Strasbourg, 22/10/2014 (Agence Europe)- Investie par les eurodéputés avec 423 voix pour, 209 contre et 67 abstentions sur un total de 699 votants, l'équipe du président élu de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a passé comme prévu, mercredi 22 octobre, la rampe du vote au Parlement européen et pourra se mettre au travail dès le 1er novembre.
Ce vote, qui n'était entouré que de peu de suspense, marque la fin d'un processus entamé il y a un an avec le choix par les principaux partis politiques européens de se doter de têtes de liste, les fameux 'Spitzenkandidaten' pour les élections européennes de mai. C'est également à cette époque que Jean-Claude Juncker s'était retrouvé évincé des responsabilités gouvernementales au Luxembourg et s'était alors lancé, sollicité par ses pairs, dans la succession de José Manuel Barroso. Un an plus tard, M. Juncker a vu sa Commission investie par un nombre confortable de députés, lui donnant une assise relativement solide pour les cinq prochaines années.
Son résultat, certes inférieur en nombre à celui réalisé par José Manuel Barroso en 2010 (488 voix pour et 127 contre), a néanmoins été qualifié d'« excellent » par le président du Parlement européen, Martin Schulz. Pour l'Allemand, l'UE a en effet vécu, mercredi 22 octobre, un « moment décisif » marquant la pérennité du processus des 'Spitzenkandidaten' qui « sera irréversible ». Un point de vue partagé par Jean-Claude Juncker qui a assuré que ce processus des Spitzenkanditaten trouverait sa pleine maturité d'ici à 2019 et qu'il serait impossible de revenir en arrière. Pour le Luxembourgeois, satisfait de son score, la comparaison avec les résultats de l'ancien président de la Commission n'est pas très pertinente. « On ne peut pas comparer », a-t-il lancé, la composition du Parlement européen étant radicalement différente aujourd'hui de celle de 2010. D'un strict point de vue numérique, les eurodéputés sont moins nombreux qu'il y a cinq ans. Mais à cette époque, « les groupes PPE et S&D étaient également plus forts », a dit M. Juncker à l'issue du vote. Les récentes élections européennes ont fait grossir les rangs des eurosceptiques et des europhobes. C'est en tout cas la même coalition pro-européenne alliant des membres du PPE, du S&D et de l'ADLE principalement, qui avait soutenu le Luxembourgeois en juillet dernier et c'est sur elle qu'il pourra compter pour faire passer ses projets au Parlement. « On voit vraiment qu'il y a une majorité autour de 400 voix et c'est un chiffre qui nous permettra de travailler dans les cinq prochaines années », a dit M. Juncker.
Ralliements de raison ou défiance persistante
Mercredi matin, les députés qui s'étaient dit incertains encore la veille de soutenir la Commission se sont finalement rangés aux appels à la raison de leurs collègues, à l'image des socialistes belges qui ont voté la confiance. Comme l'a expliqué l'Italien Gianni Pittella, président du groupe S&D, M. Juncker leur a apporté en dernière minute des éclaircissements susceptibles de remporter leur adhésion. Ainsi, comme cela était pressenti depuis une quinzaine de jours, M. Juncker a-t-il confirmé mercredi matin, lors de son discours d'investiture, que la citoyenneté serait bien attribuée au commissaire aux Migrations et aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos. Le Hongrois Tibor Navracsics perd donc la citoyenneté, mais récupère les Sports. Frans Timmermans, déjà à la tête d'un vaste portefeuille, sera chargé de la compétence Développement durable. Le Néerlandais, qui sera le véritable bras droit de M. Juncker « et j'espère aussi mon bras gauche », a plaisanté ce dernier, s'est vu également attribuer un nouveau rôle mercredi matin. C'est lui qui devra en effet trancher en dernier ressort sur la question du maintien dans les négociations commerciales transatlantiques du mécanisme de règlement des litiges pour les investisseurs, appelé ISDS (voir autre nouvelle). Le président élu a aussi confirmé que les médicaments reviendraient bien dans le giron de la Santé.
