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Bulletin Quotidien Europe N° 11317
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) hongrie

Viktor Orban veut se battre pour la liberté de pensée

Strasbourg, 19/05/2015 (Agence Europe) - Venu devant l'assemblée plénière pour justifier ses propos ambigus sur la peine de mort et sa consultation publique tendancieuse sur l'immigration, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a échoué à apaiser les préoccupations du Parlement européen, mardi 19 mai à Strasbourg, préférant poursuivre sur la voie de la provocation devant un hémicycle médusé.

« La Hongrie est l'État membre qui a été examiné le plus souvent en matière d'État de droit: ordre public et immigration sont des thèmes très importants d'un intérêt commun pour nous tous. Les Hongrois vont droit au but lorsqu'ils parlent de sujets difficiles. Lorsque nous parlons de peine de mort, d'immigration, nous sommes francs et nous pensons que le politiquement correct n'a pas sa place. Nous voulons être francs quand nous voulons dire que l'Europe reste le continent des Européens et la Hongrie le pays des Hongrois », a d'emblée lancé M. Orban, s'exprimant après les leaders des groupes politiques qui ont tous, à l'exception du PPE (groupe auquel est rattaché son parti, le Fidesz) et du CRE, vilipendé le Premier ministre hongrois.

Sur l'immigration, M. Orban a jeté un pavé dans la mare, fustigeant la récente proposition de la Commission pour résoudre la crise migratoire en Méditerranée. « Nous devons faire la distinction entre la libre circulation et l'immigration, entre les migrants pour des raisons économiques et les demandeurs d'asile. Malheureusement en Hongrie, nous ne pouvons pas donner d'emploi à tous ces immigrés. La Hongrie a toutes les raisons d'agir. La proposition de la Commission est absurde, à la limite de la folie. Nous pensons que cela est très dangereux », a-t-il expliqué. « L'immigration est un défi de masse. Par rapport à 2010, l'immigration a été multipliée par trois, par vingt, si nous prenons en compte l'immigration clandestine. Les États membres doivent pouvoir protéger leurs frontières. Les quotas ne feront qu'amener davantage de personnes en Europe. C'est une mesure incitative pour les trafiquants et les passeurs, je pense qu'il faut qu'on laisse aux États membres la décision de choisir. Nous sommes un peuple chrétien. La Hongrie doit protéger ses frontières. Nous ne voulons pas devenir un pays de destination pour les immigrés clandestins », a poursuivi M. Orban, soulignant qu'en matière de demande d'asile, la Hongrie est numéro deux par rapport au PIB par habitant.

Sur la question de la peine capitale, M. Orban a défendu sa position. « Nous ne devons pas nous voiler la face. Il ne s'agit pas ici de la peine de mort, mais de la liberté d'expression. Nous devrions pouvoir parler de la peine de mort. Il s'agit de règles créées par l'homme et pas par Dieu, l'homme peut les modifier. Le point de vue (sur la peine de mort) est celui du seul citoyen. Nous sommes pour la liberté de pensée, et nous allons nous battre pour ça », a conclu le chef du gouvernement hongrois.

« Il n'y a aucun commandement divin dans les traités de l'UE, mais il y a un commandement, tu ne tueras point », lui a rétorqué le président du Parlement européen, Martin Schulz.

Auparavant, le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, avait réitéré les menaces de son président, Jean-Claude Juncker, en cas de maintien par M. Orban de sa volonté de relancer le débat sur la peine de mort dans son pays. La Commission, en vertu du mécanisme de l'État de droit, peut lancer une procédure préventive contre un État membre qui s'engagerait dans une législation contraire aux valeurs européennes, ce mécanisme pouvant déboucher en dernier ressort sur l'activation de l'article 7 du Traité qui prévoit la suspension des droits de vote au Conseil de l'UE. (Emmanuel Hagry)

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