant et le sauvegardant ». C'est à saisir la logique du développement politique de l'Europe moderne à travers ses formes successives et concomitantes, l'État et l'Union, qu'il s'emploie dans ces pages, lui qui appréhende ces deux entités « comme deux arbres enracinés dans un même terreau, poussant à des périodes différentes mais solidaires du même biotope ». Et ce chercheur à l'Institut d'études européennes de l'ULB d'expliquer, en poussant un peu plus loin la métaphore biologique, que « leur relation peut se définir comme une symbiose, association pérenne et mutuellement bénéfique de deux organismes », même si elle peut aussi fort bien « tourner au parasitisme, quand l'un des deux organismes vit aux dépens de l'autre, ou à la compétition, quand les deux entrent en concurrence pour l'accès à des ressources trop rares » en termes de pouvoir et de légitimité.
Dans un premier chapitre intitulé « De l'État à l'Europe », le Pr. Foret retrace le développement politique du continent dans la longue durée. Il y distingue notamment différents idéaux-types d'État: la France comme « État fort absolu » ; la Grande-Bretagne, « État faible ambigu » dont la politique européenne est « celle d'un étranger dans la maison commune qui ne renonce pas (…) à définir le rythme et les modalités de l'intégration » ; l'Allemagne comme « État fort inachevé et corrigé », ses derniers chanceliers ayant gagné en liberté intérieure grâce à « la prime à l'exécutif résultant de l'intergouvernementalisme » qui prévaut au sein de l'Union ; la Belgique, « État éprouvette pour l'Europe » en ce que « la crise du modèle belge est (…) aussi une menace pour l'UE » ; enfin, les nouveaux États membres pour lesquels l'européanisation n'est qu'une vague de transformation de plus après celles de la démocratisation et du passage au capitalisme. L'auteur réfléchit à la façon dont ces diverses trajectoires historiques stato-nationales forgeant des politiques distinctes peuvent se couler dans l'intégration européenne et s'intéresse aux changements spécifiques que celle-ci a pu provoquer dans les sociétés ainsi que dans le contexte géopolitique global. Intitulé « Un État européen ? », le deuxième chapitre voit François Foret s'interroger sur la nature du système politique et institutionnel ayant émergé au plan supranational dans les années 50 et se demander, en particulier, s'il s'est agi « de la continuation des mêmes logiques qui ont présidé à la structuration des États ». Il confronte l'Union à différents modèles - fédération, consociation, empire, État régulateur… - pour évaluer sa singularité. Enfin, sous le titre « Une Europe des États ? », le troisième chapitre le voit notamment analyser différents éléments pour comprendre la montée en puissance de « Bruxelles » et la mutation de la notion même d'État qu'entraîne l'appartenance à l'Union. Il présente ainsi de manière succincte les arènes institutionnelles de cette dernière pour déterminer les pouvoirs respectifs des acteurs nationaux et supranationaux, mais surtout pour montrer « comment les deux catégories s'interpénètrent au point de devenir indissociables ». Son dernier regard porte sur la difficile affirmation d'un espace public supranational et d'une opinion publique européenne, constat qu'il s'emploie à relativiser. La manière dont certaines franges de la société européenne réagissent depuis aux décisions prises par le Conseil européen concernant les réfugiés sont de nature à lui donner raison…
En attendant, il ponctue son essai par deux scénarios à ce jour possibles. L'un est fort sombre, prévoyant l'éclatement de l'Union et la dégénérescence du continent entier sous les coups de boutoir des égoïsmes, des populismes et des nationalismes triomphants. L'autre voit l'Europe redevenir « le carrefour du monde sans prétendre en être le centre » grâce à l'action de ses citoyens, les élections européennes ayant même « consacré des formations politiques issues de la société civile qui se sont ensuite emparé des commandes au niveau national ». François Foret a parfaitement raison, l'avenir n'est pas écrit: « Il appartient à tous les Européens d'écrire la version qui prévaudra » !
Michel Theys
*** ARGIRIS PASSAS: L'administration publique nationale dans le processus de la politique de l'Union européenne. Éditions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2015, 279 p., 19,17 €. ISBN 960-02-2676-8.
Dans ces pages, le Pr. Argiris Passas explore l'interaction entre l'État-nation et les institutions européennes dans l'exercice de la puissance publique, ce au cours des trois principales étapes du processus politique: d'abord, la formulation de propositions et projets ; ensuite, la prise des décisions, l'accent étant mis par l'auteur sur ce qu'on appelle le « microcosme » des divers comités et enceintes qui, sous le Conseil des ministres, composent la machinerie européenne de « Bruxelles » ; enfin, la mise en oeuvre des politiques aux plans européen et national. Dans le même temps, le rôle des parlements nationaux tel qu'il a été modifié par le traité de Lisbonne est analysé. Une référence spécifique est faite à ce qu'on appelle les « nouveaux modes de gouvernance » et à leur impact sur l'organisation et le fonctionnement de l'administration publique nationale. Enfin, celui qui enseigne l'Administration d'État et l'Intégration européenne à l'Université Panteion s'intéresse à « l'espace administratif européen » qui émerge en le liant à des préoccupations plus larges sur l'impact du système institutionnel et politique de l'Union en termes de convergence, de préservation de la diversité ou de « socialisation » des représentants des gouvernements nationaux. C'est en somme le degré d'internalisation de nouvelles normes et pratiques supranationale qu'il s'emploie à mesurer.
(AKa)
*** Il Federalista. Rivista di politica. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet: http://www.ilfederalista.eu ). 2015, n° 3, 134 p.. Abonnement annuel: 25 € (Europe), 30 € (étranger).
L'éditorial qui ouvre ce numéro d'une publication proche du Movimento Federalista Europeo porte sur la « signification historique » du processus d'unification européenne. En ce temps où les traditionnels clivages gauche-droite ne permettent plus d'apporter des réponses satisfaisantes aux changements majeurs qui sont en cours, il faut en revenir, selon la revue, à Altiero Spinelli et Mario Albertini qui voyaient en l'Europe rien de moins que « le laboratoire de la nouvelle politique mondiale » appelé à préparer les réponses requises à l'heure de « l'interdépendance mondiale », ce en rendant possible le partage de souveraineté et en faisant en sorte que le gouvernement démocratique coïncide avec l'ampleur des défis à relever. Voilà qui devait conduire, selon l'éditorialiste, à l'émergence d'une « nouvelle sorte de peuple, capable d'embrasser l'unité dans la diversité et de rendre possible une multiplicité d'appartenances et d'identités pour chaque citoyen ». Il va de soi qu'on en est très loin aujourd'hui, quand le chacun pour soi national prévaut à l'heure d'affronter notamment la crise des réfugiés. Les atermoiements et autres reculades des États membres qui en arrivent désormais à faire craindre le risque d'une désintégration de l'Europe sont pointés du doigt, l'éditorialiste discernant toutefois des raisons de continuer à espérer grâce à l'action de personnalités telles qu'Andrew Duff et Guy Verhofstadt. Le rôle de la Banque centrale européenne (notamment pour ce qui est du Quantitative Easing) et par les juges européens et allemands à son propos, les conséquences du coup de poker joué par Cameron, les perspectives et limites de l'Union de l'énergie, la (très longue) marche vers une défense européenne et le rôle à attendre de l'Italie dans le contexte européen actuel comptent parmi les autres thèmes abordés dans ce numéro.
(MT)
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Décembre 2015, n° 170, 40 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.
