Bruxelles, 23/11/2015 (Agence Europe) - Les attaques de Paris étaient au coeur des discussions du Conseil « Jeunesse » de l'Union européenne, qui s'est déroulé à Bruxelles (sous haute surveillance, en raison de la menace terroriste), lundi 23 novembre. Au cours de leurs discussions, les ministres ont appelé les Vingt-huit à accroître leurs efforts en faveur de l'intégration des jeunes, y compris des jeunes migrants.
« Erasmus + » largement sollicité. Au cours du débat, plusieurs délégations (la Lettonie, l'Autriche et la Belgique) ont appelé à augmenter les fonds d'« Erasmus + », le programme européen pour l'éducation, la formation, la jeunesse et le sport. D'autres, comme la France, ont invité la Commission européenne à développer la « fenêtre orientale du projet Erasmus + ». La Belgique, elle, a formulé trois propositions, à savoir: (1) intégrer la question de la politique de la jeunesse et de l'animation sociale auprès des jeunes dans le programme Erasmus + ; (2) investir dans la formation des travailleurs de la jeunesse, via des programme de mobilité ;
(3) inviter le futur groupe d'experts, prévu par le plan de travail pour la jeunesse, à se concentrer particulièrement sur la participation des jeunes, l'apprentissage informel et la participation des jeunes.
En réponse, le commissaire Tibor Navracsics (Éducation et Culture) a expliqué que le programme « Erasmus + » ciblait de plus en plus l'inclusion, la solidarité et la compréhension interculturelle. « En 2014, 60 projets ciblaient l'intégration sociale dans le cadre d'Erasmus. En 2015, il y en avait 163. Et en 2016, l'accent sera mis sur des projets impliquant des réfugiés, des demandeurs d'asile et des migrants », a-t-il déclaré. Il a également rappelé son intention de lancer, dans les prochains mois, un appel à propositions d'un montant de 10 millions d'euros pour soutenir les pratiques inclusives et préventives dans l'éducation, et encourager la mise en réseau des organisations et des associations actives sur le terrain.
Le plan de travail pour la jeunesse. Au-delà de cet échange de vues consacré à la politique de la jeunesse et l'animation socioculturelle auprès des jeunes dans le contexte de la migration, les ministres ont adopté une résolution sur un plan de travail de l'Union européenne en faveur de la jeunesse pour 2016-2018. Ce dernier s'articule autour des priorités suivantes: renforcer l'inclusion sociale des jeunes ; renforcer la participation des jeunes à la vie démocratique et citoyenne ; faciliter la transition des jeunes vers l'âge adulte, en particulier leur intégration sur le marché du travail ; oeuvrer en faveur de la santé et du bien-être des jeunes, y compris la santé mentale ; contribuer à relever les défis numériques ; contribuer à tirer parti des possibilités offertes par le nombre croissant de jeunes migrants et réfugiés dans l'UE. La résolution invite les États membres et la Commission à créer des groupes d'experts pour, d'une part, définir l'apport spécifique du travail socio-éducatif auprès des jeunes et de l'apprentissage non formel et informel dans le but, notamment, de prévenir la marginalisation et la radicalisation, d'autre part, pour faciliter la gestion des risques, des avantages et des répercussions du passage au numérique pour les jeunes, le travail socio-éducatif auprès des jeunes et les politiques en faveur de la jeunesse.
Rapport européen sur la jeunesse. Les ministres ont ensuite adopté un rapport conjoint 2015 sur la mise en oeuvre du cadre renouvelé pour la coopération européenne dans le domaine de la jeunesse (2010-2018). Ce cadre soutient des actions dans les 8 domaines suivants: l'éducation et la formation, l'emploi et l'esprit d'entreprise, la santé et le bien-être, la participation, les activités de volontariat, l'inclusion sociale, les jeunes dans le monde, la créativité et la culture. Le rapport conjoint évalue les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs et des priorités fixés dans le cadre de coopération au cours de la période 2013-2015. Il note que le dialogue structuré ne permet toujours pas de toucher un groupe plus large de jeunes moins favorisés et disposant d'une plus faible représentation dans les débats politiques. Il ajoute que, même si la génération actuelle de jeunes est mieux formée que toutes les générations précédentes, la crise a créé de nouvelles divisions: ceux qui ont moins de chances au départ tendent à cumuler les handicaps. Il regrette en outre les restrictions budgétaires appliquées à l'animation socio-éducative à un moment où « le pourcentage croissant de jeunes exposés au risque de pauvreté et d'exclusion accroît les demandes d'intervention ». « Le défi urgent en matière d'éducation et de formation dans l'ensemble de l'UE est d'investir et de moderniser » conclut-il. En guise de conclusions, les ministres proposent que le cadre vise, au cours de la période 2016-2018, à favoriser l'autonomisation de jeunes aux profils de plus en plus divers, en particulier ceux qui sont menacés d'exclusion. Il devrait les aider à trouver des emplois de qualité et à participer à la vie sociale.
Participation. Les ministres ont en outre adopté une résolution sur la promotion de la participation politique des jeunes à la vie démocratique en Europe. Cette résolution part du constat que « les jeunes ont souvent de plus en plus de difficultés à s'identifier aux voies traditionnelles de participation politique (...), mais ils s'engagent dans d'autres formes de participation qui donnent plus de place aux choix individuels, comme les campagnes, les pétitions, les manifestations et les événements spontanés visant à défendre une cause particulière et à apporter un changement tangible dans leur vie ». Dans ce contexte, les ministres invitent les États membres et la Commission à élaborer, mettre en oeuvre ou poursuivre le développement des stratégies nationales, régionales et/ou locales visant à renforcer la participation des jeunes. Ces dernières pourraient mettre l'accent sur l'économie informelle, les différents échelons de pouvoir, les formes alternatives de participation (y compris en ligne) et les systèmes d'animation socio-éducative. Le texte propose notamment d'« étudier l'opportunité d'abaisser le droit de vote à 16 ans pour les élections locales et régionales en tenant compte des réalités et des cadres juridiques nationaux ». (Sophie Petitjean)