Évolution radicale. Dans cette phase de la vie de l'UE où le pessimisme est encore à la mode et les lamentations dominent, pourquoi ne pas prendre en considération les éléments positifs ? La manière dont les membres de la nouvelle Commission ont exposé leurs intentions aux députés européens a permis de connaître amplement leurs orientations. Cette confrontation avec le PE permet d'affirmer que l'entrée en fonction désormais imminente de la Commission présidée par Juncker marque une évolution radicale.
Les adhésions nouvelles attendront. Jean-Claude Juncker a déclaré: Pas d'adhésions nouvelles dans les cinq prochaines années. La réaction de M. Füle, commissaire à l'Élargissement encore pour quelques semaines, a été furibonde, pour ne pas dire pénible. Il a défini controversée et populiste l'affirmation du futur président et a rappelé que les pays candidats sont au moins six (la Turquie y comprise, bien entendu, pour laquelle il a même indiqué les deux chapitres à négocier tout de suite), auxquels s'ajoutent deux candidats potentiels. D'ailleurs, parmi les pays qui étaient considérés comme tels, certains ont plutôt reculé dans leur rapprochement à l'UE: la Macédoine (dont la dénomination officielle continue à être Arym pour les raisons bien connues) et aussi l'Albanie et le Monténégro. Je crois que les cinq années indiquées par M. Juncker sont plus que raisonnables et seraient plutôt à prolonger qu'à raccourcir, du moins, si l'objectif continue à être de consolider et de relancer l'UE, plutôt que de l'affaiblir. Sagement, le président de l'Ukraine, M. Porochenko, a reporté de six ans la demande d'adhésion de Kiev à l'UE et il n'est pas acquis qu'elle ait une suite.
Sans précédent. Les perspectives de la prochaine Commission sont largement positives. La manière dont se sont déroulées les auditions n'a pas de précédent. M. Juncker a suivi les débats mot à mot, ce qui l'a même amené à remplacer Mme Bratusek par Mme Bulc, en accord avec le PE. Les auditions de Frans Timmermans et de Federica Mogherini ont été particulièrement remarquées (EUROPE 11171).
Un vice-président à suivre. M. Timmermans, ministre néerlandais des Affaires étrangères, qui deviendra le premier vice-président, donc le numéro deux de la nouvelle Commission, s'est exprimé avec une aisance déconcertante en anglais, français, allemand, italien et espagnol (en plus de sa langue natale). Sa perspective de l'UE et ses intentions ont convaincu les parlementaires, avec des initiatives telles qu'un registre obligatoire des lobbyistes et un colloque annuel sur le respect des droits fondamentaux, avec toutes les institutions concernées et les organisations de la société civile.
Changement radical. Mme Mogherini, actuelle ministre italienne des Affaires étrangères, avait au départ (selon plusieurs observateurs, parmi lesquels certainement quelques députés) un handicap: la renommée d'une amitié particulière avec la Russie. Elle a fait preuve d'humour face aux insinuations et, surtout, elle n'a pas hésité à affirmer explicitement qu'elle assumera ses fonctions « d'une manière différente de ce qui a été fait par le passé », en assumant les responsabilités que Mme Ashton a tranquillement négligées: agir effectivement en tant que vice-présidente de la Commission européenne, attribuer autant d'importance à la sécurité et la défense qu'aux affaires étrangères, collaborer aussi étroitement que possible avec l'OTAN, dont le nouveau secrétaire général, Jens Stoltenberg, est pour elle « un très bon ami », et assumer pleinement ses responsabilités de chef de l'Agence européenne de défense (AED). Elle a été, bien entendu, interrogée sur ses relations avec l'ours russe (dixit M. Howitt) et a répondu avec humour, certes, mais aussi avec fermeté: elle n'a « pas beaucoup d'expérience concernant les ours », mais elle estime que la Russie est un pays stratégique et voisin avec lequel il faut se comporter avec un mélange de fermeté et de diplomatie, l'équilibre dépendant aussi des réactions de… l'ours. Intention positive: Mme Mogherini a exprimé le souhait d'un partenariat spécial avec le Parlement européen.
J'ajoute que les signes d'une normalisation des relations UE/Russie n'ont pas attendu Federica Mogherini. Suite au récent acte terroriste à Grozny le 4 octobre, le porte-parole de Mme Ashton a rappelé que la lutte contre le terrorisme est un intérêt commun, comme exprimé dans la déclaration conjointe du Sommet UE-Russie du 28 janvier 2014.
La relance est en cours. Ces considérations et analyses justifient et expliquent mon point de vue: tout n'est pas noir dans les perspectives de l'UE et les éléments qui permettent d'estimer qu'une relance est en cours existent. C'est un exercice que cette rubrique poursuivra dans les prochains jours.
(FR)