Dans la foulée du 13 novembre parisien, il était beaucoup question, dans ce numéro de Fedechoses, de la problématique du terrorisme djihadiste, thème auquel le 22 mars bruxellois confère une actualité non moins tragique. Sans surprise, cette revue combative estime que, tout comme la question des réfugiés qui se pressent aux portes de l'Union, le défi terroriste nécessite, pour pouvoir être réellement relevé, de ne plus être traité selon la seule logique intergouvernementale. C'est ce qu'explique notamment Jean-Guy Giraud en soulignant que « c'est plus à l'absence d'Europe qu'à l'Europe elle-même qu'il faut imputer l'échec relatif de la réaction européenne aux deux grandes crises actuelles ». Et cet ancien président de la section française de l'Union des fédéralistes européens d'asséner que « le constat de quasi-faillite - en grandeur réelle - de la procédure de coopération inter-étatique sur les fronts du terrorisme comme de l'immigration ne laisse véritablement d'autre alternative que celle de la voie fédérale ». Un militant fédéraliste peut-il toutefois véhiculer des idées crédibles ? La députée européenne Sylvie Goulard le croit en tout cas, elle qui, en défendant à la fois le principe du PNR et les réticences qu'il suscite au Parlement européen au nom de l'Etat de droit, s'en prend au refus des capitales de prendre les mesures (corps européen de garde-côtes proposé par Romano Prodi dès 2001, Parquet européen suggéré par Robert Badinter depuis 2005…) qui auraient pu rendre l'espace Schengen plus sûr plutôt que de le barder à nouveau de frontières intérieures à l'efficacité douteuse. D'où cet appel impérieux de la libérale démocrate française: « Qu'il s'agisse de l'euro, de Schengen, ou de l'Europe de la défense, la priorité est de se remettre à bâtir l'Europe sérieusement, en faisant fructifier l'héritage des générations précédentes, au lieu de suivre la pente eurosceptique et nationaliste ». Y aura-t-il quelqu'un, du côté des gouvernements nationaux, qui puisse entendre cette supplique simplement… réaliste ? Pas sûr, tant il est vrai que les regards portés dans le même numéro sur les exigences britanniques ou sur les glissades eurosceptiques polonaises laissent peu augurer que « les États-Unis d'Europe » puissent être bientôt considérés comme la seule réponse possible « contre Le Pen, Orban, Salvini, Farage et Grillo », sans compter quelques autres encore…
(MT)
*** CHRISTOS LADIAS: Les régions européennes d'aujourd'hui. Éditions Papazisi (voir coordonnées supra). 2015, 463 p., 35 €. ISBN 978-960-02-3128-1.
Cet essai a été écrit afin d'offrir - aux chercheurs comme au public le plus large - une présentation moderne de l'identité des régions de l'Union européenne, un regard tout particulier étant accordé aux régions grecques qui sont devenues des jalons essentiels en termes de survie politique et de développement économique. Docteur en développement urbain et régional (Université Panteion) enseignant la théorie économique au département d'ingénierie de l'Air Force Academy en Grèce, Christos Ladias - qui fut également, dans les années 90, préfet de l'État dans les préfectures de Fthiotida et de Corinthe - explique de manière minutieuse comment les treize régions grecques, à travers leur participation à une série d'actions de l'Union européenne et en appliquant des politiques nationales et locales, sont invitées à contribuer à la stimulation de l'économie réelle du pays et à mettre en œuvre politiquement les décisions relatives au passage progressif aux sources d'énergie renouvelables et aux politiques de cohésion territoriale mises en chantier dans le cadre de l'Union. De la qualité des actions ciblées qu'elles mettront en œuvre et de leur capacité à pleinement absorber les fonds européens dépendront leur affirmation dans le paysage politique grec qui prendra forme à la suite des trois mémorandums obligatoires. La présentation dans ces pages des caractéristiques de chacune de ces régions sont dont fort utiles pour donner une image précise et concrète des atouts dont elles disposent. Comparé à celles d'autres pays de l'Union, les régions grecques sont présentés avec plus de détails, qu'il s'agisse de caractéristiques démographiques, de groupes de référence spécifiques ou des comptes régionaux pour une période couvrant la plupart du temps près d'un cycle économique, le tout émanant de l'Autorité statistique grecque qui a été reconstruite. La modernisation de la gouvernance européenne est l'un des chapitres de la deuxième partie du livre et est basée, comme le note l'auteur, sur les principes de bonne gouvernance adoptés par la Commission, chaque territoire européen étant dans l'obligation de tenir compte des règles de transparence, de participation, de responsabilité, d'efficacité et de cohérence. En outre, un chapitre important est consacré à la présentation comparative de données relatives aux administrations régionales et gouvernements des États membres de l'Union.
(AKa)
*** Commission en direct. Commission européenne (Unité de communication, DG HR D.3, CE-SC11, 01/18. Fax: (32-2) 2999285).Février 2016, 62 p.. Cette publication interne de la Commission contient entre autres, dans ce numéro, un dossier sur la stratégie européenne en matière d'aviation.
(MT)