Bruxelles, 14/01/2016 (Agence Europe) - Le commissaire européen chargé des Migrations et des Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, a jugé, jeudi 14 janvier dans la matinée, devant les élus de la commission des libertés civiles du PE (LIBE), que la situation migratoire « empire » et ne connaît pas « de répit » avec, par exemple, l'arrivée, pendant la période des fêtes de fin d'année, de 3 à 4 000 personnes par jour en Grèce.
Le commissaire a par ailleurs à nouveau estimé que les procédures de relocalisation, qui doivent répartir 160 000 demandeurs d'asile sur deux ans dans les pays de l'UE depuis la Grèce et l'Italie, « ne fonctionnent pas ». M. Avramopoulos a ainsi exhorté les États membres à respecter leurs engagements et les centres 'hotspots' chargés d'enregistrer les migrants doivent eux être « opérationnels immédiatement », a-t-il dit, alors que seul le centre de Lesbos est opérationnel en Grèce et seulement deux autres le sont en Italie, même si, dans ce dernier cas, les autorités italiennes ont assuré que de nouveaux centres deviendraient opérationnels dans les jours à venir, a dit le commissaire.
« Six mois ont été perdus », a réagi le commissaire en évoquant la question des hotspots. « On a accusé beaucoup de retard », a-t-il dit, redoutant d'ailleurs que la pression s'intensifie avec un voisinage extérieur qui se déstabilise.
Le responsable européen intervenait devant les députés pour revenir sur les actions lancées en 2015 et sur le programme de travail à venir, dans lequel s'inscrit notamment une révision du système de Dublin prévue en mars, le paquet 'Frontières intelligentes', un mécanisme structuré de réinstallation ainsi que des initiatives sur la migration légale ou sur la lutte contre les passeurs. M. Avramopoulos est aussi revenu sur le plan d'action avec la Turquie, un plan d'action qui ne porte pas encore les résultats escomptés, selon le commissaire, et qui doit permettre au plus vite de « tarir les flux ».
Le commissaire a aussi mentionné la proposition visant à créer une nouvelle agence de garde-côtes et garde-frontières européens qui verra son mandat renforcé notamment dans le domaine des retours, M. Avramopoulos insistant sur le fait que seules les personnes pouvant prétendre à la protection pourront rester dans l'UE et celles qui n'y ont pas droit devront être renvoyées au plus vite. Il a mis en garde contre le démantèlement de Schengen et prôné le renforcement des contrôles aux frontières extérieures pour sauver l'espace de libre circulation.
Les députés se sont eux interrogés sur plusieurs sujets, comme la situation en Suède. La Commission devrait rendre son avis sur la possibilité, pour le pays, de bénéficier du système de relocalisation avant le Conseil européen de février, a dit le commissaire.
Pour Timothy Kirkhope (CRE, britannique), il faudrait veiller dans les prochains mois à faire en sorte « que les États membres nous suivent » et ne pas être dans un modèle « de confrontation », a-t-il préconisé. La députée française du groupe ADLE Nathalie Griesbeck a déploré le manque d'anticipation des institutions, celles-ci se contentant davantage de réagir. Elle s'est interrogée sur la façon dont fonctionnerait la future agence européenne bâtie sur Frontex et s'est émue d'un budget de 300 millions d'euros équivalent à celui du programme européen pour les fruits et légumes dans les écoles. La députée a demandé si cela serait suffisant pour « 15 000 km de frontières » extérieures.
D'autres élus ont critiqué la coopération avec la Turquie à l'image de Gérard Deprez (ADLE, belge) qui a jugé que la Commission avait fait un cadeau empoisonné au PE avec cette liste de pays sûrs et offert à la Turquie la possibilité de se voir décerner un « label ». L'Allemande Ska Keller (Verts/ALE) a, elle aussi, critiqué cette coopération avec la Turquie, pays accusé de refouler les migrants. (Solenn Paulic)