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Bulletin Quotidien Europe N° 11484
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) kosovo

L'UE doit accélérer le processus de normalisation des relations avec la Serbie, selon Pristina

Pristina/Bruxelles, 05/02/2016 (Agence Europe) - Le gouvernement kosovar demande à l'Union européenne d'accélérer le processus de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie. Il souhaite, dans les prochains mois, un accord politique final avec la Serbie.

« Le temps est venu pour l'UE d'accélérer le processus » de normalisation, de pousser la Serbie à accélérer le processus, a souligné le ministre kosovar de l'Intégration européenne, Bekim Çollaku, à quelques journalistes dont EUROPE. Il a précisé que le soutien des citoyens pour ce « processus sensible », commencé en 2011, diminuait et, selon lui, continuer seulement un dialogue « technique » ne ferait qu'augmenter leur mécontentement. Après un accord politique en avril 2013 (EUROPE 10832), la Serbie et le Kosovo ont finalisé plusieurs accords techniques, dont celui d'août 2015.

« Le dialogue ne doit pas être transformé en une routine qui constituerait à mettre en place ce qui a été décidé à Bruxelles (…). Le dialogue doit être transformé en un grand résultat, un grand accord entre la Serbie et le Kosovo », a aussi souligné le ministre des Affaires étrangères kosovar, Hashim Thaçi, lors de la Germa Hill Conférence, mardi 2 février à Pristina. Cet accord, selon lequel aucune des deux parties ne bloquerait l'adhésion de l'autre à l'Union européenne ni à quelconque organisation internationale dont l'ONU, pourrait être atteint en 3 à 5 mois d'actives discussions, selon lui.

Ainsi, la reconnaissance du Kosovo par la Serbie « ne doit pas forcément se produire », selon M. Çollaku. « Si l'adhésion de la Serbie à l'UE est conditionnée au fait qu'elle garantisse qu'elle ne va pas bloquer l'adhésion du Kosovo à l'ONU et à toute autre organisation internationale dont l'UE, si la Serbie le fait, c'est davantage que la reconnaissance du Kosovo, nous pouvons vivre sans la reconnaissance de la Serbie », a-t-il ajouté, précisant que Pristina n'était pas en position de demander à Belgrade de le reconnaître.

M. Çollaku a ajouté que l'UE n'avait pas décidé si la reconnaissance formelle du Kosovo par la Serbie était nécessaire avant l'adhésion de la Serbie à l'UE. Comme l'a expliqué à quelques journalistes dont EUROPE le vice-ministre des Affaires étrangères, Petrit Selimi, le modus operandi pourrait être celui des deux Allemagnes, qui ne se sont pas reconnues sans pour autant empêcher que l'autre fasse partie d'organisations internationales.

Pour M. Thaçi, un tel accord entre la Serbie et le Kosovo pousserait aussi les pays qui ne reconnaissent pas le Kosovo, dont cinq États membres de l'UE (Chypre, Grèce, Espagne, Roumanie, Slovaquie), à le faire.

En attendant, le dialogue dit 'technique', qui pourrait être suspendu à nouveau quelques mois en raison d'élections anticipées en Serbie au printemps, apporte des résultats. Le Kosovo devrait obtenir en 2016 son code Télécom, obtenu lors du dialogue avec la Serbie en août 2015 (EUROPE 11375). Issue d'un autre accord, l'Association des municipalités serbes devrait aussi voir le jour cette année, selon MM. Çollaku et Selimi. Selon le premier, le travail sur les aspects techniques devrait commencer « aussi vite que possible ». D'après le second, le Kosovo doit finir « dans les prochaines semaines et mois » le travail légal, c'est-à-dire le décret et le statut de l'organisation qui devront être approuvés et revus par la Cour constitutionnelle.

Les relations s'améliorent aussi sur le terrain. Les polices des frontières kosovares et serbes travaillent en vertu de l'accord sur la liberté de circulation du 25 août et coopèrent de façon non officielle à la frontière, a expliqué à EUROPE le colonel à la division du contrôle et de la surveillance de la frontière de la police kosovar, Kamer Januzaj. Mais si les agents échangent les informations concernant les trafics, toutes les autres informations sont encore échangées à travers la mission civile européenne EULEX. Six points de passage existent entre la Serbie et le Kosovo.

