login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11423
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) consommateurs

Un tiers des poissons servis à Bruxelles sont mal étiquetés

Bruxelles, 03/11/2015 (Agence Europe) - Une étude de l'ONG Oceana qui milite pour la protection des océans, publiée mardi 3 novembre, montre que 31,8% des poissons servis dans les restaurants à Bruxelles ne correspondent pas aux espèces commandées par les consommateurs.

Oceana a réalisé des tests ADN sur 280 échantillons de poissons collectés (entre mars et juin 2015) dans les principaux restaurants à Bruxelles proches des institutions de l'UE et dans les cantines de la Commission européenne et du Parlement européen (plus de 150 restaurants ont fait l'objet de l'enquête). L'étude a ciblé des espèces emblématiques et onéreuses: le thon rouge, la sole commune et le cabillaud. Les échantillons ont été analysés par le laboratoire sur la biodiversité et la génomique évolutive de l'Université catholique de Louvain.

Les résultats montrent un niveau global de mauvais étiquetage de 31,8%. Plus de 77% des échantillons ont été prélevés dans les restaurants les plus fréquentés du quartier européen et du centre-ville, et 15% proviennent des cantines du PE et de la Commission. Le reste provient des restaurants de sushi.

L'étude a permis de découvrir: 95% de fraude sur le thon rouge (Méditerranée et Atlantique). Cette espère rare et chère est remplacée dans la plupart des cas par des espèces de thons tropicaux (72% par du thon albacore de moindre valeur et 22% par du thon obèse, une espèce pourtant surexploitée) ; 11% de fraude sur la sole. La sole est remplacée par d'autres poissons plats, comme la Limande du Japon ou, pire, le pangasius, une espèce aquacole d'eau douce élevée au Vietnam dans des conditions sanitaires plus que douteuses ; 13% de fraude sur le cabillaud (remplacé par jusqu'à dix espèces différentes comme le lieu noir, le merlu ou le pangasius).

Oceana n'a pas déterminé à quel étape de la chaîne la tromperie se fait, mais il semble que certains chefs peu scrupuleux n'hésiteraient pas à frauder pour se faire plus d'argent. L'enquête a par exemple montré que les fausses soles ont été vendues dans les restaurants en moyenne à 17 euros, contre 27 euros la véritable sole. Cela permet d'appâter le client avec des prix qui semblent intéressants. C'est tout bon pour le restaurateur qui utilise par exemple du pangasius, bien moins cher que la sole ! Le merlu vendu dans les restaurants ou cantines du quartier européen est le plus souvent (57%) du lieu noir, moins onéreux.

38,1% de cas dans les cantines de l'UE

L'étude montre également, selon les types de restaurants, que dans les cantines des institutions européennes (Commission et PE), il y a eu 38,1% d'espèces substituées (sur 38 échantillons), surtout s'agissant de cabillaud, lieu (noir et jaune) et merlu. La fraude s'élève à 54,5% dans les restaurants de sushi (total de 21 échantillons) et à 28,7% dans les restaurants (total de 215 échantillons).

Le directeur d'Oceana Europe, Lasse Gustavsson, a déclaré, lors d'une conférence: « Ceci n'est pas une enquête criminelle. Nous ne savons pas qui triche des pêcheurs, distributeurs ou restaurateurs. C'est probablement un mélange de tout ». Oceana s'inquiète de ces fraudes qui « mettent en péril la conservation des espèces et laissent le marché grand ouvert à des produits illégaux », a souligné M. Gustavsson. De plus, le mauvais étiquetage permet aux poissons en provenance de zones grises de terminer dans l'assiette du consommateur, ce qui fait baisser le prix du cabillaud pêché légalement, a-t-il expliqué. De plus, cela peut poser des problèmes sanitaires en cas de non-respect de certaines règles (produits congelés ou pouvant donner des allergies).

Lasse Gustavsson estime que la ville de Bruxelles fait figure de mauvais élève, lorsque l'on sait que des études en France ont montré que 4% seulement des produits de la pêche sont mal étiquetés. Selon lui, l'enquête montre que le système de traçabilité et d'étiquetage des produits de la mer ne « fonctionne pas ». Il n'y a pas de fraude généralisée, car probablement parfois les restaurateurs ne savent pas ce qu'ils vendent, a-t-il expliqué.

Oceana prône un système de gestion de la traçabilité combiné avec un bon étiquetage, pour aider « nos océans, nos portefeuilles et notre santé, et pour rétablir la confiance des consommateurs ». Cette association demande notamment à l'UE d'étendre au secteur de l'hôtellerie-restauration ses règles d'étiquetage détaillées portant sur les poissons non transformés, pour lutter contre la fraude. Elle estime aussi que les gouvernements de l'UE doivent garantir un système transparent et complet de traçabilité et des règles d'étiquetage claires afin de permettre des choix éclairés en faveur des poissons pêchés en toute légalité et certifiés durables du bateau jusqu'à l'assiette. Elle conseille aussi aux consommateurs de poser des questions sur l'origine du poisson et de se méfier lorsque le prix semble trop attrayant pour être vrai.

Interrogée et visiblement embarrassée, la Commission européenne a indiqué, mardi, qu'elle prenait très au sérieux ces révélations sur les problèmes dans les cantines de l'UE. Elle a rappelé toutefois que ce sont les autorités sanitaires belges qui étaient responsables des contrôles. « Nous ne pouvons pas effectuer ces contrôles à la place des autorités belges », a dit un porte-parole de la Commission. Il a ajouté que la Commission allait contacter les trois entreprises concernées (cantines de l'UE) « et nous assurerons le suivi nécessaire ». (Lionel Changeur)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
BRÈVES
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE