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Bulletin Quotidien Europe N° 11423
Sommaire Publication complète Par article 28 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1113

*** PAT COX: De la crise économique à une crise politique dans l'Union européenne ? Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél.: (41-21) 6922090 - fax: 6922095 - Courriel: secr@fjme.unil.ch - Internet: http://www.jean-monnet.ch ). Collection « Débats et documents », n° 3. 2015, 60 p..

Ancien président du Parlement européen puis, dans la foulée, du Mouvement européen international, Pat Cox est économiste de formation et a un temps bifurqué vers le journalisme, ce qui lui valut notamment de présenter le journal télévisé sur la chaîne nationale irlandaise. Cet alliage de compétences donne tout son sel à cette publication qui procède de la conférence inaugurale qu'il a prononcée le 12 mars dernier à Lausanne à l'occasion de son accession à la présidence de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe. Il y défend notamment l'idée que « l'Europe a besoin d'une nouvelle ère Monnet », sa démonstration étant d'autant plus convaincante qu'il ne sacrifie pas à cette langue de bois si prisée dans les cercles dirigeants de l'Europe.

Ainsi, Pat Cox n'hésite-t-il pas à s'attaquer sans complaisance au rôle désormais joué par l'Allemagne au coeur du projet européen. Depuis 2008, explique-t-il, « l'économie mondiale vit sa plus longue période de profonde récession depuis la Grande Dépression des années 1930, et la zone euro en est l'épicentre ». Il serait sot d'en faire le reproche à Berlin… si ce n'est que l'Allemagne: i) la été la première à enfreindre, « et ce plus d'une fois », la règle des 3% de déficit public ; ii) a tiré des leçons peut-être excessives du fait que l'Allemagne d'Hitler a été « l'une des premières à adopter une politique de relance keynésienne » dans les années 30, l'ignominie du régime nazi ayant conduit les dirigeants allemands de l'après-guerre à s'abriter obstinément derrière un ordolibéralisme rigide pour éviter tout retour à un « capitalisme de laisser-faire », selon la formule utilisée par un ancien membre du directoire de la Banque centrale européenne, Jürgen Starck. Celui-ci avait précisé, dans le Financial Times, qu'il était notamment indispensable que les personnes - et les pays, entendez surtout la Grèce - assument les « conséquences de leurs propres décisions », sans compter que « les pertes des banques » ne devaient « pas être supportées par l'ensemble de la société ». Ce à quoi Pat Cox, ressortissant d'un pays lui aussi passé sous les fourches caudines austéritaires, rétorque « que de nombreux contribuables en Irlande et en Espagne auraient souhaité que cette dernière proposition fût exacte lorsque leurs banques se sont effondrées et qu'ils ont dû régler ensuite la note qu'elles devaient aux banques allemandes entre autres ». L'accusation essentielle est toutefois ailleurs, portant sur la schuldenbremse, cette nouvelle règle de frein à l'endettement qui, selon Pat Cox, révèle que « l'angoisse de la dette en Allemagne semble s'étendre à une aversion plus générale pour l'investissement public ». Le délabrement des ponts allemands en attesterait, entre autres. Or, si les décisions en matière d'investissements publics relèvent tout naturellement de la souveraineté nationale, sachant l'importance de l'Allemagne dans la zone euro, ne devraient-elles pas aussi être considérées comme « une question d'intérêt commun européen » ? Aux appels en ce sens lancés par la Commission et le Fonds monétaire international, Berlin fait la sourde oreille, comme si les efforts qu'elle exige des pays « coupables » de laxisme budgétaire afin de sauvegarder la monnaie unique, cet « intérêt européen commun », pouvait curieusement s'accommoder d'une politique discrétionnaire peu solidaire dans son chef… Curieux, non ?

Pat Cox serait-il lui aussi frappé par des pulsions germanophobes, accusation très souvent portée contre ceux qui ont l'outrecuidance de contester le rôle joué désormais par l'Allemagne de la chancelière Merkel ? Non, mille fois non ! Son message est que la politique voulue par un pays, pour des raisons que son histoire explique, ne peut pas valoir pour un ensemble de pays ayant des histoires différentes. Il faut, exhorte-t-il, sortir des « réformes avec stagnation » privilégiées par un pays et ceux placés dans son orbite car elles risquent bien « de devenir le cadeau politique par excellence pour les populistes et les extrêmes politiques en Europe ». En clair, il faut sortir de l'intergouvernementalisme où la raison du plus fort est toujours la meilleure pour rebâtir une « communauté de destins » capable d'assurer la solidarité et la discipline après avoir démocratiquement déterminé « l'intérêt commun ». D'où l'appel de Pat Cox en faveur d'une reconsidération de « l'approche communautaire » et de la « méthode Monnet ». Nous en sommes aujourd'hui à une Union réduite par les États aux acquis - et encore faut-il savoir ceux que la Grande-Bretagne daignera bientôt concéder encore. Inviter les citoyens européens à devenir les artisans d'une Communauté de destins ne serait-il pas plus enthousiasmant et plus en résonnance avec les défis qui sont aujourd'hui à relever ?

