*** GILLES GRIN, REGIS CLAVE, FRANCOISE NICOD (sous la dir. de): Relations transatlantiques face aux défis du monde global. Editions Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris) et Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél.: (41-21) 6922090 - fax: 6922095 - Courriel: secr@fjme.unil.ch - Internet: http://www.jean-monnet.ch ). Collection « « Les Cahiers rouges », n° 215. 2015, 373 p., 33 €. ISBN 978-2-7178-6793-0.
Ce 215ème Cahier rouge rend compte d'un colloque organisé à Lausanne trente-cinq ans jour pour jour après la création de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe le 4 octobre 1978 par Jean Monnet lui-même. Ce colloque avait lui-même été précédé, en avril 2013, par un séminaire organisé dans la capitale des États-Unis par l'Institut européen de Washington en partenariat avec la Fondation - la rencontre de Lausanne ayant en outre été soutenue par la Fondation George C. Marshall. En trente-cinq ans, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts d'Amérique du nord et d'Europe, et il était dès lors judicieux de procéder à une évaluation du partenariat euro-américain. Ce l'était d'autant plus que, comme l'a indiqué Jacqueline Grapin dans son mot de bienvenue, les choses ont bien changé depuis qu'elle a créé, dans les années 1988-1989, l'Institut européen de Washington en coopération avec la Commission présidée alors par Jacques Delors: « Nous n'avions que deux certitudes à faire valoir: la première était que l'intégration européenne était une bonne chose et la deuxième était qu'une bonne relation avec les États-Unis était souhaitable. Cela semblait tellement évident que mes interlocuteurs souriaient. Cela ne l'est plus… »
Un détour par l'histoire permet sinon de comprendre pourquoi la relation s'est dégradée et affadie au fil du temps, en tout cas de saisir l'esprit qui prévalait au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et dont il ne subsiste, à vrai dire, plus grand-chose. La première contribution est ainsi consacrée par l'historien Barry F. Machado au général Marshall, père du Plan portant son nom sur lequel s'édifia le partenariat transatlantique. En passant en revue les six règles que le secrétaire d'État américain s'imposa en cette période déterminante, ce professeur ayant enseigné jusqu'en 2005 à la Washington & Lee University de Lexington s'emploie notamment à démontrer que son objectif n'a jamais été d'américaniser les sociétés européennes par ce biais. Le général n'a cessé ainsi d'insister pour que « l'organisation future de l'Europe soit déterminée par les peuples d'Europe » - règle qu'il respecta partout sauf… en Grèce lors de la guerre civile. Il se refusait, d'autre part, d'imposer un quelconque diktat américain assorti de coercition et d'intimidation, sa conviction étant aussi « qu'une alliance véritable reposait sur un intérêt commun, un respect mutuel, la délibération et la coopération entre partenaires égaux ». Dans cette optique, il refusait que les États-Unis versent dans « la vantardise de superpuissance », eux qui ne pouvaient, à ses yeux, « ni dominer » leurs « amis, ni les traiter avec condescendance ». Il était encore convaincu que « les leaders du monde devaient non seulement définir et promouvoir l'intérêt éclairé de leur nation, mais aussi garder à l'esprit le souci de l'intérêt commun dépassant les frontières », quitte même à aider un Tito « non soumis à Joseph Staline ». C'était un temps, en somme, où la morale pouvait encore composer avec la politique et faire barrage au cynisme. C'était un autre temps, avant que n'arrive l'arrogance de plus en plus criante des Kissinger, Haig et Rice, l'autisme aussi de Bush Jr. Ce sont des règles empreintes de sagesse que bien des dirigeants nationaux, y compris européens, feraient bien de méditer…
Dans le même esprit, le Pr. Gérard Bossuat revient sur le parcours de Jean Monnet lui-même, cherchant notamment à voir si ce proche des élites de Washington n'avait pas été « instrumentalisé par les Américains », comme le prétendaient « les courants gaulliste, communiste, neutraliste, d'extrême droite et révolutionnaire ». En réalité, souligne cet historien français, Monnet n'a cessé de militer en faveur d'un partenariat « à égalité » entre les deux rives de l'Atlantique, d'où ce constat: « Monnet fut l'homme des intérêts communs de l'Europe unie et des États-Unis. Mais l'Europe n'était pas unie ! » Elle ne l'est toujours pas, ce dont on ne peut faire le reproche à Monnet mais bien à ceux qui ont emboîté le pas au général de Gaulle dans sa croisade au service de la souveraineté nationale, ce qui explique que la relation transatlantique se relâche dans différents domaines passés en revue dans ces pages, la défense et le front commercial n'étant pas les moindres d'entre eux. D'où cette conclusion imparable du Pr. Bossuat constatant la disparition de la convergence des élites transatlantiques: « Le souci de la souveraineté des États et le nationalisme l'emportent en ce moment, parce que l'idéologie européenne et l'idéologie transatlantique ont fait preuve de leurs difficultés à résoudre de nouveaux problèmes tels que le changement climatique, la transformation des économies développées, la sécurité de l'Europe, la lutte contre le chômage ». Et il n'est pas sûr qu'un nouveau Marshall ou un nouveau Monnet amélioreraient la situation de nos jours, tant il est vrai qu'il convient désormais de tenir compte de la montée en puissance de la société civile européenne, celle qui, par exemple, n'en déplaise aux coordinateurs de cet ouvrage et à certains intervenants, ne voit pas d'un bon oeil le projet de partenariat transatlantique de commerce et d'investissement.
