Bruxelles, 26/01/2016 (Agence Europe) - Chypre quittera son plan d'assistance financière internationale à la fin du mois de mars sans ligne de crédit préventive, a prédit son ministre des Finances, Harris Georgiades, lundi 25 janvier, lors d'une audition à la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
« Nous n'allons pas avoir besoin d'une ligne de crédit conditionnelle », a-t-il expliqué aux députés. S'il veut sonner le glas de l'aide financière de l'eurozone et du FMI, ce ne sera pas la fin de l'histoire en ce qui concerne les réformes sur l'île. « Je ne considère pas que l'effort pourra s'arrêter lorsque nous quitterons le programme d'ajustement, il y a bien plus à faire », a-t-il expliqué, citant les privatisations et la réforme du secteur public. Le programme chypriote de réformes « est bien plus ambitieux que celui de la 'troïka' ».
Au député Miguel Viegas (GUE/NGL, portugais), le ministre a expliqué que le programme n'avait pas plongé le pays dans la récession. « La récession a commencé en 2009 et le programme en 2013 (…) et nous quittons le programme avec de la croissance », a-t-il ajouté, expliquant que le taux de chômage avait quasi quadruplé avant le programme. Le chômage « reste élevé, mais son augmentation rapide s'est arrêtée », a-t-il détaillé. M. Georgiades a estimé que le succès de la mise en oeuvre de son programme avait été de réformer l'économie plutôt que de la taxer. Chypre a réduit et consolidé ses dépenses plutôt que d'augmenter les taxes. « À travers la stabilité fiscale et la recapitalisation des banques, nous avons été capables d'offrir un sentiment de confiance au secteur privé, qui est l'ingrédient le plus important d'une reprise de l'économie », selon le ministre. La députée Elisa Ferreira (S&D, portugaise) a, quant à elle, rappelé que, selon l'analyse de la Commission, la reprise avait surtout été tirée par la consommation privée.
À la Néerlandaise Cora Van Nieuwenhuizen (ADLE), qui le questionnait sur les revenus espérés de l'exploitation gazière, il a expliqué que le gouvernement avait tablé sur des revenus nuls. « Nous avons décidé de compter sur des revenus nuls afin que, lorsqu'ils viendront, ce sera une nouvelle stimulation et non quelque chose dont nous serons dépendants », a répondu le ministre.
Au député grec Georgios Kyrtsos (PPE) qui lui demandait si les difficultés des banques italiennes ou grecques pourraient affecter le secteur bancaire chypriote, le ministre a répondu que les activités des banques en périphérie avaient été vendues et que les banques chypriotes étaient désormais concentrées sur le marché local. Reconnaissant que les prêts toxiques ('non performing loans') demeuraient nombreux dans les banques, M. Georgiades a estimé que la reprise économique aiderait les entreprises et les particuliers à payer leurs dettes.
Appelé à partager son expérience des crises bancaires par le député Gunnar Hokmark (PPE, suédois), le ministre a estimé que la supervision unique des institutions financières devait être « raisonnable » et, donc, ne pas fluctuer d'une période de supervision lâche vers une supervision suffocante.
Chypre attaquée pour ses pratiques fiscales
La présence du ministre a par ailleurs été pour les députés l'occasion de le sonder sur l'agenda fiscal qu'ils ont rédigé dans le cadre des commissions économiques et TAXE II.
Sven Giegold (Verts/ALE, allemand) s'est montré particulièrement virulent. Il a d'abord pointé le fait qu'à Chypre il existait une entreprise pour quatre habitants, un « esprit entrepreneurial » qu'il a salué assez cyniquement. Le député a évoqué notamment le régime fiscal sur la propriété intellectuelle qui, selon lui, offre un taux de taxation très faible, mais n'impose aucune activité économique substantielle sur l'île. Répondant à Hugues Bayet (S&D, belge), qui dressait un constat similaire, le ministre a estimé que le taux d'imposition des sociétés à 12,5% était attractif, mais légitime. « Nous respectons complètement toutes les règles et les législations de l'UE et nous soutenons pleinement les mouvements vers la transparence et la coopération fiscales, mais nous ne serons pas d'accord avec toute approche qui viserait à transférer la politique fiscale du niveau national vers le niveau européen et nous ne serons pas les seuls », a-t-il répondu, se défendant d'être le ministre d'un paradis fiscal.
Il a dit croire fermement en une politique de taux d'imposition faible et encourage les États à être plus compétitifs en la matière. Un point sur lequel la députée Pervenche Berès (S&D, française) l'a attaqué, estimant qu'il s'agissait de concurrence déloyale. Le ministre estime toutefois que, si le budget public est à l'équilibre, il ne voit pas le mal à avoir une fiscalité favorable. Il a toutefois dit qu'il serait d'accord de considérer l'hypothèse d'un niveau minimum d'imposition s'il était combiné avec un niveau maximal de dépenses publiques. (Elodie Lamer)