Bruxelles, 03/11/2015 (Agence Europe) - L'Agence américaine de protection de l'environnement ('Environmental Protection Agency' - EPA) a ouvert un nouveau chapitre dans le scandale des dispositifs d'invalidation de Volkswagen, lundi 2 novembre, en révélant le recours à des systèmes similaires dans des modèles haut de gamme du groupe, à l'instar des petites motorisations.
L'EPA a en effet publié un deuxième avis d'infraction à l'encontre de Volkswagen pour ne pas avoir respecté le Clean Air Act (CAA). En plus de Volkswagen, les constructeurs Audi et Porsche, tous deux appartenant au groupe allemand, auraient en effet équipé du dispositif frauduleux les moteurs diesel V6 de trois litres de la Volkswagen Touareg 2014, la Porsche Cayenne 2015, l'Audi A6 Quattro, l'A7 Quattro, A8, A8L et l'AQ5.
« Lorsque le véhicule détecte qu'il est soumis à une procédure de test d'émission fédérale, il bascule en mode de 'régulation de température' à faibles émissions d'oxyde d'azote », indique l'EPA dans son communiqué. Sous ce mode, les véhicules testés seraient alors en complète conformité avec les seuils légaux. Mais « exactement une seconde après que le test initial est terminé, le véhicule bascule en 'mode normal' en modifiant de nombreux paramètres opérationnels ayant pour conséquence directe d'augmenter les taux d'émission d'oxyde d'azote (NOx) jusqu'à neuf fois supérieurs aux seuils autorisés. La fraude concernerait quelque 10 000 véhicules vendus sur le territoire américain depuis 2014, chiffre qui viendrait s'ajouter aux 482 000 plus petites cylindrées de deux litres écoulées depuis 2008, à la suite des révélations faites par California Air Ressources Board (ARB) et l'EPA en septembre dernier (EUROPE 11394).
« Volkswagen n'a, une fois de plus, pas tenu ses engagements pour se mettre en conformité avec la législation environnementale », a déclaré Cynthia Giles, assistante-administratrice du bureau de l'EPA pour le respect de la législation et la garantie de conformité ('Office for Enforcement and Compliance Assurance'). « Il s'agit d'une question de santé majeure. L'ARB et l'EPA vont continuer à mener une enquête rigoureuse qui touchera un plus grand nombre de véhicules jusqu'à ce que toute la lumière soit faite », a ajouté Richard Corey, responsable de l'ARB. Le 25 septembre dernier, l'ARB avait adressé une lettre à tous les constructeurs automobiles sur le territoire américain leur indiquant qu'une enquête à l'échelle nationale allait être menée pour déterminer si de telles manipulations sont également de mise chez d'autres constructeurs automobiles.
À la suite de ces nouvelles révélations, le constructeur allemand s'est immédiatement défendu et a indiqué dans un communiqué de presse qu'aucun logiciel frauduleux n'a été installé sur les moteurs V6 de trois litres en vue d'altérer les émissions rejetées d'une manière frauduleuse, avant d'annoncer qu'elle coopérera pleinement avec l'EPA.
Les constructeurs automobiles européens sont aux abois. Selon Jos Dings, directeur de l'équipe politique, l'ACEA aurait fait parvenir une lettre aux ministres dans laquelle l'organisation aurait écrit qu'elle considérait « que les États-Unis veulent défier le rôle de leadership des constructeurs européens acquis grâce à cette technologie (diesel) ».
De leur côté, les États membres, au premier chef l'Allemagne, enquêtent au niveau national pour déterminer les pratiques des constructeurs européens (EUROPE 11396), tandis que les eurodéputés ont demandé, dans une résolution votée en session plénière la semaine dernière (EUROPE 11417), la mise en place d'une enquête européenne pilotée par la Commission.
Paradoxalement, alors que le scandale Volkswagen n'en finit plus de défrayer la chronique, les États membres ont adopté des mesures en matière d'émissions de gaz polluant permettant de dépasser largement les seuils légaux d'ici à 2019 (EUROPE 11421) provoquant un tollé politico-médiatique à l'orée de la Conférence de Paris sur le climat (COP21). (Pascal Hansens)