Michel Theys

*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Septembre-octobre 2015, n° 408, 116 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-421-5.

Dans ce numéro de la revue prospective Futuribles, Jean-François Drevet consacre sa chronique européenne à la question de savoir si la Grande-Bretagne de Cameron pourrait vraiment quitter l'Union. Celle-ci, dans cette éventualité, ne se trouverait « pas en danger de désintégration », juge cet ancien fonctionnaire de la Commission en expliquant pourquoi il n'en serait pas de même pour… les Britanniques eux-mêmes, rien de positif ne lui paraissant pouvoir résulter de « cette marche fatale vers l'isolement et le morcellement ». A ses yeux, rien ne devrait en tout inciter les partenaires de Londres à accepter que la mise en oeuvre des décisions communautaires au Royaume-Uni soit subordonnée à l'accord des Communes - ce qui « représenterait un recul majeur dans un système de prise de décision déjà lent et complexe » - ou que le libre établissement des citoyens européens dans ce pays puisse faire l'objet de restrictions - ce qui d'ailleurs pourrait aussi pénaliser les près de deux millions de citoyens britanniques qui vivent, pour leur travail ou leur retraite, de l'autre côté de la Manche. En clair, c'est un peu à se tirer une balle dans le pied que les Britanniques seront invités lors du référendum promis par David Cameron, coupable comme d'autres de voir « le monde tel qu'il était autrefois plutôt que comme il est aujourd'hui ». Cette nécessité de percevoir le monde tel qu'il est et se transforme est le fil rouge des autres thèmes abordés, qu'il s'agisse du numérique qui bouleverse l'organisation des entreprises et leur management, du rôle pouvant être joué par les villes dans la lutte contre le changement climatique et dans un monde où des « métropoles-providences » pourraient peu à peu se substituer à un État-providence à bout de souffle, des potentialités aussi du service civique.

(MT)

*** Dokumente / Documents. Zeitschrift für den deutsch-französischen Dialog / Revue du dialogue franco-allemand. Verlag Dokumente (86 Dottendorfer Strasse, D-53129 Bonn. Tél.: (49-228) 92129365 - fax: 690385 - Courriel: aboservice@dokumente-documents.info - Internet: http://www.dokumente-documents.info ). 2015, n° 3, 7 €. Abonnement: 18,90 €.

Assorti d'un beau tiré à part pour marquer le 70ème anniversaire de cette revue bilingue (double à l'origine, l'une en allemand, l'autre en français) voulue par le jésuite Jean du Riveau afin que les Allemands et les Français apprennent enfin à mieux se connaître et à dialoguer entre eux en vue de nouer un partenariat, ce numéro de Dokumente / Documents enfonce plus que jamais ce clou, elle qui dénonce certains « relents de germanophobie ». Sans doute l'Allemagne paie-t-elle là le prix d'une gestion trop intergouvernementale de l'Union européenne, mais ce point n'est pas évoqué dans la revue. Au contraire, elle confirme que France et Allemagne conservent, seules, la capacité de donner le cap à la construction européenne, cependant à la condition qu'elles parviennent à exercer « une sorte de fonction charnière pour assurer l'équilibre entre les différents groupes d'intérêts » discernables parmi les pays membres. En tout cas, il est fait état d'un sondage d'opinion montrant que citoyens allemands et français souhaitent les uns comme les autres un renforcement de la coopération entre Berlin et Paris pour lutter contre le terrorisme. A noter aussi, parmi les autres articles, un plaidoyer en faveur du Conseil de l'Europe.

(MT)

*** PETROS PAPACONSTANTINOU: La gauche, le gouvernement et l'État. Des analyses classiques, des expériences actuelles. Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2015, 386 p., 18 €. ISBN 978-960-14-2946-5.

