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Bulletin Quotidien Europe N° 11503
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) aide humanitaire

Vers la création d' 'EURO ECHO', un mécanisme d'aide d'urgence pour les migrants dans l'UE

Bruxelles, 02/03/2016 (Agence Europe) - Face au désarroi des États membres de l'UE submergés par l'afflux exceptionnel de migrants et de réfugiés, la Commission européenne a proposé, mercredi 2 mars, que l'UE se dote d'un mécanisme d'aide d'urgence qui lui permettrait de réagir plus rapidement aux crises humanitaires de grande ampleur sur son propre territoire.

Ce faisant, la Commission répond à la demande du Conseil européen des 18 et 19 février en faveur de propositions dans ce sens, et le projet de règlement du Conseil approuvé mercredi par le collège des commissaires doit permettre la création d'un instrument financier inédit, baptisé EURO ECHO.

Appelé à voir rapidement le jour, comme le souhaite la Commission, il mettra à profit l'expertise et l'expérience acquise par ECHO, le service d'aide humanitaire et de protection civile de l'UE destiné à secourir les populations vulnérables dans les pays tiers, sans pour autant puiser dans le budget d'ECHO (contrairement à ce que nous avions erronément indiqué dans EUROPE 11502).

« Nous ne savons pas encore dans quelles rubriques du budget nous irons puiser les fonds », reconnaissait, mercredi, un haut fonctionnaire de l'UE. Mais, dans les deux semaines qui viennent, la Commission proposera au Parlement et au Conseil, en tant qu'autorité budgétaire, un budget rectificatif pour créer une ligne budgétaire (dans la rubrique III 'Actions au sein de l'UE', sans dépasser les plafonds du budget pluriannuel).

Cet instrument devra être doté de 700 millions d'euros pour les trois prochaines années. Ce montant correspond aux besoins humanitaires estimés. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) avertissait, mardi 1er mars, de l'imminence d'une crise humanitaire en Grèce et accusait l'Europe d'avoir « elle-même largement induit cette crise » en ne mettant pas en oeuvre les plans de relocalisation qu'elle a convenus et en assistant impuissante à la fermeture des frontières par les États membres.

Répondre aux besoins humanitaires des migrants coincés en Grèce et prévenir des crises analogues dans les pays des Balkans occidentaux sont des priorités. Pour 2016, un montant initial de 300 millions d'euros serait prévu, complété par 200 millions d'euros en 2017 et 200 millions l'année suivante. Sachant que la Grèce s'est engagée à accueillir 50 000 réfugiés et que 10 000 à 12 000 migrants coincés à la frontière de la Macédoine nécessitent une aide humanitaire d'urgence, cette assistance ira, dans une large mesure, à la Grèce pour couvrir les besoins de base immédiats en nourriture, soins de santé, abris, eau potable, produits de première nécessité, en coordination avec les États membres et les organisations humanitaires partenaires de la Commission européenne sur le terrain: Agences des Nations unies, Croix-Rouge Internationale, ONG internationales et nationales avec lesquelles ECHO a déjà des Conventions de financement (200 partenaires humanitaires au total).

« À l'heure où nous parlons, les réfugiés continuent d'arriver dans l'UE à la recherche de sécurité et de dignité. Depuis le début de la crise, les États membres ont du mal à faire face aux besoins humanitaires des migrants, alors que leur nombre et leurs besoins s'accroissent. Nous devons répondre à ces besoins, nous devons être prêts à réagir de manière résolue », a déclaré à la presse européenne Christos Stylianides, commissaire européen à l'Aide humanitaire et la Gestion des crises. Une aide en nature, de l'argent en espèces et des coupons d'achat, comme cela se pratique en Turquie, pourraient être très utiles pour assurer la dignité aux réfugiés, tout en aidant les communautés locales d'accueil qui pourront vendre leurs produits aux réfugiés, a estimé le commissaire.

Cette initiative de la Commission est, selon lui, « une réponse européenne fondée sur la solidarité et l'humanité » et permettra de compléter les actions des États membres dont les capacités sont dépassées. « Mais ce soutien d'urgence ne peut, à lui seul, régler le problème. Plus que jamais, les États membres doivent travailler main dans la main avec l'UE pour apporter une réponse unie à la souffrance humaine. La seule solution à cette crise est européenne. Ce nouvel instrument va réduire la souffrance des réfugiés, mais n'est pas la solution miracle. Il convient de s'attaquer aux causes de la crise, en Syrie, en Irak, en Afghanistan », a-t-il prévenu.

Le commissaire a indiqué qu'il allait rapidement rencontrer le président du Parlement européen, Martin Schulz, et s'est dit d'ores et déjà confiant que le « Parlement volera à notre secours pour que les réfugiés bénéficient le plus rapidement possible de ce qu'ils sont en droit d'attendre » et a remercié le Parlement et le Conseil d'être « manifestement animés des mêmes intentions que nous ».

Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE au PE, a d'ores et déjà salué cette initiative, avec un bémol toutefois. « Ce fonds est une bonne chose, mais il est loin d'être une solution. La crise des réfugiés sera un phénomène durable et seule une approche européenne à long terme fournira des solutions. La Grèce ne doit pas devenir le dépotoir de l'Europe pour les réfugiés », a-t-il souligné dans un communiqué.

La proposition de la Commission se fonde sur l'article 122, paragraphe 1, du Traité sur le fonctionnement de l'UE qui prévoit un processus décisionnel du Conseil statuant à la majorité qualifiée. La Commission invite le Conseil à prendre une décision rapidement.

Le décaissement des fonds pourra être rapide, mais sera soumis à une requête d'assistance préalable des États membres nécessitant de l'aide. Au-delà de la crise migratoire actuelle, EURO ECHO permettra de réagir rapidement à toute catastrophe ayant des conséquences humanitaires de grande ampleur dans l'UE. Le projet de règlement prévoit aussi la possibilité de prendre en charge le financement des opérations de secours confiées à différents partenaires, dont les agences humanitaires spécialisées des autres États membres. (Aminata Niang)

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