login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11312
Sommaire Publication complète Par article 26 / 26
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1093

*** CORINE DEFRANCE, MICHAEL KIßENER, JAN KUSBER, PIA NORDBLOM (sous la dir. de): Deutschland - Frankreich - Polen seit 1945. Transfer und Kooperation. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Deutschland in den internationalen Beziehungen". 2014, 291 p., 44,90 €. ISBN 978-2-87574-209-4.

Ce recueil d'articles a pour ambition de dresser un tableau général de la coopération franco-germano-polonaise, dans le cadre du triangle de Weimar notamment. Les articles sont souvent richement documentés et bien écrits par des connaisseurs du sujet. L'intérêt général de l'ouvrage est d'abord de présenter la genèse et la conception même de ce triangle de Weimar (au travers, par exemple, des articles de Hans-Jürgen Bömelburg et de Dieter Bingen), mais aussi de faire preuve d'une relative neutralité et d'éviter l'emphase souvent de mise sur des sujets "classiques" touchant à la réconciliation entre l'Allemagne et ses voisins. En effet, les articles de Michaël Kißener et de Jan Kusber dans la première partie du recueil mentionnent bien le contexte international des relations entre ces pays, contexte qui joue un rôle déterminant et souvent sous-estimé dans les articles sur ces questions. Ce recueil présente aussi l'intérêt de montrer l'aspect multiforme du triangle de Weimar, du fait de l'existence de programmes de coopération interrégionaux entre les trois pays ("petits triangles de Weimar"). Cet aspect récurent apparait notamment dans les articles de Jérôme Vaillant sur les rapports diplomatiques trilatéraux et de Frédéric Plasson sur la coopération économique dans le cadre du triangle.

Les succès de ce triangle de Weimar, mais surtout ses nombreuses limites, en matière de coopération diplomatique, économique, universitaire, linguistique, de relations au sein des sociétés civiles, sont mis en exergue par la majorité des auteurs. Un angle d'attaque consiste à savoir si l'expérience franco-allemande peut servir de référence ou de "boîte à outils" pour l'établissement de contacts avec la Pologne. Cette problématique apparait notamment, mais pas exclusivement, dans la partie traitant de la question du transfert et d'échange d'expériences entre les trois pays. Les réponses qui sont apportées à cette question par de Corine Defrance et Eva Sabine Kuntz dans leurs études respectives sur l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) et l'office franco-polonais pour la jeunesse (OGPJ) sont nuancées, tant le contexte de la genèse de ces programmes de coopération est différent. Les effets de la coopération trilatérale franco-germano-polonaise sur la société civile sont également évoqués en détail, que ce soit dans l'article de E.S. Kuntz ou dans celui de Tanja Hermann sur le programme de villes jumelées de Wolfsburg avec la France (Marignane) et la Pologne (Bielsko-Biala), montrant les facteurs de motivation dans la conduite de ces programmes de jumelage, mais aussi les obstacles et limites, humains ou politiques. Certains auteurs ont fait le choix de l'originalité dans leur sujet, comme Tomasz Schramm qui, en traitant des relations franco-polonaises depuis 1945,aborde un sujet peu connu du grand public, notamment sur la période 1945-1989. L'originalité peut toutefois être problématique: dans l'article de Lisa Bicknell sur les initiatives de réconciliation germano-polonaises depuis les années 60, qui traite notamment des initiatives des différentes églises en Allemagne et en Pologne durant ces années-là, certaines citations auraient gagné à être soit écourtées, soit plus amplement commentées, voire corrigées. Pierre-Frédéric Weber traite, lui, du voisinage avec l'Allemagne comme chance ou obstacle à l'appui de deux régions ayant été allemandes: l'Alsace en France et la Haute-Silésie en Pologne. Ce sujet attrayant à première vue est en fait difficile à traiter, les régions en question présentant finalement plus de différences que de points communs, ce qui semble gêner l'auteur à plusieurs reprises. Par contre, il omet un point commun important entre ces régions, à savoir la politique des gouvernements polonais et français conduite respectivement vis-à-vis des dialectes de Haute-Silésie et d'Alsace, ce dernier cas n'étant pas évoqué.

