Amsterdam, 05/02/2016 (Agence Europe) - Le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a jugé, vendredi 5 février, que le régime syrien, aidé de la Russie, « torpillait » les négociations de paix syriennes. La Russie a mené plus d'un millier de raids depuis lundi 1er février, qui ont principalement touché des membres de l'opposition, ce qui a permis aux forces du régime d'avancer vers Alep.
« La réalité est que Bachar el-Assad est soutenu par la Russie et par l'Iran - à travers le Hezbollah - et cela est en train de torpiller complètement les négociations de Genève. Il faut une solution politique, mais il ne peut pas y avoir de discussions politiques si l'un des camps est en train d'assassiner l'autre », a souligné le ministre à l'AFP et à EUROPE, à son arrivée à la réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères, à Amsterdam. Les discussions intra-syriennes ont été suspendues mercredi 3 février, théoriquement jusqu'au 25 février, et l'opposition syrienne souhaite des gestes humanitaires du régime avant de retourner à la table des négociations.
M. Fabius a ainsi appelé les parties à revenir à la table des négociations. « Il faut revenir à la table et respecter les obligations humanitaires, arrêter le massacre de la population, de la bombarder et de faire le siège des villes avec des centaines de milliers de gens qui sont affamés », a-t-il ajouté. M. Fabius a expliqué que tout cela était « la responsabilité de Bachar el-Assad ». « Mais Bachar el-Assad, tout le monde le sait, est soutenu en particulier par les Russes. Donc, là-dessus il faut être clair et net », a-t-il ajouté.
« La Russie a toujours insisté sur le fait que l'important pour elle était de lutter contre Daech. Si elle fait cela, alors elle respecte les mandats de l'Organisation des Nations unies. Tout ce qui va au-delà de cela n'aide pas à la solution », a souligné le secrétaire d'État espagnol aux questions extérieures, Ignacio Ybáñez, à son arrivée, ajoutant cependant qu'il fallait voir comment cela allait avancer, étape par étape. « Nous espérons que toutes les conditions vont être réunies pour que les parties puissent se mettre à la table de négociations. Les efforts de l'envoyé spécial pour la Syrie, Staffan De Mistura, sont très importants, mais, évidemment, si parallèlement à ces efforts, il y a encore des affrontements, qui sont de plus en plus difficiles, alors il est très difficile pour les uns et pour les autres de s'asseoir autour d'une table », a-t-il prévenu. Le ministre a rappelé que la solution était politique et que cela exigeait que toutes les parties soient présentes.
À son arrivée au Conseil informel Défense, qui a précédé celui des Affaires étrangères, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a, lui aussi, dénoncé le fait que les « frappes aériennes russes, qui visent principalement les groupes d'opposition en Syrie, minent les efforts pour trouver une solution politique au conflit syrien ». Il a aussi appelé au calme, à la désescalade et à une solution politique en Syrie.
Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, a annoncé, à son arrivée au Conseil Gymnich, que les ministres des Affaires étrangères iranien et saoudien seraient présents à la conférence internationale sur la Syrie prévue le 11 février à Munich. Il a jugé que, s'il ne s'agissait pas encore d'un signe de détente, cela était peut-être un signe que l'escalade ne progressait pas. Il a rappelé que les deux pays étaient nécessaires pour avancer dans le processus politique syrien. (Camille-Cerise Gessant)