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Bulletin Quotidien Europe N° 11175
Sommaire Publication complète Par article 37 / 37
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1065

*** SUVI KANSIKAS: Socialist Countries Face the European Community. Soviet-Bloc Controversies over East-West Trade. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2014, 224 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-64802-5.

Ce livre parle d'un temps que les moins de vingt-cinq ans ne peuvent avoir connu. Chercheuse à l'Institut Aleksanteri de l'Université d'Helsinki où elle étudie particulièrement la manière dont la Russie se modernise, Suvi Kansikas s'y appuie sur sa thèse de doctorat pour rappeler ce qu'ont été, avant que le mur de Berlin et le rideau de fer ne tombent, le Conseil d'assistance économique mutuelle - mieux connu, dans les pays francophones d'Europe occidentale, sous l'appellation « Comecon » -, son fonctionnement interne et ses relations tourmentées avec le Marché commun né des Traités de Rome à partir de 1958. Est-il utile de revenir sur un passé désormais révolu ? La réponse est résolument « oui » car il faut toujours savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va, ce qui est d'autant plus vrai quand un certain nombre de concepts et de positions politiques qui avaient cours à cette époque entrent en résonance avec des positionnements tout à fait actuels.

Pour d'évidentes raisons idéologiques, Moscou refusait depuis 1957 - et imposait ce refus aux pays de sa zone d'influence, ainsi qu'au Comecon - de reconnaître l'Europe du Marché commun en ce que cette entité capitaliste disposait d'atouts pour séduire et, partant, pour menacer l'hégémonie soviétique dans cette région. Les pays sous tutelle vigilante du Kremlin n'en conservaient pas moins, dans les années 60, la possibilité de commercer sur une base bilatérale avec chacun des Six de l'Europe communautaire, ce suite à la « souveraineté formelle sur leurs propres économies » qui leur était reconnue, notamment dans le cadre du Comecon. Et commercer avec les pays du Marché commun, ils ne s'en privaient pas - la Hongrie et la Pologne tout particulièrement ! Alors que les économies planifiées s'enferraient dans une spirale de stagnation au début des années 70, les pays d'Europe centrale et orientale - hormis l'Union soviétique… - allaient même être forcés de « traiter avec le diable » occidental comme jamais auparavant, le commerce Est-ouest connaissant bientôt une « croissance sans précédent (…) largement financée par des crédits et des prêts occidentaux ». En clair, le rideau de fer était, sur le plan économique, bien plus poreux qu'il ne l'était du temps de la guerre froide. Le problème, c'est que la Communauté économique européenne allait commencer à mettre en oeuvre, le 1er janvier 1970, sa Politique commerciale commune, ce qui menaçait d'interdire la poursuite des relations commerciales bilatérales entre pays des deux zones. Là où l'Europe communautaire s'affirmait, par ce biais, comme véritable acteur de politique internationale, l'autre « camp » avait, lui, à trouver la parade.

Afin de contrebalancer la montée en puissance du club des Six, Moscou proposa à ses « alliés » d'ériger le Comecon en acteur commercial aussi cohérent que ce dernier et de le doter d'un programme d'intégration économique. Ce sont les dessous de ces négociations qui sont mis en lumière et analysés dans ces pages. En réalité, s'ils visaient l'une comme l'autre à améliorer « la prospérité économique de leurs membres », la Communauté économique européenne et le Comecon n'étaient pas faits du même bois: « La différence la plus importante était que la Communauté avait décidé de renforcer ses pouvoirs supranationaux, tandis que le processus décisionnel du Conseil d'assistance économique mutuelle était basé sur le principe de la souveraineté nationale », ce qui l'empêchait, dès lors, d'agir sans le consentement unanime de ses pays membres. Alors que Moscou et ses satellites refusaient toute idée d'intégration et ne voulaient être liés entre eux que par des liens de simple coopération au coup par coup, la nouvelle donne commerciale communautaire incita l'Union soviétique à réviser son point de vue et à plaider pour que le Comecon ingère une dose de… supranationalisme dans ses mécanismes décisionnels. Les états d'âme que suscita cette proposition dans les « petits » pays d'Europe centrale et orientale sont au coeur des analyses de la politologue finlandaise. Celle-ci montre aussi que Moscou parvenait aussi, le plus souvent, à imposer son point de vue en dépassant les blocages enregistrés au sein du Comecon: grâce à la suprématie des partis communistes par rapport aux États, il lui suffisait de porter le dossier litigieux devant l'organe politique le plus élevé du Pacte de Varsovie pour imposer sa loi. Comparaison n'est pas raison, bien entendu, mais il est tentant de relever combien le Conseil européen pourrait facilement ressembler, de nos jours, au cénacle des chefs de parti, Premier ministres et ministres des Affaires étrangères du Pacte de Varsovie où la loi du plus fort était toujours la meilleure… Et il serait utile de savoir si, dans le contexte de l'Union, les pays d'Europe centrale et orientale continuent à ne jurer que par la coopération.