Renouer le dialogue avec l'opposition

Le Kosovo est cependant touché par des manifestations contre la normalisation des relations avec la Serbie. « Nous essayons aussi d'amener les partis d'opposition dans ce processus (de normalisation des relations, NDLR). Nous ne pouvons pas les forcer mais nous leur avons ouvert la porte », a précisé aussi le ministre de l'Intégration européenne. Depuis plusieurs mois, l'opposition boycotte avec violence les activités du Parlement kosovar car elle souhaite l'abandon de cette normalisation des relations. Selon la présidente de la commission de l'intégration européenne au Parlement Kosovar, Teuta Sahatqija, le commissaire aux Négociations d'adhésion, Johannes Hahn, et des députés européens ont offert leur aide pour réunir les cinq dirigeants politiques afin de trouver une issue à la crise politique.

Pas de demande d'adhésion dans l'immédiat

Si la normalisation des relations est nécessaire pour que le Kosovo avance sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne, le pays a fait des progrès dans cette voie avec la signature de l'accord de stabilisation et d'association (ASA) avec l'UE, premier accord contractuel entre l'Union et Pristina. Après une dernière validation de la part du Conseil de l'UE, l'ASA devrait entrer en vigueur au printemps.

Mais, contrairement à la Bosnie-Herzégovine qui devrait déposer sa demande pour devenir candidate à l'UE en février (EUROPE 11476), le Kosovo souhaite prendre son temps. « Il est trop tôt pour envisager cela », a expliqué le ministre de l'Intégration européenne, alors que seuls 23 des 28 États membres reconnaissent le Kosovo. « Nous allons commencer l'ASA, enregistrer des progrès durables dans sa mise en oeuvre avant de penser à déposer notre candidature », a ajouté M. Collaku, précisant qu'il ne s'attendait pas à ce que cela arrive avant deux ans. « Il n'y a pas d'urgence », a-t-il conclu.

Injustice sur la question des visas

S'il n'y a pas d'urgence pour déposer une candidature à l'UE, le Kosovo juge à l'inverse que ses citoyens devraient obtenir, sans plus attendre, la possibilité de voyager dans l'UE sans visa, comme c'est déjà le cas pour tous les autres pays des Balkans occidentaux. « Ce n'est pas juste que le Kosovo soit le seul pays des Balkans dont les citoyens ne voyagent pas sans régime sans visa », a expliqué le vice-ministre des Affaires étrangères, Petrit Semili, précisant que les Kosovars étaient frustrés. Il a cependant espéré qu'il sera toujours possible pour Pristina d'obtenir le régime sans visa encore en 2016.

Alors que le processus de libéralisation des visas pour le Kosovo avait commencé il y a quatre ans, le dernier rapport de la Commission européenne, publié en décembre 2015, souligne que le pays doit encore progressé sur 8 critères (EUROPE 11457). Et si les autres pays des Balkans ont dû remplir une cinquantaine de conditions, le Kosovo doit, lui, respecter 98 critères, ont regretté M. Selimi et Çollaku. Ce dernier a ainsi jugé que la Commission n'était pas « juste » avec son pays, se plaignant aussi que de nouveaux critères soient apparus à chaque nouvelle mission d'évaluation des progrès. « Nous ne pouvons rien faire en retour mis à part remplir les critères », a-t-il observé.

Face aux critiques sur le nombre de Kosovars demandant l'asile au sein de l'UE, M. Selimi a précisé que 30 000 Kosovars avaient certes demandé l'asile en Hongrie en février 2015 mais qu'ils n'étaient plus que 5 à le faire en décembre. De même, ils étaient 13 000 Kosovars à faire une telle demande en mars 2015 en Allemagne, et seulement 300 en décembre. Le ministre a expliqué que son pays avait mené une grande campagne d'information et des actions contre les trafiquants.

Le commissaire aux Migrations, à l'Intérieur et à la Citoyenneté, Dimitris Avramopoulos, devrait se rendre au Kosovo au mois de février pour évaluer les progrès réalisés depuis décembre. (Camille-Cerise Gessant)

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