Bruxelles, 28/01/2016 (Agence Europe) - Un collectif de 27 ONG, dont Friends of the Earth Europe et Counter Balance, exhorte la Banque européenne d'investissement (BEI), dans un courrier adressé jeudi 28 janvier à son président, Werner Hoyer, à ne pas financer le projet européen de corridor gazier sud, qui doit relier l'Europe et l'Azerbaïdjan à travers une longue chaîne de gazoducs de 3 500 kilomètres.
Ces ONG opposent cinq objections majeures au projet de corridor gazier sud porté à bout de bras par la Commission depuis plus de dix ans et que la BEI envisage de soutenir par l'octroi du plus grand prêt de son histoire (2 milliards d'euros environ) au consortium en charge de bâtir le gazoduc TransAdriatique (TAP) dans la partie ouest du corridor (il relierait la frontière gréco-turque à l'Italie en passant par l'Albanie).
Elles dénoncent d'abord « l'incohérence » de ce projet, qui entraverait la réalisation des objectifs climatiques et les objectifs de décarbonisation de l'UE à long terme, avec l'engagement de la BEI en matière de lutte contre le changement climatique annoncé lors de la COP21.
Ces ONG soulignent aussi le risque que cette infrastructure ne soit pas utilisée pleinement, compte tenu des projections de baisse de la demande de gaz de l'Europe dans les 35 années à venir, et que son coût soit, en fin de compte, supporté par les contribuables et les consommateurs de gaz.
En outre, ces ONG dénoncent le possible partenariat entre l'UE et l'Azerbaïdjan, un partenaire « indésirable » dont le régime dirigé par le président Ilham Aliyev est connu pour son « bilan épouvantable » en matière de droits de l'homme et de répression de l'opposition politique. « Conclure un partenariat d'affaires avec l'Azerbaïdjan serait en contradiction avec la Charte européenne des droits fondamentaux, qui engage la BEI à ne pas financer des projets qui encouragent ou soutiennent les violations des droits de l'homme », insistent-elles, rappelant qu'une résolution du Parlement européen de septembre 2015 demande la suspension du financement de l'UE au gouvernement azéri.
Est également pointée du doigt l'opacité de la responsabilité financière du projet de gazoduc TAP, dont le consortium chargé de bâtir l'ouvrage est inscrit dans la ville suisse de Baar, un paradis fiscal de renom.
Enfin, ces ONG soulignent que le processus d'autorisation de la section italienne du gazoduc TAP soulève de nombreuses questions (en matière de transparence et d'impact environnemental) et a conduit à de grandes manifestations d'opposition dans la province de Lecce, où le gazoduc entrera sur le sol italien.
« Un investissement financier massif dans le projet de corridor gazier sud, un des plus controversés qui n'ait jamais vu le jour en Europe, comporte des risques graves pour l'environnement et en termes géopolitiques. Aucun argent public ne doit le financer », concluent-elles. (Emmanuel Hagry)