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Bulletin Quotidien Europe N° 11266
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) environnement

état de l'environnement, l'heure du sursaut a sonné, selon l'AEE

Bruxelles, 03/03/2015 (Agence Europe) - Sauf à mener des politiques plus ambitieuses pour une révolution verte, sauf à investir massivement dans l'innovation et à opérer des changements fondamentaux dans les systèmes de production et de consommation actuellement non durables, l'UE ne relèvera pas les défis environnementaux persistants et croissants auxquels elle demeure confrontée et n'atteindra pas ses objectifs environnementaux à l'horizon 2050, a affirmé l'Agence européenne de l'environnement (AEE) mardi 3 mars.

Le rapport quinquennal 'Environnement en Europe - État et perspectives 2015' est à la fois un constat alarmant du piètre état de l'environnement, une profession de foi dans les bénéfices de l'économie verte pour la croissance durable et un plaidoyer pour l'économie circulaire « dont l'Europe est encore loin », souligne l'AEE. Le message est fort à l'heure où la Commission européenne procède au retrait tant décrié de son paquet législatif 'Déchets' (EUROPE 11261).

Selon ce rapport appelé à orienter les politiques européennes, l'UE continue de dégrader les ressources dont elle dépend et la perte continue de biodiversité comme le changement climatique demeurent des menaces majeures pour la qualité de la vie et la prospérité futures en Europe. Certes, les politiques européennes de l'environnement et du climat ont permis, ces dernières années, des résultats substantiels - un air plus pur, de l'eau douce plus propre, moins de déchets mis en décharge, davantage de ressources recyclées - qui ont amélioré la qualité de la vie tout en stimulant l'innovation, la création d'emplois et la croissance ; mais l'Europe est loin d'atteindre l'objectif de 'bien vivre dans les limites de la planète à l'horizon 2050' que lui assigne le 7ème programme d'action pour l'environnement (7ème PAE), souligne l'AEE.

« On doit pouvoir recalibrer les politiques en favorisant l'innovation et la recherche. Notre système de production alimentaire et industrielle est non durable. Il faut travailler au niveau des systèmes, investir dans l'innovation de manière plus systématique. Ce sera ardu, mais nous sommes optimistes », a déclaré Hans Bruyninckx, son directeur exécutif, en présentant ce rapport à la presse. Et d'ajouter: « L'industrie et l'emploi liés à la croissance verte se portent bien. Nous devrions être confiants, il faut investir aujourd'hui massivement pour l'horizon 2050. Il va falloir décarboner nos sociétés, mettre en place une économie circulaire, prendre en compte les services liés aux écosystèmes et tout mesurer à l'aune du bien-être. Il va falloir aussi que la fiscalité change pour éliminer les subventions qui nuisent à l'environnement ».

Pour Karmenu Vella, commissaire européen à l'Environnement, ce rapport est la base sur laquelle la Commission se fonde « pour engager l'UE dans une course contre la montre». Il a assuré que la Commission s'attacherait à promouvoir l'économie circulaire avec le « prochain paquet plus ambitieux » qu'elle présentera « cette année encore » et qui marquera « l'avènement d'une économie transformée en écosystème, une économie dans laquelle les rejets d'un secteur de l'industrie seraient la matière première d'un autre secteur ». Le commissaire table sur le paquet législatif 'Air pur en Europe', actuellement sur la table du Parlement européen et du Conseil, pour réduire le nombre annuel de décès prématurés par an qu'occasionne la pollution atmosphérique. Il a également annoncé, pour 2015, une communication sur la gouvernance des océans pour « une politique plus intégrée et plus globale qui garantisse la croissance bleue en améliorant le statut environnemental de nos mers et de nos océans », ainsi qu'un rapport complet sur l'état de la nature en avril.

S'agissant des besoins en financement massifs dans les infrastructures, que l'AEE chiffre à 270 millions d'euros par an, M. Vella s'est dit confiant que le plan d'investissement 'Juncker' « jouera un rôle prépondérant dans les investissements dans la croissance verte ».

Voici les principaux enseignements du rapport:

Capital naturel: - la dégradation continue des écosystèmes est une menace pour l'activité économique, la création de richesses et le bien-être humain ; - la perte de biodiversité se poursuit: 60% des espèces et 77% des habitats protégés au titre des directives sur la protection de la nature sont dans un état de conservation défavorable si bien que l'Europe n'atteindra pas son objectif de mettre un terme à la perte de biodiversité d'ici à 2020 ; - la moitié des masses d'eau douce européennes n'atteindra probablement pas un « bon état écologique » en 2015 ; - la biodiversité marine et côtière est menacée par les dommages aux fonds marins, la pollution, les espèces exotiques envahissantes et l'acidification des océans. Si la surpêche a diminué dans l'océan Atlantique et dans la mer Baltique, la Méditerranée connaît une surpêche de 91% des stocks évalués en 2014 ; - moins de 6% des surfaces agricoles européennes ont été utilisées pour l'agriculture biologique en 2012, avec de grandes différences d'un pays à l'autre ; - dans le futur, les incidences du changement climatique devraient intensifier les pressions et les impacts, tandis que les moteurs sous-jacents de la perte de biodiversité devraient persister.

Efficacité dans l'utilisation des ressources: - la consommation intérieure de ressources a diminué (13,7 tonnes par personne en 2012 contre 16,7 tonnes en 2007) en raison de l'effondrement de l'industrie du BTP dans certains pays ; - la gestion des déchets s'est améliorée ces dernières années, avec une diminution des quantités de déchets produits et des quantités envoyées en décharge. Les taux de recyclage ont augmenté dans 21 pays entre 2004 et 2012, alors que les taux de mise en décharge ont diminué dans 27 des 31 pays pour lesquels des données sont disponibles. Les pays de l'AEE ont atteint un taux de recyclage moyen de 29% en 2012 (contre 22% en 2004) ; - les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 19% depuis 1990, et ce malgré une augmentation de 45% de l'activité économique ; - l'utilisation des combustibles fossiles a diminué, de même que les émissions de certains polluants provenant du transport et de l'industrie ; - la crise financière de 2008 et les difficultés économiques engendrées ont également contribué à la réduction de certaines pressions environnementales mais rien ne dit que ces améliorations soient durables ; - les politiques actuellement menées sont insuffisantes pour permettre à l'UE d'atteindre ses objectifs environnementaux à long terme, comme la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 80% à 95% d'ici à 2050.

Santé et bien-être: - les politiques environnementales ont amélioré la qualité de l'eau potable et des eaux de baignade et ont réduit l'exposition à des polluants dangereux majeurs ; - la pollution atmosphérique et sonore continue d'avoir de graves conséquences sur la santé dans les zones urbaines. En 2011, près de 430 000 décès prématurés dans l'UE ont été attribués aux particules fines et l'exposition au bruit contribue chaque année à quelque 10 000 décès prématurés, dus aux maladies cardiaques ; - l'utilisation croissante de produits chimiques, notamment dans les produits de consommation, a été associée à une augmentation observée des maladies et troubles endocriniens chez l'être humain ; - les améliorations prévues de la qualité de l'air ne devraient pas suffire à empêcher les dommages de se poursuivre, et les conséquences du changement climatique devraient s'aggraver ; - le secteur des industries de l'environnement a connu une croissance de plus de 50% entre 2000 et 2011. C'est l'un des rares secteurs à avoir prospéré en termes de revenus et d'emplois depuis la crise financière de 2008. (Aminata Niang)

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