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Bulletin Quotidien Europe N° 11272
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) conseil europÉen

M. Juncker veut plus de clarté des Vingt-huit sur le TTIP

Strasbourg, 11/03/2015 (Agence Europe) - Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prévenu, lors du débat préparatoire au prochain sommet européen de printemps, devant l'assemblée plénière du Parlement européen, mercredi 11 mars à Strasbourg, qu'il demandera aux chefs d'État et de gouvernement de l'UE « un éclaircissement sur leurs intentions de courte et de longue durée » concernant les négociations de libre-échange UE/États-Unis (TTIP).

« J'insisterai auprès des dirigeants européens pour qu'ils nous disent clairement les choses. Lors des réunions du Conseil européen, ils affichent un soutien sans faille et dès qu'ils rentrent chez eux, je lis que leur enthousiasme faiblit. Je voudrais que nous tirions au clair cette affaire », a insisté M. Juncker.

Dans leurs conclusions du 18 décembre, les chefs d'État et de gouvernement européens avaient appelé l'UE et les États-Unis à « faire tous les efforts nécessaires pour conclure, d'ici la fin 2015, un accord ambitieux, global et mutuellement bénéfique ». Mais les questions épineuses du règlement des différends investisseur/État (ISDS), du rapprochement transatlantique des normes ou encore de la libéralisation des services et donc des risques pour les services publics alimentent les craintes de certaines capitales, qui ont parfois des messages ambigus à l'égard du TTIP. Le huitième round de négociations au plan technique s'est tenu début février à Bruxelles et le prochain round se tiendra en avril aux États-Unis.

Mercredi, le débat préparatoire au Conseil européen de printemps a aussi largement évoqué le projet d'Union de l'énergie, principal sujet à l'agenda après la présentation par la Commission, le 25 février dernier, d'un cadre stratégique pour ce grand projet d'intégration européenne. L'Union de l'énergie vise à renforcer la solidarité entre les États membres en matière de sécurité énergétique, à intégrer les marchés et renforcer les interconnexions pour faire de la libre circulation de l'énergie la cinquième liberté européenne, le tout en respectant les objectifs climatiques de l'UE et en stimulant la transition vers une économie sobre en carbone.

« Nous devons réunir nos 28 marchés en une seule Union de l'énergie. Cela est faisable avec de la volonté politique. Nous avons vu que c'est possible avec le sommet des interconnexions entre la France, l'Espagne et le Portugal la semaine dernière à Madrid », a souligné le président Juncker. « C'est ce que nous devons faire pour mettre un terme au gaspillage dans notre paysage énergétique », a-t-il insisté.

Pendant le débat, le chef du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, a insisté sur la nécessité de lier des partenariats avec les pays tiers, mais il a aussi plaidé pour un programme « réaliste » concernant la décarbonisation de l'économie et la lutte contre le changement climatique, pour préserver la compétitivité. Son collègue français Alain Lamassoure a quant à lui appelé le Conseil à « saisir l'opportunité de ce projet de politique globale », après des années d'atermoiements. « En cinq ans, cela va faire le cinquième sommet qui sera consacré à l'énergie. À chaque fois, il y a eu un effet de bulle des ambitions mais à chaque fois l'Europe de l'énergie recule, car chacun donne la priorité à ses ambitions nationales », a-t-il insisté.

Le chef du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella, a insisté sur l'importance de décarboniser l'Europe, appelant à « réduire les émissions de CO2 d'au moins 40% d'ici 2030 et à aller au-delà », en concédant toutefois que « dans certaines régions industrielles, cela sera plus difficile ». Sa collègue belge Kathleen Van Brempt a dit regretter qu'à ce stade le projet de conclusions du Conseil européen « ne dise pas un mot sur l'efficacité énergétique ». La Française Pervenche Berès a appelé à « donner un signal clair sur le prix du carbone », regrettant une « grande réticence au Conseil pour mettre en oeuvre la réserve de stabilité ».

En matière de décarbonisation, « il faut une politique qui respecte le principe de neutralité technologique », a estimé le Polonais Andrzej Duda, au nom du groupe CRE, plaidant aussi pour que l'accent soit mis sur le développement des sources d'énergie locales.

Au nom du groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabriele Zimmer a accusé la Commission et le Conseil de « ne pas considérer les bonnes questions posées », celle de l'accès à une énergie sûre et abordable en se préoccupant surtout des intérêts des grands groupes énergétiques plutôt que de ceux des citoyens européens. Mme Zimmer a aussi dénoncé une corrélation entre le TTIP et l'Union de l'énergie, à savoir l'exploitation de la technique de fracturation hydraulique. Son collègue chypriote Neoklis Sylikiotis a plaidé pour que l'Union de l'énergie lutte contre la pauvreté énergétique. « La GUE/NGL s'opposera à une Union de l'énergie qui va servir des intérêts individuels et aggraver l'exclusion et l'inégalité », a-t-il insisté.

Au nom des Verts/ALE, l'écologiste allemande Rebecca Harms a déploré la « réapparition d'idées d'hier », comme le soutien au nucléaire ou au charbon, et que l'accent ne soit pas assez mis sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Pour la Présidence lettone, la secrétaire d'État aux Affaires européennes, Zanda Kalnina-Lukasevica, a salué une « convergence de vues sur les priorités européennes » au regard de l'Union de l'énergie. « Je suis d'accord avec ceux qui disent que nous devons éviter les risques de pauvreté énergétique mais je ne suis pas d'accord lorsqu'ils disent que la proposition de la Commission ne permettra pas d'atteindre ce résultat. Je suis convaincue que l'Union de l'énergie permettra d'avancer pour la croissance et l'emploi », a-t-elle insisté.

