Bruxelles, 14/01/2016 (Agence Europe) - Le projet russe de gazoduc South Stream est enterré, mais la Bulgarie songe à le ressusciter sous une autre forme pour alimenter son projet de plateforme gazière, Balkan: telle est l'ambition exprimée par le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, mercredi 13 janvier.
Le projet de gazoduc South Stream, qui visait à relier la Russie au marché européen sous la mer Noire, mais abandonné par Moscou, fin 2014, devant la multiplication des obstacles dressés par la Commission européenne, devrait être transformé en projet de gazoduc Bulgarian Stream, dont la Bulgarie serait propriétaire à 100%, a indiqué M. Borissov devant le Parlement bulgare, relayé par plusieurs médias.
« South Stream, c'est du passé. C'est le centre de distribution Balkan qui est à l'ordre du jour et nous travaillons à en faire une priorité de la Commission », a souligné le Premier ministre bulgare.
L'abandon du projet South Stream avait été un coup dur pour la Bulgarie, très dépendante du gaz russe et qui devait servir de point d'entrée et de transit pour le gaz russe en Europe du Sud-Est.
M. Borissov a expliqué mercredi qu'une plateforme gazière installée près du port de Varna, sur la mer Noire, et appelée Balkan, desservirait la Serbie et l'Autriche.
Selon des experts bulgares, ce projet pourrait être opérationnel vers 2021-2023 et il aurait obtenu un accord de principe de la Commission, pourvu qu'il soit rentable.
Ce centre de distribution pourrait être alimenté par deux gazoducs sous-marins reliés à la Russie et d'une capacité de 10 milliards de m3 de gaz par an chacun (contre 63 milliards m3 prévus pour South Stream).
« Ce sera le Bulgarian Stream. Si la partie russe accepte de vendre son gaz à notre frontière, ils sont les bienvenus. Et nous respecterons le '3ème paquet énergie' », a précisé M. Borissov.
Des tuyaux russes destinés à la section sous-marine du gazoduc South Stream sont toujours stockés dans les ports bulgares de Varna et Bourgas et pourraient être utilisés à cette fin, selon des experts.
Cette proposition bulgare intervient alors que le projet de gazoduc Turkish Stream entre la Russie et la Turquie, envisagé par Moscou dès la fin 2014 pour remplacer South Stream, est fortement compromis par la détérioration des relations entre Moscou et Ankara dans le contexte du conflit syrien.
La plateforme Balkan serait aussi alimentée par une connexion au futur gazoduc TransAdriatique (TAP), qui doit transporter du gaz de la mer Caspienne vers l'Italie à travers la Grèce et l'Albanie, ainsi que par du GNL arrivant de Grèce et du gaz provenant de gisements bulgares en cours d'exploration.
Les options pour l'approvisionnement en gaz russe à la Bulgarie et le projet Balkan seront examinés lors d'une session de la commission bulgaro-russe de coopération économique les 27 et 28 janvier à Sofia, a annoncé le chef de gouvernement bulgare.
Aux côtés de huit autres pays de l'UE (Autriche, Croatie, Grèce, Hongrie, Italie, Roumanie, Slovénie et Slovaquie), la Bulgarie participe au groupe pour l'interconnexion gazière pour l'Europe centrale et du Sud-Est (CESEC), mis en place avec la Commission en février 2015 (EUROPE 11249).
Le CESEC s'est aussi engagé, en juillet 2015, dans une initiative paneuropéenne avec les autres pays d'Europe de l'Est et du Sud-Est, membres de la Communauté de l'énergie, pour accélérer la construction des liaisons manquantes entre leurs infrastructures gazières (EUROPE 11356). (Emmanuel Hagry)