D'une manière générale, ce recueil met en évidence deux grandes idées. D'abord, l'Allemagne est le maillon central de ces programmes de coopération trilatérale, pour deux raisons notamment: les échanges de la Pologne avec les deux autres pays sont beaucoup moins intenses pour des raisons en partie historiques (ce qui constitue la faiblesse polonaise) ; mais aujourd'hui, l'intérêt de la France à cette coopération trilatérale - et notamment avec la Pologne - est faible (ce qui constitue la faiblesse française). Ensuite, en dépit de ses quelques réussites, les résultats de ce triangle de Weimar sont (très) décevants. Ces deux constats sont fondés et argumentés de manière convaincante, mais les différents auteurs peinent à trouver des solutions innovantes. Dans leur article d'un grand intérêt sur la coopération universitaire et scientifique, Kornelia Koñczal et Robert Zurek se proposent pourtant de répondre à la question du sens même de ce triangle de Weimar dans leur domaine d'étude. Or, leur réponse, selon laquelle il convient de poursuivre et d'encourager la coopération trilatérale, relève plus de la conviction personnelle que de la démonstration. L'absence de réflexion sur le sens et la pertinence mêmes de ce triangle de Weimar aujourd'hui constitue peut-être la faiblesse du dernier article cité, mais aussi du recueil dans son ensemble. Les solutions avancées par rapport au désintérêt de certains acteurs et aux lacunes de cette coopération trilatérale (plus de moyens humains, plus de moyens financiers) ne seront qu'un appel sans suite si les objectifs de cette coopération trilatérale ne sont pas plus clairement redéfinis et mieux ciblés. En dépit de ces quelques critiques, cet ouvrage demeure une référence d'un grand intérêt, dont les contributions sont le plus souvent d'un très bon niveau.

Guillaume Lelorain

*** MICHEL HAU: France-Allemagne: la difficile convergence. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Convergences", n° 84. 2015, 215 p., 32,80 €. ISBN 978-3-0343-1604-0.

Si le « moteur » franco-allemand de la construction européenne n'est plus ce qu'il était, c'est en grande partie en raison de la faiblesse de plus en plus manifeste de la France. Dans cet ouvrage, le professeur qui a été vingt-huit années durant à la tête de l'Institut d'histoire économique et sociale de l'Université de Strasbourg remonte aux sources historiques des dissemblances structurelles entre la France et l'Allemagne qui ont conduit au déclin économique - et, partant, politique - désormais patent de la France et, par conséquent, à la montée en puissance irrésistible de l'Allemagne dans le contexte européen. Dans ces pages, Michel Hau montre combien, « depuis le démembrement de l'empire de Charlemagne », ces deux pays ont suivi des trajectoires à ce point différentes qu'ils sont devenus, « sur le plan culturel et politique, deux planètes étrangères l'une à l'autre ». Ses analyses en attestent, qu'il s'agisse de projets éducatifs différents, de « capitalismes de puissance inégale », de la posture de l'État face aux entreprises ou de la nature historiquement différente des relations sociales et des attitudes syndicales. Grâce à la construction européenne, la France s'est progressivement rapprochée de son voisin d'outre-Rhin, mais jamais sans cesser de traîner les pieds et de faire de la résistance. Le chapitre que l'auteur consacre à la manière dont « l'Allemagne fait bouger la France » est éclairant à cet égard. Alors que Paris et l'Allemagne de Bonn puis de Berlin ont bien entendu « une perception différente de l'inflation », c'est dans le domaine monétaire que les reculs français ont été les plus flagrants, y compris avec « le pas décisif vers la supranationalité » advenu lorsque François Mitterrand et Giulio Andreotti ont cru, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, « pouvoir échanger la réunification de l'Allemagne contre la fin du Mark et de la rigueur monétaire qu'il faisait peser sur l'Europe ». En réalité, souligne le Pr. Hau, c'est le chancelier Kohl qui a alors emporté la mise en obtenant que le mark puisse un jour… prendre la forme de l'euro, la politique de rigueur cultivée par la Bundesbank restant la règle - ce dont atteste la manière dont sont gérées les turbulences de ces dernières années. Que Berlin ait « imposé à toute la zone Euro le retour à la compétitivité par la réduction des coûts salariaux et le rétablissement de l'équilibre budgétaire par l'austérité » est une évidence. Que la France puisse être « amenée, volens nolens, à s'y plier à son tour » n'est pas improbable. Est-il toutefois suffisant de constater, dans le contexte européen, que les Allemands ne se retrouvent pas dans une « position hégémonique à cause d'une volonté de puissance » ? Voilà qui, à l'évidence, pose question, tant il est vrai que l'euro n'est pas la monnaie des seuls Allemands…

(MT)

*** MICHEL GRUNEWALD, HANS-JÜRGEN LÜSEBRINK, REINER MARCOWITZ, UWE PUSCHNER (sous la dir. de): France-Allemagne au XXe siècle - La production de savoir sur l'Autre (vol. 4) / Deutschland und Frankreich im 20. Jahrhundert - Akademische Wissensproduktion über das andere Land. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Convergences", n° 82. 2014, 394 p., 91,80 €. ISBN 978-3-0343-1572-2.

Cet ouvrage est le point d'orgue d'un programme de recherche développé à l'Université de Lorraine par différentes structures académiques françaises et allemandes de 2010 à 2013. Dans les trois livres précédents qui en ont résulté, la recherche allemande sur la France et la recherche française sur l'Allemagne avaient été saisies à la lumière de l'histoire des disciplines des sciences humaines de part et d'autre du Rhin, puis des acteurs universitaires à la base dans les deux pays, de la production de savoir sur l'Autre, enfin des institutions dédiées à cette production. Cette fois, ce sont les médias qui ont contribué à cette production de savoir qui sont placés sous la loupe des chercheurs, lesquels s'attaquent d'abord aux périodiques scientifiques, ensuite aux collections spécialisées et aux médias électroniques, enfin aux revues culturelles et magazines d'histoire.

