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Bulletin Quotidien Europe N° 11321
Sommaire Publication complète Par article 27 / 27
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1095

*** MONICA SIMEONI: A Morbid Democracy. Old and New Populisms. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Human Right Studies", n° 3. 2014, 151 p., 40,70 €. ISBN 978-2-87574-233-9.

Sans doute les résultats des récentes élections législatives en Grande-Bretagne pourraient-ils inciter certains à penser que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais sont-ils toutefois de nature à convaincre que la démocratie se porte bien ? La réponse à cette question est évidente pour tous ceux qui observent avec inquiétude la montée en puissance, partout en Europe, de formations ou mouvements politiques qui cultivent le populisme, le nationalisme, l'euroscepticisme et une europhobie mâtinée de xénophobie pour prospérer sur les peurs et les rancoeurs de citoyens comme désemparés. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quelles sont les causes de ce malaise démocratique si profond qu'il pousse de plus en plus de membres des classes moyennes à prêter l'oreille aux chants des sirènes de l'extrémisme ?

C'est à ces questions cruciales que la sociologue Monica Simeoni apporte des réponses dans ce livre, initialement publié en italien (Une democrazia morbosa. Vecchi e nuovi populismi. Carocci Editore, Rome). Enseignante à l'Université Sannio de Bevenento et à l'Université pontificale de Latran, elle les apporte notamment en revisitant à raison les pathologies que le penseur espagnol José Ortega y Gasset avait discernées dès le début du siècle précédent, que ce soit dans Démocratie morbide (essai de 1917) ou dans La révolte des masses, ouvrage dans lequel il évoquait le risque qu'une classe moyenne privée de repères n'ouvre la voie au « totalitarisme et à une démocratie dangereuse pour les gouvernements et même pour les citoyens eux-mêmes ». Un avertissement qui retrouve tout son sens à une époque où l'individualisme narcissique triomphe, où la collectivité s'efface devant les droits revendiqués par chacun, où les individus ont « privatisé » les idéaux et les valeurs de la démocratie, où des politiques désemparés se défaussent sur des « experts » dépourvus de l'onction populaire, où « l'Autre est perçu comme un concurrent pour ses propres droits » … Tout se met donc en place pour que, à travers des « foules » manquant d'éducation, le concept de « volonté générale » de Rousseau dérape en dangereuse et potentiellement désastreuse « démocratie de l'audience ».

Dans la deuxième partie de son ouvrage, Monica Simeoni s'intéresse aux dysfonctionnements qui participent à ce dérapage et remontent aux sources du populisme, concept « polysémique, complexe, aux multiples facettes et irréductible à toute définition simple et linéaire ». Elle voit ainsi émerger une « contre-démocratie » qui place les citoyens en première ligne alors qu'ils peuvent être incapables de comprendre la complexité du monde dans lequel ils vivent et que leur principal moteur est leurs intérêts personnels, le populisme leur servant de réceptacle intéressé. En rappelant les racines du populisme en Russie puis aux États-Unis, elle voit notamment une similitude entre ceux qui ont donné naissance au Parti populaire - devenu ensuite Parti populiste avant de se mêler au Parti… démocrate - et l'actuel mouvement « Occupy Wall Street », leur ennemi commun étant le monde bancaire et financier devenu trop puissant. Le Parti populiste fut aussi un adversaire acharné du… papier monnaie, ce qui n'est pas sans rappeler les actuelles allergies, dans certains milieux, à l'euro. Mais il faut s'y faire car le populisme fleurit allègrement en temps de crise, le tout étant de veiller à ce que « l'homme moyen » devenu le maître direct dans la Cité ne sacrifie la démocratie et les institutions collectives sur l'autel de ses intérêts à court terme. D'où l'importance de lui donner une éducation solide, ainsi que le réclamait Ortega, et de rechercher le moyen de faire revivre le rêve européen. Encore faudra-t-il pour cela répondre à cette question impérative: « Est-il possible de créer et de promouvoir une société égalitaire, où les citoyens sont en mesure de réaliser leurs projets de vie et où une deuxième chance est offerte à ceux qui échouent, de sorte que personne ne soit condamné à un destin de pauvreté ? ». À ne pas poser cette question et à ne pas y apporter de réponses crédibles, le Conseil européen et tous ceux qui président aux destinées de l'Union européenne prennent le risque de servir de la meilleure manière qui soit… le populisme ! Michel Theys

*** JAN KYSELA (sous la dir. de): State as a Giant with Feet of Clay. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2014, 182 p., 44,95 €. ISBN 978-3-631-65375-3.