Michel Theys

*** ANNA WITESKA-MLYNARCZYK: Evoking Polish Memory. State, Self and the Communist Past in Transition. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Warsaw Studies in Contemporary History », n° 3. 2014, 254 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-64163-7.

Lorsque l'Histoire se voit revisité par le biais de témoignages et de la confrontation de mémoires, l'ambiguïté nait, les représentations du passé s'entrechoquent et l'entendement général du passé est confus et brouillé. Dans cet ouvrage, une maître de conférences au département d'ethnologie et d'anthropologie culturelle à l'Université Adam Mickiewicz de Poznan propose une approche interdisciplinaire très fouillée sur la question des mémoires politiques dans la Pologne contemporaine post-soviétique. L'enquête décrit l'antagonisme entre deux groupes d'individus, à savoir, d'une part, les anciens activistes anti-communistes et, de l'autre, les anciens officiels du régime répressif. A travers eux sont perçues les représentations et les dommages issus du passé communiste dans la réalité contemporaine d'un village polonais. La recherche s'intéresse tout particulièrement aux processus de reconstruction des mémoires et des subjectivités qui enchevêtrent individus, société civile, État bureaucratique et politique. Le travail d'investigation de l'auteur repose sur des archives, documents, tribunaux et témoignages personnels, ainsi que sur des documents reprenant l'histoire populaire. Le préfacier, Francis Pine, qualifie cet ouvrage de « réussite remarquable » en ce que son auteur surmonte une des tâches les plus difficiles qu'un ethnographe puisse rencontrer, à savoir celle d'instaurer une relation avec des interlocuteurs pour lesquels il est difficile de ressentir de la sympathie ou de l'empathie. Et ce professeur de conclure que cette étude s'inscrit dans la continuité de « la réflexion de Hanna Arendt sur la banalité du mal ».

(SLa)

*** MACIEJ GÓRNY: The Nation should Come First. Marxism and Historiography in East Central Europe. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Warsaw Studies in Contemporary History », n° 1. 2013, 302 p., 57,95 €. ISBN 978-3-631-64512-3.

Enseignant à l'Institut d'histoire Tadeusz Manteuffel de l'Académie polonaise des sciences à Varsovie, Maciej Górny se penche, dans cet ouvrage, sur la manière dont l'Union soviétique tenta d'imposer le marxisme-léninisme et le matérialisme historique comme seule méthodologie acceptable pour rendre compte de l'histoire dans les pays tombés sous sa coupe idéologique au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Son étude comparative met aussi en lumière la manière dont les historiens allemands de l'est, polonais, tchèques et slovaques - y compris les historiens se réclamant du marxisme - déclinèrent cet impératif en l'agrémentant souvent de visions propres au pathos traditionnel de leur pays.

(PBo)

*** Cahiers di Scienze Sociali. Fondazione Università Popolare di Torino (12 via Principe Amedeo, I-10123 Torino. Tél./fax: (39-11) 8127879 - Courriel: cahiers8@unipoptorino.it - Internet: http://www.unipoptorino.it ). 2014, n° 1, 202 p..

Voici le premier numéro d'une nouvelle revue, lancée par la Fondation Université populaire de Turin dans le sillage de « Storia Politica Società » et se voulant, comme celle-ci, le vecteur d'une « culture libre, exempte de tout préjugé ». A l'approche du vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, ce premier numéro lui est tout entier consacré, ainsi qu'aux nouveaux défis qui se font jour. Une première partie est faite de témoignages, notamment celui de Lech Walesa qui raconte « son » 9 novembre 1989, tandis que l'ancien Premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki raconte pourquoi l'Allemagne de l'Est a été « le terminus » et que la revue sort des archives un entretien que François Fejtö avait accordé au début des années 2000 à Almerico Di Meglio, y parlant de la chute de l'Union soviétique et de la montée en puissance de la mondialisation. Quatre contributions sont ensuite consacrées à l'Allemagne, lesquelles sont suivies par des entretiens avec des personnalités académiques, les uns parlant de « l'hérédité du mur » et les autres des « années perdues » qu'auraient été les années 90 et de la marche vers un monde multipolaire. Deux contributions s'intéressent ensuite l'Union européenne et… huit à la Russie, la dernière partie étant dédiée aux nouveaux défis qui vont de la militarisation de l'Arctique aux dangers de la prolifération nucléaire.

(PBo)

*** OLGA ALEKSEEVA, HANS-GEORG HEINRICH: Ethnic Minorities of Central and Eastern Europe in the Internet Space. A computer assisted Content Analysis. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - http://www.peterlang.com ). 2013, 165 p., 34,95 €. ISBN 978-3-631-62847-8.

