Bruxelles, 22/10/2014 (Agence Europe) - Le PDG de la Lufthansa, Carsten Spohr, n'est pas tendre à propos de la gestion du ciel au niveau européen. L'ex-pilote souhaite que la Commission soigne la compétitivité de l'industrie aérienne. De ce fait, il maintient la nécessité de restructurer son entreprise en dépit du climat de grève (entretien réalisé par MD le 17 octobre à Istanbul, lors du AEA Aviation Leadership Summit).
Agence Europe: La Commission européenne devrait-elle être plus stricte avec les États membres pour rattraper les retards dans l'établissement du Ciel unique et surtout des blocs d'espace aérien fonctionnels ?
Carsten Spohr: La façon dont nous gérons le ciel en Europe est une honte. Je souhaite voir plus de progrès à ce sujet, dont du côté allemand, pas seulement pour des raisons économiques, mais aussi écologiques. Nous avons Schengen au sol, mais nous avons des blocs d'espace aérien dans l'air. Chaque pilote qui a un Iphone peut désormais voler directement entre n'importe quel aéroport européen. Mes Airbus et Boeing peuvent certainement le faire aussi, mais n'y sont pas autorisés à cause des nombreux détours dans le ciel européen. J'estime que la Commission devrait mettre plus de pression sur les gouvernements. Nous devons aussi nous associer au mouvement écologiste à cet égard, bien qu'il ne soit pas toujours notre allié sur d'autres sujets. Parce que ce n'est pas seulement un problème d'argent pour nos passagers ou nos actionnaires, mais aussi pour notre empreinte carbone. Nous faisons parfois de la micro-gestion des moteurs pour réduire la consommation d'un dixième de pourcent, alors que nous brûlons plus de 10% de carburant sans raisons, pour des détours !
Vous comptez sur une Commission forte à ce sujet, mais la souhaiteriez-vous plus discrète sur d'autres législations ?
Moins de régulation en effet. Je pense qu'en matière de droit des consommateurs, beaucoup d'efforts ont été consentis. Je ne vois pas la nécessité de plus de législation à ce sujet, ni à propos de l'attribution des créneaux d'atterrissage et de décollage. Je préfèrerais au contraire que l'énergie soit dépensée dans d'autres domaines où l'Europe est désavantagée en comparaison avec d'autres parties du monde.
Est-ce trop tard justement pour que l'industrie aérienne retrouve sa compétitivité au niveau global ?
On est à cinq minutes de l'échéance! La Commission doit comprendre à quel point cette industrie est vitale pour le public et pour l'économie européenne. Je pense qu'il doit y avoir une nouvelle approche. Nous avons besoin que cette industrie ne fasse pas que survivre, mais prospère pour assurer que le pouvoir économique européen à l'échelle mondiale ne soit pas mis de côté. Il y a peu d'industries qui ont un tel effet multiplicateur.
Une vague de grève de vos employés cette année dénonce les réformes de la Lufthansa, pourquoi de tels projets d'économies ? (ndlr: les pilotes allemands ont fait grève en ce début de semaine)
Nous devons trouver un équilibre entre les problèmes à court terme pour nos clients, nos opérations et même notre image, et la durabilité de notre structure de coûts à long terme. Il est nécessaire de faire ces restructurations, si vous prenez Iberia ou British Airways, ils ont des modèles similaires à notre industrie. Autant que je puisse le regretter, il n'y a pas de place pour de mauvais compromis. La solution devra être trouvée à la table de négociation, pas dans la grève.