Mais sur un aspect particulièrement important pour les sociaux-démocrates, à savoir le plan d'investissement de 300 milliards d'euros, le Luxembourgeois n'a rien annoncé de nouveau aux eurodéputés, précisant juste son calendrier et expliquant aux députés que sans mandat, il n'avait pu partager ses idées avec les autres acteurs concernés. Jean-Claude Juncker a l'intention de présenter ce paquet Investissements avant Noël mais n'a souhaité donner aucune précision mercredi matin sur les sources de financement possibles de ce plan. Le Luxembourgeois a simplement rappelé que le secteur privé devait y contribuer de manière importante.
Si son discours d'investiture ne contenait pas de grandes annonces, ni de premières propositions concrètes à présenter dès l'entrée en fonction de la Commission, Jean-Claude Juncker est en tout cas resté fidèle à ses lignes politiques de juillet consistant prioritairement à oeuvrer pour améliorer le fonctionnement de l'UE, à légiférer uniquement quand nécessaire et à se concentrer sur les enjeux essentiels comme le chômage et la croissance. Ce discours plutôt pragmatique n'a en tout cas pas permis de rallier les plus réfractaires.
Douze sociaux-démocrates ont ainsi voté contre la Commission Juncker, notamment deux socialistes français, et plusieurs d'entre eux se sont abstenus. C'est le cas de la délégation espagnole. Au sein du PPE, deux députés ont voté contre la Commission Juncker, dont Rachida Dati, jugeant le programme de travail trop souple sur l'immigration illégale et sur l'espace Schengen. Le groupe Verts/ALE au PE, comme annoncé, a voté contre l'investiture, avec deux abstentions et deux votes positifs. Le groupe GUE/NGL, comme l'avait indiqué leur présidente Gabi Zimmer, déçue entre autres des accords de coalition PPE/S&D, a également voté contre. Le groupe des Conservateurs du CRE s'est lui en revanche montré beaucoup plus dispersé, à l'image de son leader Syed Kamall. Dans un discours assez ambigu, le Britannique a dit se satisfaire des objectifs de 'better regulation' affichés par M. Juncker, mais déçu du casting, notamment en ce qui concerne le Français Pierre Moscovici. Le groupe s'est ainsi divisé entre ceux, une douzaine, ayant soutenu la Commission et 20 élus ayant voté contre, le reste du groupe s'étant abstenu. Quant au groupe ADLE, il a décidé de rejoindre la « coalition pro-européenne », comme l'a expliqué le président des libéraux au PE Guy Verhosfatdt, et de mettre de côté ses réserves sur le commissaire hongrois. Toutefois, six élus libéraux ont choisi de s'abstenir.
Passer à l'action. « De l'Ukraine à la Syrie, en passant par le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, notre voisinage reste fragile et instable. Les vagues d'immigrants qui se présentent aux frontières extérieures de l'Europe en quête d'un avenir meilleur nous rappellent qu'il nous faut à la fois être solidaires et garantir la sécurité des frontières. Les menaces sanitaires transfrontalières comme l'épidémie d'Ebola ont, c'est compréhensible, instillé une certaine peur chez les citoyens. Nous ne pouvons faire comme si ces problèmes grandissants n'existaient pas et nous ne le ferons pas. Nous ne pouvons fermer les yeux sur ces problèmes et nous ne le ferons pas. C'est la raison pour laquelle j'affirme avec force que le moment est venu pour l'Europe de passer à l'action. C'est aussi pourquoi je clame haut et fort, devant cette Assemblée, que les problèmes de l'Europe ne peuvent être relégués au second plan », a déclaré M. Juncker. Il souhaite aussi « dépasser les mentalités de clocher ». Ainsi, sa Commission sera une vraie équipe. « Nous ne travaillerons pas en silos, en clusters ou selon les frontières délimitées par les portefeuilles, nous travaillerons comme un corps politique et collégial. Je veux une Commission politique et exécutive, qui agit pour le bien public, au service des citoyens européens ». (SP).