Bruxelles, 07/09/2015 (Agence Europe) - Des milliers d'agriculteurs et plus de 1 000 tracteurs de toute l'UE ont manifesté à Bruxelles, lundi 7 septembre, pour protester contre la situation « catastrophique » des producteurs de lait, de viande porcine, de fruits et légumes et de viande bovine.
Lors d'une conférence de presse, lundi matin, les représentants du Copa-Cogeca ont souligné le caractère sans précédent de cette situation « déplorable » qui touche les producteurs européens de ces secteurs.
Dans le secteur du lait, le Copa-Cogeca a défendu les propositions suivantes: - rendre au secteur la totalité de l'argent (près de 900 millions d'euros) provenant du superprélèvement laitier 2014/2015 ; - une hausse du prix d'intervention ; - l'utilisation d'outils pour atténuer la volatilité des prix (marchés à terme et systèmes d'assurance) ; - une stratégie forte d'exportation et de nouveaux débouchés ; - l'élimination des obstacles au commerce ; - le renforcement des mesures de promotion.
S'agissant de la viande porcine, les organisations agricoles de l'UE demandent: - d'intensifier les négociations avec la Russie pour obtenir la levée des restrictions sanitaires et phytosanitaires imposées sur la viande porcine depuis début 2014 ; - l'utilisation à des fins non alimentaires (biocarburants) de la graisse et des abats stockés qui se dégradent ; - la création d'un fonds cofinancé par l'UE et les pays de l'UE pour aider à la reconstruction du secteur. Le Copa-Cogeca ne demande pas la réouverture du stockage privé pour la viande porcine et reconnaît que son utilisation, en mars 2015, s'est révélée inutile. Il demande aussi la levée de restrictions sanitaires pour ouvrir de nouveaux débouchés au Mexique, au Pérou et au Chili.
Albert Jan Maat, président du Copa, a souligné notamment que, dans de nombreux pays, les prix sont inférieurs aux coûts de production et les revenus des agriculteurs se situent à moins de la moitié du niveau moyen, ce qui contraint certains à mettre la clé sous la porte. « Le pouvoir considérable des distributeurs a également un impact très négatif sur les producteurs, réduisant encore davantage leurs marges. Des mesures communautaires destinées à rééquilibrer la chaîne alimentaire et à lutter contre les pratiques commerciales déloyales sont déterminantes », a quant à lui indiqué Christian Pèes, président de la Cogeca.
Le secteur agro-alimentaire européen représente 40 millions d'emplois, principalement dans les zones rurales de l'UE, et les exportations s'élèvent à plus de 120 milliards d'euros chaque année. Sachant que la demande alimentaire mondiale doit augmenter de 60% d'ici à 2050, « nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre une nouvelle crise ». Et d'ajouter: « Il est indispensable de préserver un secteur agricole économiquement viable dans toutes les régions européennes. L'UE doit agir ».
Réduction de la production, selon l'EMB
Les producteurs de lait exigent non pas des subventions, mais le recours à un instrument de crise qui permette de réduire les quantités de lait en période de crise, souligne l'EMB (European Milk Board), qui a participé à la manifestation. « Le marché du lait de l'UE est inondé, les prix sont en chute libre. Dans certains pays, ils frôlent la barre des 20 centimes. Sans une réduction de la production, le marché va continuer de se dégrader rapidement », a lancé le président de l'EMB, Romuald Schaber. Il a défendu un 'programme de responsabilisation face au marché (PRM), qui prévoit notamment le versement de bonus en faveur des producteurs en cas de réduction volontaire de la production.
L'EMB estime que les stratégies au niveau national sont un échec: « Ni la promesse d'un prix de garantie minimum en France ni la promesse de verser 300 euros par vache en Espagne ne sont parvenues à détendre la situation dans ces pays ». Selon l'EMB, les mesures instaurées au niveau de l'UE telles que, par exemple, le stockage privé, « n'ont pas permis de générer un effet stabilisateur sur un marché du lait ».
Il convient de préciser que des dissensions sont apparues entre l'EMB et le Copa-Cogeca sur l'organisation de la manifestation.
Tracteurs aux pieds des institutions de l'UE
Lancer d'oeufs, concert de klaxons et de pétards et cortèges de tracteurs au pied des institutions de l'UE. Les agriculteurs en colère espéraient rassembler quelque 5 000 protestataires. Selon la police locale, ils étaient plutôt 3 000. Sur le rond-point Schuman au coeur du quartier européen, des cordons de policier en tenue anti-émeute, plantés derrière des barbelés, ont barré tout accès aux bâtiments européens.
Il faut « trouver des solutions à la grave crise économique qui frappe actuellement le secteur. Les agriculteurs sont obligés de produire à perte », a reconnu à son arrivée au Conseil le ministre luxembourgeois de l'Agriculture, Fernand Etgen, dont le pays assure la présidence semestrielle du Conseil de l'UE. L'ambition de cette réunion est d'élaborer ensemble un programme de mesures à court et moyen termes qui puissent donner de nouvelles perspectives à nos agriculteurs, a ajouté le ministre (voir autre nouvelle). (Lionel Changeur)