Michel Theys
*** GEORGE VOSKOPOULOS (sous la dir. de): La construction de l'Europe. Paix - Réconciliation - Collaboration - Achèvement. Editions Poiotita (2 rue Smirnis, GR-16672 Vari. Tél.: (30-210) 9215842 - fax: 9214693 - Courriel: info@piotita.gr - Internet: http://www.piotita.gr ). 2015, 720 p., 38 €. ISBN 978-960-780340-5.
L'Union européenne est la consécration de la coopération transnationale et de la volonté d'intégration d'États souverains qui partagent la même compréhension d'intérêts communs à gérer avec des institutions communes. En même temps, elle constitue un casse-tête pour ce qui est de sa capacité à être un acteur politique global, capable de projeter sa puissance hors du domaine de l'économie. C'est ce paradoxe qui est étudié par les auteurs de ce livre, pour la plupart enseignants à l'Université de Macédoine. D'après eux, l'Union s'est construite par phases successives et reflète aujourd'hui les priorités actuelles de l'élite politique au sein d'un système européen d'États souverains et du système international. De nos jours, elle est une force pour la paix, mais ses faiblesses et ses lacunes dans le domaine politique sont patentes lorsqu'il s'agit pour elle d'agir en tant que facteur d'équilibre dans le système international et en tant qu'instrument interculturel et interreligieux au service du renforcement de la paix et de la sécurité au niveau international, tout en répondant aux défis de la mondialisation. Les douze chapitres de ce travail collectif abordent des sujets tels que l'affrontement bipolaire, la tentative transeuropéenne de coopération au cours de la guerre froide, les paramètres d'identification de la sécurité européenne et l'Europe centrale dans le contexte de la guerre froide. Une vaste bibliographie ponctue l'ouvrage.
(AKa)
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: info@centroeinstein.it - Internet: http://www.federalist-debate.org ). 2015, n° 2, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €, 18 $.
Ce numéro du Federalist Debate s'ouvre sur un éditorial de Lucio Levi consacré à la nécessité de se protéger des désordres qui règnent aux frontières de l'Europe. Comment ? En déclenchant sans plus tarder une coopération structurée permanente qui soit la première étape vers la création d'une armée européenne plus que jamais indispensable maintenant que le monde bipolaire a volé en éclats. La faute à qui ? Au Sud, à George Bush Jr. suite au « rêve mégalomane visant à transformer les États-Unis en un empire mondial » qui l'a conduit en Afghanistan et en Irak. Là, il convient, selon l'éditorialiste, de réparer les dégâts causés en lançant au plus vite une Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée à l'image de celle qui amorça à Helsinki la détente Est-Ouest, un Plan Marshall étant une source d'inspiration. En Europe de l'Est avec la crise ukrainienne, il importe aussi de revenir à « l'esprit d'Helsinki » et de sortir de l'oubli le projet de « maison commune européenne » qui avait été lancé par Gorbatchev. Ces sujets font l'objet de différents articles, sans parler de questions fédéralistes.
(MT)
*** ROBERT O. KEOHANE: Après l'hégémonie. Coopération et désaccord dans l'économie politique internationale. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universit é-bruxelles.be). Collections "UBlire / Fondamentaux", n° 38. 2015, 417 p., 12 €. ISBN 978-2-8004-1591-8.
Fruit de sept années de recherche et d'écriture, ce livre est paru en anglais quand… « le mot de globalisation ne faisait pas partie de notre vocabulaire ». Voilà ce qu'écrivait Robert Keohane dans sa préface à la deuxième édition parue en 2005, soit… vingt-six ans après la première. Pourquoi, dès lors, les Editions de l'Université libre de Bruxelles ont-elles jugé bon de sortir cette version française trente-six ans après la version originale ? Pour la bonne raison, explique le Pr. Mario Telò dans sa préface, que cet ouvrage du « représentant le plus éminent du courant post-réaliste aux États-Unis » est devenu un classique et qu'il est source d'espoir: s'il est chaque jour plus patent que le multilatéralisme sous hégémonie américaine est à l'agonie, l'auteur, professeur en Politique et Affaires internationales à la Woodrow Wilson School de l'Université de Princeton, y assure que la coopération internationale est possible en l'absence d'hégémonie, tant il est vrai, résume le Pr. Telò, qu'il apparaît « possible d'instaurer un multilatéralisme renouvelé (sans puissance hégémonique, plus équilibré, plus légitime et plus efficace), cadre favorable pour une paix mondiale durable et plus juste ». Ce n'est sans doute pas une chose acquise, mais l'Union européenne n'est pas la dernière à avoir montré que ce n'est pas une vue de l'esprit.
(MT)
*** ELIAS KOUSKOUVELIS: Introduction aux relations internationales. Éditions Piotita (voir coordonnées supra). 2015, 732 p., 32 €. ISBN 978-960-780331-3.
Dans cet ouvrage sont présentés les concepts de base des relations internationales, étant notamment passés en revue le système international, ses agents, l'intérêt national, le pouvoir, la balance du pouvoir, la guerre et ses causes, la prise des décisions, la stratégie, la coopération internationale... Ces concepts sont abordés sur la base des théories et outils méthodologiques de la science des relations internationales, à la lumière d'exemples de la politique étrangère de la Grèce au cours des cinquante dernières années. Utilisant le pluralisme scientifique et idéologique, l'auteur examine notamment la manière dont les États agissent au plan international et dont le système international fonctionne, le sort qui est réservé aux armes stratégiques les risques de guerre et les propensions actuelles à la coopération internationale. Une vaste bibliographie ponctue l'ouvrage.
(AKa)
*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http://www.europeenformation.eu ). 2014, n° 374, 168 p., 20 €. Abonnement: 50 €.
Outre la traditionnelle chronique que tient Jean-Pierre Gouzy, ce numéro de la revue fondée par le chantre du fédéralisme intégral que fut Alexandre Marc contient un dossier de grande actualité puisqu'il est consacré aux relations entre l'Union européenne et la Russie. Dans un premier temps, François Saint-Ouen appréhende ce thème en invitant à revisiter l'idée de « Grande Europe », ce spécialiste du fédéralisme qui est chargé de cours à l'Institut d'études globales de l'Université de Genève (il est également secrétaire général du Centre européen de la culture) invitant à resserrer les liens entre les Vingt-huit et l'Union eurasiatique en vue de rendre l'Europe plus autonome à l'égard des États-Unis et de l'Otan. Le Pr. Makarychev (Université de Tartu en Estonie) s'emploie, lui, à discerner les causes « technocratiques » du conflit entre l'Union et la Russie à propos de l'Ukraine, la chercheuse Anke Schmidt-Felzmann expliquant pour sa part que la dégradation du partenariat stratégique entre l'Union et Moscou ne peut être imputée aux seules divisions internes des Vingt-huit. D'autres contributions portent sur la manière dont le dossier russe divise le groupe de Visegrad, sur les engagements souscrits par les Européens et Moscou en Asie centrale, sur le rôle majeur joué par l'énergie dans les rapports russo-européens et, enfin, sur la manière dont la Russie compose avec la Convention européenne sur les droits de l'homme.
(MT)
*** RUOMENG YANG: Die Rezeption der europäischen Privatrechte in China und die konfuzianische Tradition, das Beispiel des Deliktsrechts im frühen 20. Jahrhundert. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Rechtshistorische Reihe". 2015, 181 p., 44,95 €. ISBN 978-3-631-66352-3.
Ruomeng Yang traite dans cet ouvrage de la question de l'importation de normes juridiques étrangères et de leur intégration dans le système juridique chinois durant la première moitié du XXème siècle (1900-1949). En fait, l'auteur montre la complexité de ce processus d'importation et constate qu'il n'y a pas eu en Chine d'adoption pure et simple de normes juridiques étrangères, même si certaines politiques ont été menées dans ce sens. Le résultat de ces politiques d'importation a plutôt été de créer une forme de symbiose, voire d'interactions entre les éléments importés de l'étranger et ceux de la culture juridique chinoise traditionnelle marquée notamment par le confucianisme. L'auteur prend soin de définir les concepts utilisés et de rappeler le contexte général de la période étudiée (grande hétérogénéité de la Chine, regain du sentiment national) ; puis, pour appuyer sa thèse et l'étayer d'exemples concrets, l'auteur choisit ensuite d'analyser ces processus d'importation de normes juridiques en droit des délits civils chinois.
(GLe)