Ce livre procède d'une conviction partagée par ses six auteurs: les États contemporains, les européens en particulier, sont « grands pour ce qui est de l'ampleur des tâches de leurs gouvernements, mais faibles pour ce qui est de leur capacité à mener à bien ces tâches de manière efficace ». Ce sont tous les éléments qui se conjuguent pour entraver l'action pleinement souveraine des États qui se trouvent disséqués dans ces pages par des politologues et sociologues actifs au sein de la Faculté de droit de l'Université Charles à Prague. Sont ainsi analysées les contraintes exercées sur les États par un droit international de plus en plus étendu et impératif, par la prééminence à désormais accorder au respect des droits de l'homme, par la mondialisation, par la montée en puissance des ONG et des entreprises multinationales qui échappent au contrôle des dirigeants nationaux, mais encore par la distance que les citoyens prennent par rapport à ceux-ci, par l'ascendant que prend la justice par rapport à la politique, par l'explosion des technologies de l'information… L'un des principaux freins à la toute-puissance des États est toutefois lié à l'avènement de l'Union européenne, cette « entité hybride dans laquelle on trouve à la fois des éléments fédératifs et confédératifs construits sur le châssis d'une organisation internationale », selon la définition du Pr. Kysela. Jan Grinc et Jana Ondrejková y consacrent une contribution fouillée, ce qui les voit notamment observer que les États membres, s'ils restent indubitablement les « maîtres des traités », ne sont plus fatalement les « maîtres de l'Union elle-même », tant il est vrai que les votes à la majorité peuvent imposer certaines décisions à des États qui n'en voulaient pas. Les mécanismes prévus pour assurer une protection des identités nationales et, en particulier, le principe de subsidiarité sont finement analysés, ce qui n'empêche pas d'aboutir notamment à la conclusion que la souveraineté n'est plus ce qu'elle était et que cette nouvelle configuration ne va pas sans poser des problèmes de légitimité. (PBo)

*** BERND ZIELINSKI, JEAN-ROBERT RAVIOT (sous la dir. de): Les élites en question. Trajectoires, réseaux et enjeux de gouvernance: France, UE, Russie. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Travaux Interdisciplinaires et Plurilingues », n° 22. 2015, 165 p., 52,50 €. ISBN 978-3-0343-1413-8.

Que les élites, politiques comme économiques, ne soient pas sorties indemnes de la crise qui a déferlé sur l'Europe et le monde relève de l'évidence. Leur discrédit est même tel que l'historien et économiste Bernd Zielinski et le professeur d'études russes Jean-Robert Raviot, tous deux enseignants à l'Université Paris Ouest Nanterre-la Défense, osent même poser la question de savoir, dans leur introduction à cet ouvrage, si l'on ne se trouve pas aujourd'hui, « comme l'avançait déjà il y a une cinquantaine d'années Charles Wright Mills à propos des États-Unis, face à des alliances et des coalitions d'élites du pouvoir qui réussissent à se soustraire partiellement au contrôle démocratique ». Dans ce contexte inquiétant qui fait le lit des extrémistes et autres populistes, qui est aussi le miel des eurosceptiques et europhobes, sans nul doute était-il utile de ressortir les questions sociologiques classiques concernant les mécanismes de recrutement, de reproduction, de circulation et d'autojustification des élites. C'est à y apporter des réponses adaptées à l'époque que s'emploient les experts réunis dans ces pages afin de comprendre les orientations des responsables politiques et économiques face au phénomène de la mondialisation de l'économie et de l'européanisation partielle des centres de décision. Après une comparaison des théories sur les élites développées par l'économiste Joseph Schumpeter et le sociologue Karl Mannheim dans la première moitié du siècle dernier, une contribution est consacrée aux paramètres idéologiques et normatifs qui ont déterminé les préférences des élites politiques européennes concernant les stratégies de lutte contre la crise financière. En se basant sur une étude empirique de 2009 couvrant dix-sept pays européens, le Pr. Heinrich Best (Université d'Iéna) montre ainsi le manque de consensus global sur les meilleures voies de sortie de la crise, les controverses à ce propos s'étant déroulées sur fond de hiérarchisation renforcée entre pays membres en fonction de leur poids économiques. Alors que les élites des pays en difficulté auraient préféré une intervention des instances supranationales, celles de l'Allemagne et des autres pays en position de force ont privilégié l'approche intergouvernementale. En clair, affirme le Pr. Best, cette évolution a signifié un évident « affaiblissement de l'Union européenne », tant il est vrai que « pendant la phase la plus critique de la crise de l'Euro, les décisions n'ont pas été prises à Bruxelles et à Strasbourg, mais à Berlin et à Karlsruhe ». Deux autres contributions sont de caractère plus français, avec une analyse de la morphologie des élites chargées des expertises en matière de régulation financière dans l'Hexagone et une confirmation de la persistance d'une exception française avec les Grandes Ecoles qui continuent à former les élites économiques (et politiques). Enfin, deux articles sont consacrés aux mutations sociologiques des élites dans l'espace post-soviétique, l'ex-Nomenklatura y revivant selon certains sous de nouveaux habits… (MT)

*** STELLA ZAMBARLOUKOU, MARIA KOUSI (sous la dir. de): Les aspects sociaux de la crise en Grèce. Editions Pedio (10 rue Davaki, GR-11526 Athènes. Tél.: (30-210) 3390204-6 - fax: 3390209 - Internet: http://www.pediobooks.gr ). Collection « Sociologie ». 2015, 480 p., 26 €. ISBN 978-960-546238-3.