Depuis l'élargissement aux derniers nouveaux pays membres de l'Union européenne, l'identité des minorités ethniques en Europe centrale et orientale est confrontée à de nombreux défis d'ordre culturel, social et politique. L'Union contribue, en effet, à la redéfinition des identités nationales et au rapport aux structures supranationales. L'identification nationale et l'organisation politique de ces minorités se sont forgées dans le contexte de l'effondrement des empires européens, le dernier en date ayant été le régime communiste imposé par Moscou, et ont été fortement marquées par les luttes pour l'indépendance tout au long du processus de création des États-nation. Oeuvre de deux politologues actifs à l'Université de Vienne et spécialistes de l'Europe de l'Est, cet ouvrage s'intéresse à l'évolution des identités ethniques de douze minorités dans sept pays ayant intégré ou bordant l'Union européenne, à savoir la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Slovaquie, d'une part, la Biélorussie et l'Ukraine, d'autre part. Leur recherche, fruit d'une étude menée entre 2008 et 2011 et financée par l'Union européenne, vise à définir une nouvelle approche méthodologique dans l'étude des identités ethniques. Leur ouvrage repose sur une analyse tant quantitative que qualitative des contenus relatifs aux minorités ethniques disponibles grâce aux ressources Internet.

(SLa)

*** JEAN-DOMINIQUE DURAND (sous la dir. de): Christian Democrat Internationalism. Its Action in Europe and Worldwide from post World War II until the 1990s / Volume II: The Development (1945-1979) The Role of Parties, Movements, People. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Euroclio », n° 80. 2013, 295 p., 58,90 €. ISBN 978-2-87574-122-6.

Ce livre voit vingt chercheurs universitaires, très majoritairement des historiens, croiser leurs regards pour mettre en lumière l'engagement des chrétiens démocrates dans les affaires du monde et les traces qu'ils y ont laissées entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'année où le Parlement européen a pour la première fois été élu au suffrage universel direct. Dans un premier temps, c'est ce que l'Organisation internationale du travail doit à la mouvance chrétienne, du Vatican aux syndicats chrétiens, et à sa quête de la justice sociale qui est étudié. Ce sont ensuite des expériences pratiques de cet internationalisme qui sont rappelées, positives avec le rôle joué par les femmes démocrates chrétiennes et négatives avec le rideau de fer. Une troisième partie de l'ouvrage s'intéresse à quelques partis politiques nationaux qui, en Italie, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en France, ont contribué à faire entendre la voix des chrétiens démocrates dans le monde et en Europe en particulier, l'ultime contribution étant consacrée par Steven van Hecke à la malaisée fondation du Parti populaire européen en 1976. Enfin, d'autres auteurs reviennent sur quelques personnalités qui ont été porteuses d'idées chrétiennes démocrates au-delà de leurs frontières, la moindre d'entre elles n'étant pas le chancelier Adenauer.

(PBo)

*** CLAIRE SANDERSON, MELANIE TORRENT (sous la dir. de): La puissance britannique en question / Challenges to British Power Status. Diplomatie et politique étrangère au 20e siècle / Foreign Policy and Diplomacy in the 20th Century. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Enjeux internationaux / International Issues", n° 25. 2012, 276 p.. ISBN 978-90-5201-892-8.

Cet ouvrage analyse sous des angles divers les transformations de la politique étrangère de la Grande-Bretagne rendues nécessaires par son statut de « grande puissance en déclin » tout au long du XXème siècle. Dans une première partie, les premières étapes de cette évolution sont abordées, notamment à la lumière des « trois cercles » que définit Winston Churchill en 1948 pour garantir la permanence du rôle du Royaume-Uni dans le monde, à savoir « l'Europe, l'Empire-Commonwealth, et l'Amérique du Nord et English-speaking world ». Richard Davis montre toutefois les limites de cette politique, celle-ci étant notamment « freinée par les relents d'une mentalité de grande puissance parmi les dirigeants et diplomates ». Christophe Le Dréau se focalise, lui, sur les associations pro-européennes actives en Grande-Bretagne pendant les années 1938-1948, à la fois victimes de la position adoptée par Churchill et de leur évolution vers des sortes de think tanks. Et si Londres finit par accepter le « cercle européen », c'est uniquement « pour des raisons d'intérêt économique et politique (et non par conviction quant à l'idée européenne ». La deuxième partie du livre est consacrée au défi des indépendances et d'un Commonwealth en transformation profonde, la dernière l'étant au « renouveau et renouvellement » dans les domaines de la diplomatie et de la défense. Niklas Rossbach y revient notamment sur la « grande stratégie » européenne d'Edward Heath qui, à l'inverse du tournant pris par Thatcher, « aurait permis à la Grande-Bretagne de jouer un rôle important en Europe, de dépasser son statut d'État-nation, et d'avoir plus de possibilités de maintenir une influence de grande puissance ».

(PBo)

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