Bruxelles, 07/09/2015 (Agence Europe) - Un mandat clair pour conclure un accord climatique mondial à Paris en décembre, c'est le résultat de la semaine de négociations climatiques qui s'est achevée vendredi 4 septembre à Bonn, et c'est, de l'avis général, insuffisant (EUROPE 11382).
Alors qu'il ne reste plus que cinq jours de négociation avant la COP 21, tous s'accordent à reconnaître que les négociateurs lambinent et que, sauf à mettre les bouchées doubles, il ne faut pas attendre des chefs d'Etat et de gouvernement qu'ils fassent des miracles lorsqu'il donneront le coup d'envoi de la COP 21 le 30 novembre prochain à Paris.
Les discussions ont permis d'identifier des domaines de convergence et de progresser sur certaines questions comme la transparence et la différenciation entre les pays, le mécanisme de révision et la notion de direction commune pour ce qui concerne l'adaptation. Les 195 parties aux négociations ont mandaté les deux co-présidents de présenter, d'ici à début octobre, un document de travail censé fournir la base aux négociations du futur accord mondial. La dernière session de négociation avant Paris est prévue à Bonn du 19 au 23 octobre, et c'est le 1er novembre que le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC) présentera son rapport de synthèse sur les effets agrégés des contributions nationales projetées (INDC) à l'accord mondial, juridiquement contraignant et dynamique, à conclure à Paris.
Un risque de fiasco. Lors de sa sixième conférence de presse semestrielle à Paris, lundi 7 septembre, François Hollande, président de la COP, n'a pas caché les risques de fiasco de la conférence de Paris. En réponse à un journaliste qui lui demandait si la COP 21 serait un échec si les offres de contribution ne permettaient pas respecter les 2 degrés Celsius pour le réchauffement climatique mondial, M. Hollande a répondu: « Les risques sont là. Ceux qui pensaient que ce serait un parcours tout tracé conduisant à Paris avec des lauriers tressés, je vais les décevoir. Il y a un risque d'échec. À ce jour, il y a à peine 60 contributions (57 INDC de pays représentant 60% des émissions mondiales ont été déposées à l'ONU: NDLR) ». Et de rappeler, une nouvelle fois, que sans accord sur le financement, il n'y aura pas d'accord à Paris.
Offensive française pour un pré-accord sur le financement en octobre. « Les déclarations fracassantes ne sont pas toujours sonnantes et trébuchantes. Les financements ne viennent pas à l'appui. C'est là-dessus que tout va se jouer. C'est là-dessus, qu'avec le ministère des Affaires étrangères, nous travaillons. Il n'y aura pas d'accord - des pays émergents, des pays du Sud s'y refuseront - s'il n'y a pas d'engagement ferme sur le financement », a averti M. Hollande. Il a précisé que celui-ci devait être « mesurable, prévisible, vérifiable, transparent » et assorti d'un mécanisme de révision permettant son augmentation constante au fil du temps. « 100 milliards de dollars en 2020 c'était déjà le chiffre à Copenhague. Nous n'avons pas avancé depuis Copenhague (COP 15 en 2009: NDLR). C'est là-dessus que la France va mener son offensive, à l'ONU » lors de l'Assemblée générale (septembre) et à Lima et de la réunion de la Banque mondiale et du FMI (9-11 octobre), a-t-il annoncé, en insistant sur la nécessité de « parvenir à un préaccord » sur le financement en octobre.
Prévenir le risque de millions de migrants climatiques. Pour enfoncer le clou, le président français a souligné l'enjeu de la COP 21 à la lumière de la crise actuelle des migrants. « Si on ne concluait pas, alors ce ne sont pas des centaines de milliers de réfugiés mais des millions de réfugiés climatiques » à laquelle la communauté internationale devrait faire face, a-t-il prévenu.
« La direction est bonne mais le rythme est encore jugé insuffisant » reconnaissait, samedi, le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius. Le financement et les mesures d'adaptation étaient au coeur des consultations informelles qu'il a conviées à Paris le week-end dernier pour accélérer les négociations. Les ministres de 57 pays, dont les économies majeures, y ont participé.
Un changement est nécessaire. Pour le commissaire européen à l'Action pour le Climat, Miguel Arias Cañete, le moment est venu d'un changement dans les négociations onusiennes. « Cette semaine a été utile en ce qu'elle a rapproché les parties et clarifié les questions clés sur la table. Je suis heureux que de plus en plus de parties semblent converger autour de l'idée de l'UE d'une révision tous les cinq ans, mais il est temps d'opérer un changement. Le véritable accord doit commencer à prendre forme. Il nous faut un texte concis, cohérent pour permettre de commencer à négocier sérieusement. », déclarait-il vendredi à l'issue de la session préparatoire de Bonn.
Selon le WWF, qui était présent à Bonn, les progrès à engranger doivent porter sur: - les actions avant 2020 ; - le réexamen et la montée en puissance des actions ; - le financement climatique ; - la réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation des forêts dans les pays en développement (REDD + dans le jargon onusien): - les pertes et les dommages ; - la différenciation.
« Il n'y a pas de temps à perdre. Il nous faut un texte de négociation en octobre, faute de quoi un accord à Paris serait menacé. Nous voulons voir la science et l'équité au coeur de l'Accord de Paris. Il faut un pîc des émissions avant 2020 et que tous les pays assument leur juste part. Il faut de la certitude en matière de financement, de pertes et de dommage et, surtout il faut que l'accord garantisse un accroissement de l'ambition afin que les actions des différents pays soient en ligne avec ce que la science nous recommande de faire », a déclaré Tasneem Essop, qui conduisait la délégation du WWF à Bonn. (Aminata Niang)