Strasbourg, 02/03/2016 (Agence Europe) - Le Comité des ministres a adopté, mercredi 2 mars, une série de lignes directrices destinées à aider les 47 États membres du Conseil de l'Europe (COE) à prévenir la radicalisation des détenus et des personnes en probation.
Même si elle reste contenue, la radicalisation en milieu carcéral est un phénomène avéré, souligne le texte et elle requiert de « déployer suffisamment de ressources et d'efforts » eu égard au « danger potentiel » que représentent les individus concernés.
Fondamentalement, ces lignes directrices appellent au « plein respect » de la Convention européenne des droits de l'homme. Ce qui exclut évidemment le recours à la torture et aux traitements inhumains et dégradants, mais implique aussi le respect de la liberté d'expression et de religion ainsi que celui de la vie privée, tout en définissant l'emprisonnement comme une « mesure de dernier recours », particulièrement en ce qui concerne les jeunes délinquants. Il est essentiel de tout faire pour « améliorer les perspectives d'une vie sans criminalité », est-il précisé.
Reste que la prison ne peut être systématiquement évitée. Que faire alors pour y éviter la radicalisation ? Respecter la diversité, préconise le COE, car « la violence, le racisme, l'islamophobie et toute discrimination offrent un terreau aux discours de radicalisation ». Éviter la surpopulation, les « mesures punitives disproportionnées » et veiller aux activités éducatives qui « structurent la vie quotidienne » et « permettent l'acquisition de nouvelles compétences », ajoute le texte, en insistant sur l'importance de « préserver une relation de confiance entre les détenus et les surveillants ».
Le recrutement de « personnel doté de compétences linguistiques et d'une sensibilité culturelle » est dès lors mis en avant, de même que l'intervention de représentants de différentes confessions agréés par l'administration pénitentiaire. Selon le COE, il est important de « prendre en compte » les traditions culturelles et religieuses en ce qui concerne l'alimentation, mais aussi - « autant que faire se peut » - en matière d'habillement.
C'est donc une « sécurité dynamique » qui est au coeur de ces lignes directrices. Le rôle du personnel pénitentiaire ne se limite pas à celui de gardien et il faut lui donner les moyens de communiquer avec les détenus, de connaître leurs préoccupations et d'évaluer leur risque de radicalisation. Autant de tâches pour lesquelles s'impose une formation à la médiation culturelle et à la gestion de crises, insiste le COE.
Quant aux détenus incarcérés pour des faits de terrorisme, leur assignation à un régime de haute sécurité doit être régulièrement et individuellement évalué et faire l'objet d'une possibilité de recours devant « une autorité indépendante », précise le texte qui préconise par ailleurs la mise en place de programmes spéciaux anti-radicalisation, notamment en faisant appel à des tuteurs et à d'anciens extrémistes violents dont le témoignage pourrait avoir un effet dissuasif sur les détenus. (Véronique Leblanc)