Bruxelles, 19/10/2015 (Agence Europe) - Près d'une vingtaine de ministres de la Justice de pays de l'UE se sont réunis, lundi 19 octobre à Bruxelles, pour échanger leurs pratiques en matière de prévention de la radicalisation et du phénomène terroriste, les ministres s'accordant sur le fait de mettre des programmes de réhabilitation à disposition des personnes radicalisées revenant des terrains étrangers et incarcérées. Selon des statistiques françaises (le pays compterait 500 ressortissants actuellement en Syrie et en Irak et recense 3 000 individus 'à risque'), 15% des personnes interpellées ou condamnées pour terrorisme avaient déjà séjourné en prison et s'y étaient radicalisées.
Cet évènement organisé par la Commission européenne et la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE a notamment réuni les ministres français, belge, espagnol, italien, suédois, bulgare, hongrois ou encore autrichien et devait justement permettre de discuter du rôle de la justice dans la réponse au phénomène de radicalisation. À ce jour, près de 5 000 citoyens européens auraient rejoint des organisations terroristes en Irak et en Syrie, la question des combattants étrangers et de la radicalisation posant des défis croissants aux États membres de l'UE et présentant certaines nouveautés pour ce qui concerne les « terrains d'opération » , a commenté la ministre française de la Justice, Christiane Taubira, puisque les attentats se font « dans nos pays », mais sont pensés depuis l'étranger et par des organisations « qui contrôlent de vastes territoires et ont des richesses ».
Face à une menace « réelle et immédiate », comme l'a qualifiée la Française, les États membres présentent encore des réponses très différentes et les outils européens ne sont pas toujours mis en oeuvre, a observé, pour sa part, Claude Moraes (S&D, britannique), qui préside la commission des libertés civiles du PE. Jusqu'à présent, face à la menace terroriste, les États membres se sont surtout accordés sur les réponses pénales et, notamment, la détention ou la confiscation des passeports et les décisions de sortie du territoire ou d'entrée sur le territoire, mais la réflexion semble être allée moins vite sur la façon de réhabiliter les gens détenus et même sur la possibilité de prendre des sanctions alternatives à l'enfermement, quand le délit est moindre que l'appartenance concrète à une organisation terroriste. Les personnes revenues des terrains étrangers ne devraient ainsi pas être considérés comme des extrémistes toute leur vie, a suggéré la Commission européenne, dans une note de réflexion. En Belgique, « nous ne sommes pas en première ligne », a concédé le ministre belge de la Justice, Koen Geens, expliquant que le pays commençait à s'inspirer des « centres de réhabilitation » pour les combattants étrangers revenus au pays, tels qu'ils sont conçus au Danemark. Les ministres ont aussi insisté sur les moyens nécessaires à fournir pour encadrer ces personnes radicalisées, notamment en termes de personnel, même si beaucoup ont reconnu qu'il n'existait pas de solution unique à ce phénomène, aucune solution n'étant même « véritablement satisfaisante », a encore souligné Mme Taubira.
La journée devait aussi être consacrée à la lutte contre les discours de haine et la propagande sur Internet, alors que la Commission va lancer, le 3 décembre, un Forum sur Internet avec les fournisseurs et représentants des réseaux sociaux pour plancher sur les moyens de contrecarrer la propagande terroriste. Depuis juillet, l'agence Europol est aussi dotée d'une unité spéciale chargée de traquer les sites web et de supprimer les contenus illicites, la difficulté résidant toutefois dans les limites à respecter pour préserver le principe de la liberté d'expression.
Vote au Parlement
De son côté, la commission des libertés civiles du PE devait voter, lundi 19 octobre, un rapport sur la prévention de la radicalisation préparé par l'eurodéputée française Rachida Dati ( PPE). Le rapport insiste sur les politiques de prévention, en particulier: avoir un contre-discours sur Internet, responsabiliser pénalement les géants du Net pour la suppression des contenus illégaux en ligne, séparer dans les prisons les détenus radicalisés des autres détenus afin de prévenir le recrutement, former le personnel pénitentiaire à la détection de comportements radicaux, engager le dialogue avec les différentes communautés religieuses , prévenir la radicalisation par l'éducation, mais aussi lutter contre le financement du terrorisme et, pour cela, exiger une meilleure transparence des flux financiers extérieurs, a expliqué l'élue française. (Solenn Paulic)