Sur les questions économiques, qui ont aussi une large place à l'agenda du Conseil européen, le président Juncker s'est félicité de l'annonce par l'Allemagne, l'Espagne, la France et l'Italie, lors de l'accord politique de principe marqué au Conseil, mardi 10 mars, sur le projet de règlement qui mettra en oeuvre le futur fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), de contributions à la garantie de financement.

« Il serait bien que tous les autres pays les imitent », a espéré M. Juncker. « L'Europe a besoin d'une garantie de financement solide. Sans les 16 milliards, nous ne pourrons pas assurer le succès du plan d'investissement » (qui vise à lever 315 milliards d'investissements privés sur trois ans), a-t-il insisté.

Également en matière économique, le dossier grec a rebondi plusieurs fois au cours du débat. Ainsi, M. Weber a, au nom du PPE, appelé Athènes à rester un partenaire stable. « Notre patience n'est pas élastique et la Grèce a une responsabilité à assumer », a insisté M. Weber, qui a aussi lancé une pique à l'attention de la France, appelant Paris « à ne pas montrer que les grands et petits États doivent se comporter (à l'égard des réformes: ndlr) selon des critères différents ». Une prise de position qui a valu à M. Weber une réponse aiguisée de M. Sylikiotis, appelant le député allemand à « respecter la décision du peuple grec ». « Nous ne sommes pas dans une Europe coloniale », a insisté le député chypriote, appelant à « mettre un terme aux politiques néolibérales d'austérité ». « Le peuple grec n'accepte plus des ordres de l'internationale des créanciers que représente la Commission », a de son côté lâché le Grec Notis Marias (CRE).

Encore sur le chapitre économique, le Belge Guy Verhofstadt a, au nom du groupe ADLE, fait un plaidoyer pour la fin rapide des frais d'itinérance en matière de téléphonie mobile. M. Verhofstadt a appelé le Conseil européen à annuler la récente décision prise par les ambassadeurs des États membres (Coreper) de bloquer la décision sur la neutralité du réseau et la fin des frais de roaming. « En Inde il y a la neutralité du net, aux États-Unis, les frais d'itinérance sont abolis. Pourquoi on ne peut pas faire cela en Europe ? Ce Conseil européen sera un grand succès si les dirigeants européens décident d'inverser cette décision et de ne pas défendre les intérêts de quelques entreprises en Europe », a martelé l'ex-Premier ministre belge.

Au chapitre des relations extérieures, l'Ukraine sera bien entendu au centre des discussions du Conseil européen. Sur ce dossier, c'est encore M. Verhofstadt qui s'est illustré, appelant le Conseil européen à « faire preuve de plus d'unité ». « Je constate qu'il y a vraiment un grand bazar au Conseil. Des dirigeants parlent avec (le président russe Vladimir) Poutine sur l'énergie, d'autres lui disent que les sanctions contre son régime ne sont pas nécessaires », a-t-il déploré. M. Verhofstatd a appelé les Vingt-huit à être « plus proactifs », plaidant pour une stratégie prévoyant à la fois un éventuel renforcement des sanctions et, dans le même temps, un « paquet de mesures positives » incluant la libéralisation de visas pour les jeunes, pour les chercheurs, pour les entrepreneurs, « paquet qui montrera que les sanctions sont orientées contre le régime de M. Poutine et pas contre le peuple russe ». Au nom du groupe CRE, le Britannique Ashley Fox a appelé le Conseil a renforcer les sanctions si la Russie ne respecte pas le cessez-le-feu, accusant M. Poutine de « se comporter comme un tyran des années 1930 ».

La question ukrainienne a permis à certains députés de rebondir sur le voeu formulé le week-end dernier par le président Juncker, dans une interview au quotidien allemand Welt am Sonntag, de mettre sur pied une armée européenne « pour faire comprendre à la Russie que l'Europe est sérieuse quand il s'agit de défendre les valeurs de l'UE ». Ce qui a valu au président Juncker une réponse musclée du chef des eurosceptiques britanniques (UKIP) Nigel Farage, au nom du groupe EFDD. « M. Juncker en appelle à la militarisation au niveau européen. Mais c'est déjà le cas. Nous avons une marine européenne, des bataillons européens. (L'ex-Premier ministre britannique) Tony Blair avait raison lorsqu'il disait que l'Europe n'est pas un projet de paix mais un projet de pouvoir », a expliqué M. Farage. « On a battu l'ours russe avec un bâton et on le voit réagir, alors on veut en profiter pour créer une armée européenne. Avec nos ambitions territoriales, nous avons entraîné la chute d'un dirigeant démocratiquement élu en Ukraine, même si corrompu. En Afghanistan, en Irak et en Libye, on voit que nos interventions n'ont fait qu'empirer la situation », a conclu le député UKIP. « La pierre angulaire de la paix en Europe c'est l'OTAN et parler d'une armée européenne c'est très dangereux », a commenté pour sa part le Britannique Ashley Fox, au nom du groupe CRE.

Enfin, le dossier libyen, aussi inscrit à l'agenda du Conseil européen, a également été évoqué. Le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a appelé à appuyer la formation d'un gouvernement d'unité nationale. M. Pittella a, au nom du groupe S&D, appelé à soutenir la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini, pour « trouver le moyen de recomposer le pouvoir politique en Libye par voie diplomatique ». « Il faut éviter l'anarchie dans le pays », a-t-il conclu. (Emmanuel Hagry)

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