(PBo)

*** JOCHEN ZENTHÖFER: Zäit fir ee Bilan. Die erste Bilanz der Ära Juncker. Jochen Zenthöfer (9 rue du Travail, L-2625 Luxembourg). 2015, 123 p.. ISBN 978-99959-0-145-5.

Ce petit ouvrage au titre en luxembourgeois mais écrit en allemand est en fait un recueil de statistiques commentées qui a pour ambition d'établir le bilan de la politique de Jean-Claude Juncker comme Premier ministre luxembourgeois de 1995 à 2013. La présentation est agréable et ludique: à chaque page, deux enfants commentent les statistiques présentées dans les domaines de la cohésion sociale, de l'enseignement et de la formation, de la criminalité, du développement durable et de l'économie ; ils donnent des notes à M. Juncker dans chacun de ces domaines. Malheureusement, le contenu de ce recueil de statistiques commentées est extrêmement décevant et peu rigoureux: l'auteur traite trop rapidement de sujets extrêmement complexes en comparant sans précaution méthodique le Luxembourg avec des pays certes voisins, mais d'une taille infiniment plus grande, pour tirer des conclusions hâtives dans des domaines parfois mal maitrisés (économie, sociologie). En outre, certaines statistiques portent sur des perceptions ou des sentiments, ce qui revêt un caractère éminemment subjectif. La méthode employée est elle aussi souvent problématique: il est question du bilan de la politique de Juncker sur dix-huit ans, mais établi à partir de statistiques ne couvrant le plus souvent que la dernière année ou les dernières années du mandat de M. Juncker. Enfin, l'auteur tient parfois ses sources de simples articles de presse. Ce bilan de l'ère Juncker est donc distrayant mais peu sérieux.

(GLe)

*** IOANNIS N. GRIGORIADIS: La religion et le nationalisme en Grèce et en Turquie: une « Synthèse Sacrée ». Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256146 - fax: 0256148 - Courriel: http://www.epikentro.gr ). Collection « Histoire et Société ». 2015, 256 p.. ISBN 978-960-458572-4.

Cette étude comparative touche non seulement deux nations, mais aussi deux religions. Dans cet ouvrage, un professeur de sciences politiques et d'administration publique à l'Université de Bilkent en Turquie explore l'évolution du rôle de la religion dans la formation de l'identité grecque et turque. Au fil d'un siècle, les nationalismes grec etturc sont passés de l'hostilité envers la religion à une « synthèse sacrée » qui a fait valoir que la nation et la religion, bien loin d'être ennemies, étaient complémentaires. Pour l'auteur qui est aussi chercheur associé à la Fondation hellénique pour la politique européenne et de la Méditerranée, la religion a offert des ressources symboliques au nationalisme et a contribué aux travaux de construction des deux nations. Aujourd'hui, la religion reste d'ailleurs toujours le principal critère pour la définition des peuples grec et turc. Ce livre est la première étude s'intéressant au rôle de la religion dans la formation du nationalisme dans ces deux États, son auteur avançant que l'évolution vers un retour du religieux dans les deux pays peut être interprétée comme une nécessité absolue pour l'intégration de la population, par-delà les diversités ethnique, linguistique et culturelle.

(AKa)

*** ANGELOS SYRIGOS: Les relations gréco-turques. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2015, 896 p., 66,00 €. ISBN 978-960-165376-1.

Cet ouvrage présente de façon remarquable tous les aspects des relations gréco-turques depuis la catastrophe d'Asie mineure en 1922 jusqu'aux années 2010. A partir du sort des prisonniers en 1922, son auteur, professeur de droit international et des relations extérieures à l'Université Panteion d'Athènes, analyse la Conférence et le Traité de Lausanne, la période du rapprochement gréco-turc entre les deux guerres mondiales, le problème chypriote de 1955 jusqu'à sa gestion après le rejet du plan Annan, sans compter la controverse relative au plateau continental de la mer Égée et les tensions relatives à l'espace aérien. Egalement chercheur au Centre de recherche en droit international de l'Université de Cambridge, Angelos Syrigos analyse aussi le statut juridique et les problèmes que rencontrent toujours la minorité musulmane de Thrace et la minorité grecque en Turquie, la question du Patriarcat oecuménique n'étant pas oubliée. Il consacre aussi des développements aux problèmes actuels que sont les champs de gaz de Chypre, les pipelines d'hydrocarbures, la zone économique exclusive et l'île de Kastelorizo dans le sud de la mer Égée. Autant d'éléments que l'auteur ne se contente pas de passer en revue: il les analyse avec minutie, ainsi que les préoccupations qu'ils peuvent susciter, sa volonté étant de formuler certaines propositions de nature à consolider la politique étrangère grecque envers la Turquie.

(AKa)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
BRÈVES
CORRIGENDUM
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE