Bruxelles, 20/10/2015 (Agence Europe) - En Europe, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont baissé de 23% entre 1990 et 2014, mais ce n'est pas tout: l'Union européenne est sur la bonne voie pour atteindre et même dépasser son objectif de réduire de 20% ses émissions de GES à l'horizon 2020, selon un rapport publié par l'Agence européenne de l'environnement, mardi 20 octobre.
Ce rapport intitulé « Tendances et projections dans l'EUROPE 2015, contributions et progrès vers les objectifs européens » tombe à point nommé et constitue pour l'UE un argument de poids pour convaincre ses partenaires à l'heure où se tient à Bonn la dernière session de négociations climatiques avant la COP 21 (EUROPE 11413).
« - 23% entre 1990 et 2014, cela dépasse nos attentes. Dans le même temps, l'économie européenne a connu une croissance de 16%. D'ici à 2020, les projections montrent que nous serons autour de 24% en dessous de 1990. C'est une bonne nouvelle. C'est grâce à notre politique climatique, à l' ETS et notre politique en matière de renouvelables », s'est réjoui le commissaire européen à l'Action pour le climat et à l'Énergie, Miguel Arias Canete, en commentant ce rapport devant la presse européenne à Bruxelles.
Le rapport montre que les émissions de GES ont baissé chaque année tandis que la part d'énergies renouvelables augmentait et que la consommation d'énergie chutait. « C'est la preuve que nos politiques portent leurs fruits, que les politiques du climat et de l'énergie sont rentables. C'est encourageant pour tous les pays du monde, en particulier ceux qui, pour la première fois, se sont dotés d'un plan climat ».
Rappelant que, pour l'horizon 2030, l'UE s'engage à réduire ses émissions d'au moins 40% par rapport à 1990, qu'elle se montre « ambitieuse également pour les renouvelables et l'efficacité énergétique et qu'elle a pris ses engagements pour réformer l'ETS », le commissaire a confirmé que la Commission présentera en 2016 une proposition sur le partage de l'effort entre les États membres.
Des propositions législatives sont également prévues pour intégrer les changements d'affectation des terres et la foresterie (Lulucf selon le sigle en anglais) conformément à l'offre de contribution (INDC) de l'UE « Nous sommes prêts à en discuter », a-t-il assuré à l'adresse des partenaires internationaux. Pourquoi alors, si l'UE affiche de si bonnes performances, ne pas revoir à la hausse l'objectif 2020 de l'UE ? À cette question le commissaire répond que l'objectif 2020 est « le fruit d'un compromis », que l'UE souhaite « des efforts comparables des autres parties » et que toute révision à la hausse de l'objectif européen « nécessiterait une décision des chefs d'État ou de gouvernement ».
Appelant toutes les parties à relever leur niveau d'ambition, M. Canete a expliqué que « l'accord de Paris doit remplir sa fonction: contenir la hausse de la température mondiale en dessous de 2 degrés C. Or, nous n'y sommes pas. L'objectif final de 2 degrés devra se retrouver dans la partie opérationnelle de l'accord contraignant. Pour l'objectif 2050, le G7 a fait référence à une réduction de 70% des émissions mondiales. Nous avons un engagement de 50%. Donc, tous les 5 ans, il faudra faire le bilan. Nous voulons un objectif à très long terme et des étapes intermédiaires, des règles de transparence. Essayons de mettre en place tous ces élements ». Il a cité l'atténuation, l'adaptation, les engagements en termes de financements et les transferts de technologies comme des éléments clés. Selon lui, « les règles de transparence, l'objectif à long terme, le bilan à intervalles réguliers devront être contraignants ». Et d'ajouter « L'UE n'a pas de problème avec des objectifs contraignants. Nous, quand nous faisons des promesses, nous les tenons. Nous sommes le plus gros pourvoyeur de ressources au Fonds vert pour le climat ».
Hans Bruyninckx, directeur de l'Agence européenne de l'environnement (AEE), a précisé qu'entre 1990 et 2013 l'UE avait réduit ses émissions de 19% et, pour la seule année 2014, de 23%. « Cette différence de 3% s'explique par l'hiver 2014, particulièrement chaud. Mais la tendance régulière à la baisse est là depuis 2005, date à laquelle les politiques climatiques ont été mises en place dans l'UE », a-t-il dit. Selon lui, « ce rapport annuel montre une tendance claire depuis 2005. Nous allons atteindre nos objectifs pour 2020. Il faut désormais garder le cap sur 2030 conformément aux connaissances scientifiques sur lesquelles se fonde la politique de l'UE ».
Les projections pour 2020 donnent une réduction des émissions de GES de 24% sans mesures additionnelles. Dans ce scénario, seuls quatre pays n'atteindraient pas leur objectif (la Belgique, le Luxembourg, l'Irlande et l'Autriche). Les projections pour 2030 donnent une réduction de 27% et, avec des mesures additionnelles, ce serait -30%, sans prendre en compte la réforme de l'ETS. « Avec une réforme qui rende ce système plus efficace, la baisse serait encore plus prononcée ». Soulignant que l'UE a connu, chaque année, une réduction de 1% en tonnes de carbone, il a indiqué que, d'ici à 2030, il faudra une réduction de 1,4%. « Pour atteindre l'objectif 2050, il faudra une réduction de 4,6% par an pour rester dans les clous. », a-t-il déclaré.
Le rapport complémentaire sur les projections du système d'échange d'émission de l'UE (ETS) montre qu'entre 2005 et 2014, le système a permis une réduction de 24% des émissions des installations couvertes par l'ETS - un niveau plancher jamais atteint. Pour 2020, les projections donnent -26% des émissions. Dans les secteurs non-ETS, les émissions ont baissé de 10% entre 2005 et 2013. Depuis 1990, les transports sont le seul secteur dont les émissions ont considérablement augmenté (+19%), avec un pic en 2007 et une légère inflexion depuis. La part d'énergies renouvelables était de 16% en 2014 et l'UE sera à 20% en 2020. S'agissant de l'efficacité énergétique, l'UE sera en mesure d'atteindre 20% en 2020, conformément à son objectif. (Aminata Niang)