Les urnes peuvent-elles ouvrir la voie à des changements radicaux ? Que peut-on espérer de la gauche au gouvernement alors que le pouvoir réel reste entre les mains des « ennemis » ? Dans le petit État-nation qu'est la Grèce, quelles marges la mondialisation implacable et « l'Europe allemande » laissent-elles à une alternative politique ? Est-il une vie après l'euro? Ces questions pressantes nées de l'interminable crise économique, de la tempête des mémorandums et des aventures du gouvernement de Syriza sont à la base du nouveau livre de Petros Papaconstantinou, grand reporter et éditorialiste au quotidien grec « Kathimerini ». À ses yeux, la difficulté manifeste de tous les courants de la gauche à leur apporter des réponses cohérentes est due en partie à leur préparation inadéquate à l'exercice du pouvoir politique et à leur incapacité à traiter les problèmes cruciaux rencontrés par l'État. En croisant la théorie politique et l'expérience historique, en revisitant également les oeuvres de penseurs marxistes, classiques comme contemporains, l'auteur en arrive à tirer quelques conclusions sur la situation critique dans laquelle se trouve aujourd'hui la Grèce. En refusant le transfert mécanique de recettes toutes prêtes, il s'emploie principalement à stimuler l'effort collectif nécessaire pour une « analyse concrète de la situation concrète », ce qui était pour Lénine l'âme vivante du marxisme. Il met aussi en évidence quelques vives et fertiles controverses entre les divers courants de la pensée marxiste recensées au cours des 170 dernières années, lui qui remonte notamment au « Printemps des peuples » de 1848, à la Commune de Paris de 1871, à la vague des révolutions des travailleurs qui, de 1917 à 1923, ont balayé l'Europe, à la lutte contre le fascisme, au Front populaire en France et à la révolution trahie d'Espagne, à Mai 68, à l'expérience de l'Unité populaire au Chili et, enfin, à l'émergence récente d'une nouvelle gauche en Amérique latine.

(AKa)

*** YANNIS LOULIS: La grande punition. Comment les partis dominants dans la période d'après la dictature ont été brisés (2012-2015). Éditions Kastaniotis (11 rue Zalongou, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3301208 - fax 3842431 - Courriel: info@kastaniotis.com - Internet: http://www.kastaniotis.com ). 2015, 313 p., 15,98 €. ISBN 978-960-03-5866-7.

Comment se fait-il que les deux partis dominants en Grèce depuis la chute de la dictature en 1974, à savoir le Pasok et la Nouvelle Démocratie, soient désormais dépassés par la formation de gauche radicale Syriza, ce qui a encore été confirmé lors des législatives de janvier dernier ? En réalité, ces deux formations politiques étaient déjà fatiguées, usées, décadentes lorsqu'elles avaient décroché, en 2012, une victoire à la Pyrrhus leur promettant un avenir très incertain. Depuis, le Premier ministre Alexis Tsipras se fait l'artisan de leur grande punition. Dans ce livre se trouvent présentées et analysées les causes et les étapes de la descente aux enfers de ces deux partis pour lesquels le dernier scrutin européen s'est révélé être "le début de la fin". L'auteur s'attarde notamment sur les erreurs commises par un gouvernement Samaras pris de panique et sur la pire campagne menée dans l'histoire de la Nouvelle Démocratie. Il discerne aussi les "sept péchés capitaux" d'un pays en crise qui menacent aussi Alexis Tsipras s'il ne procède pas aux changements indispensables. Yannis Loulis signe ainsi son troisième ouvrage depuis le déclenchement de la crise. Analyste politique actif au sein de l'Université d'Essex où il enseigne les "comportements politiques" et chroniqueur dans plusieurs journaux grecs, il continue ainsi à investiguer les causes de la crise qui frappe la Grèce et les responsabilités qu'ont à endosser dans cette débâcle les deux partis qui ont dominé le paysage politique grec ces dernières décennies, lesquels se partageaient régulièrement plus de 80% des suffrages jusqu'au séisme politique créé par Syriza. Selon lui, Syriza ne serait pas arrivé au pouvoir avec le même éclat sans Tsipras, mais aussi sans que… Samaras (Nouvelle Démocratie) et Venizélos (Pasok) ne deviennent les meilleurs alliés de ce dernier en ce moment historique. (AKa)

*** ARMIN VON BOGDANDY, PÁL SONNEVEND (sous la dir. de): Constitutional Crisis in the European Constitutional Area. Theory, Law and Politics in Hungary and Romania. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). 2015, 378 p.. ISBN 978-1-84946-464-2.

Certains ont fait mine de croire - et, pire, certains populistes continuent de prétendre - que le droit européen constituait une menace pour des constitutions nationales protectrices de la démocratie et des libertés fondamentales. Les situations qui prévalent en Hongrie et en Roumanie démontrent tout le contraire: ce sont leurs propres dirigeants nationaux qui mettent en péril les droits fondamentaux, l'État de droit et la démocratie. Voilà ce que montrent les auteurs réunis dans ces pages en constatant, ainsi que le résument les coordinateurs du livre, que « les institutions européennes ne disposent pas encore d'un ensemble d'instruments suffisamment efficaces pour aborder les crises constitutionnelles » survenant dans les États membres. Pour ce qui est de la Hongrie, les contributions éclairent différentes retombées concrètes d'une crise alimentée à la fois par des évolutions constitutionnelles permanentes voulues par la majorité gouvernementale, une « détérioration progressive des garanties des droits fondamentaux » et un manque de freins et contrepoids efficaces. D'autres contributions montrent que la situation est à peine moins préoccupante en Roumanie, même si la constitution n'y est point menacée en permanence. Dans ce contexte, le manque de moyens à la disposition de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe est cruellement mis en lumière, avant que des propositions très concrètes ne soient in fine formulées pour y remédier.

(PBo)

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