La crise économique mondiale a frappé la Grèce avec une particulière violence. Alors que l'économie grecque en est déjà à sa cinquième année de récession et à la quatrième année de mise en oeuvre des politiques d'austérité, cette crise n'a épargné aucun aspect de la vie politique et socio-économique. Ce volume collectif cherche à mettre en évidence les conséquences négatives de la crise économique dans tous les domaines, qu'il s'agisse de l'économie, du politique, du social ou de l'environnement. Les seize auteurs, tous professeurs dans des Universités diverses en Grèce et à l'étranger, mais en Crète pour la plupart, s'emploient à établir le bilan de ce cataclysme, chacun dans son domaine de prédilection. Sans omettre de s'intéresser aux causes de la crise, ils en analysent les étapes depuis son origine et la conclusion de la première convention de prêt jusqu'à la situation des derniers mois. Par leur contribution au débat scientifique, ils proposent de nouvelles zones à explorer. Outil utile pour les scientifiques et les étudiants en sciences sociales, cet ouvrage arrive en temps opportun pour les lecteurs qui veulent comprendre de manière exhaustive et approfondie les effets de la crise actuelle en Grèce. (AKa)

*** ANNA WOLFF-POWESKA: Memory as Burden and Liberation. Germans and their Nazi Past (1945-2010). Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Geschichte - Erinnerung - Politik », n° 10. 2015, 419 p., 84 €. ISBN 978-3-631-64051-7.

Après la Shoah et les autres atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont dû reconstruire leur pays et leur identité. Mais comment assumer le passé nazi ? Comment commémorer les innombrables morts ? Comment est-il possible d'être patriote allemand après Auschwitz ? Günter Kunert, écrivain allemand, a décrit ce trouble: « Le mot Allemands a du mal à sortir de ma bouche. Il laisse un mauvais gout sur mon palais. Ce terme est comme une sorte de navire, débordant d'anciennes et de nouvelles contradictions ». Professeur d'histoire et de sciences politiques à l'Université des Sciences Humaines et Sociales de Poznañ en Pologne, Anna Wolff-Powêska met en lumière ces contradictions et tente de comprendre pourquoi elles sont nées. Elle aborde l'évolution chronologique de l'Allemagne à partir de 1945 et s'intéresse ensuite aux rituels de mémoire, principalement les commémorations. Elle amène des éléments de réponse à ce débat aussi large que complexe, et prévient: « Le dialogue avec le passé, et pas seulement le passé allemand, reste ouvert. […] Ce sont les futures générations qui, avec leur maturité et leur courage, détermineront si la mémoire du National-Socialisme restera un poids ou deviendra une libération ». (HHe)

*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Mai-juin 2015, n° 406, 120 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-419-2.

Ce numéro de la revue prospective Futuribles contient notamment un article de Jean-François Drevet qui, constatant une nouvelle fois les limites du modèle institutionnel européen actuel, laisse ouvertement entendre que « hors du fédéralisme, point de salut » n'est envisageable. Le diagnostic posé par cet ancien fonctionnaire est sans appel - et difficilement contestable ! L'euro ? Sa gestion et le niveau de coordination entre les dix-neuf pays qui se partagent la monnaie unique « restent en deçà du nécessaire pour garantir aux citoyens la sécurité de leurs dépôts et la relance des économies ». Sa gouvernance est déficiente, aussi bien « au niveau de chaque gouvernement pris isolément que de leur action commune dans le cadre des sommets, où il s'est avéré impossible de faire prévaloir l'intérêt général européen ». En matière de sécurité externe, l'Union « manque autant de lucidité que de capacité », tandis qu'au plan de la sécurité intérieure, « le chacun pour soi offre des opportunités aux terroristes, qui ne manquent pas de les exploiter ». Autant d'éléments qui font penser à Jean-François Drevet que, une nouvelle fois, la montée de périls extérieurs peut s'avérer bonne conseillère et amener les dirigeants européens à franchir le pas du fédéralisme. Et d'arguer: « personne n'est devenu fédéraliste par conviction mais parce que c'était, à un certain moment, la seule solution possible ». Il ajoute encore que, « même s'ils ont parfois des comportements électoraux déroutants, les peuples peuvent aussi être plus lucides que leurs dirigeants », ceux-ci n'ayant dès lors pas le droit de rester engoncés dans les habits des « somnambules » qui, par leur comportement, avait fait le lit de la Première Guerre mondiale. Il va de soi que les autres thèmes abordés dans ce numéro présentent un intérêt similaire. (MT)

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