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Bulletin Quotidien Europe N° 11168
AUDITIONS DES COMMISSAIRES-CANDIDATS / (ae) climat/Énergie

Les soupçons de conflits d'intérêts plombent la candidature de M. Canete

Bruxelles, 02/10/2014 (Agence Europe) - Le chrétien-démocrate espagnol Miguel Arias Canete, commissaire-candidat au Climat et à l'Énergie, a eu beau déployer toute sa force de conviction et afficher l'ambition maximale pour les négociations climatiques internationales et la politique Climat/Énergie de l'UE, son audition, mercredi 1er octobre au soir devant les commissions ENVI et ITRE du Parlement européen, a laissé un malaise profond. Pressé pendant tout l'exercice de faire toute la lumière sur les liens entre son beau-frère et les sociétés pétrolières Petrolifera Ducar et Petrologis Canarias, il a démenti toute existence de conflits d'intérêts, choisissant de botter en touche sur la position de cette personne à la tête des deux entreprises dans lesquelles il ne détient plus d'actions personnelles pour les avoir vendues et de limiter la notion de conflit d'intérêt à sa famille proche au sens strict (EUROPE 11163 et 11156).

Il a également nié avoir modifié par deux fois sa déclaration d'intérêts dans les 72 heures qui ont précédé l'audition. « Il n'y a eu aucune modification de ma déclaration d'intérêts. J'ai vendu les actions des compagnies Petroligera Ducar et Petrologis Canarias. Ni moi ni ma famille n'avons de liens directs avec ces entreprises », a-t-il affirmé. Et de faire valoir que ces deux entreprises sont de petite taille (10-15 employés) et spécialisées dans le stockage de carburant. « Il n'y a donc pas de conflit d'intérêt. J'ai vendu mes actions et mon fils a quitté ses fonctions. Ni mon fils ni mon épouse n'ont de poste dans ces entreprises. »

Évaluation en suspens. La demande faite, avant l'audition, par Kathleen Van Brempt (S&D, belge) d'attendre une vérification par la commission juridique du Parlement avant de soumettre le candidat au jeu des 45 questions/réponses a été rejetée par les deux présidents des commissions parlementaires, Giovanni La Via (PPE, italien) et Jerzy Buzek (PPE, polonais). Mais le sort de M. Canete est bien entre les mains de la commission juridique, dont l'avis est attendu avant que les commissions ENVI et ITRE ne donnent ou non leur feu vert à la nomination du candidat. Ainsi en a-t-il été décidé jeudi 2 octobre par report de l'évaluation.

C'est à un climat de franche hostilité qu'a dû faire face M. Canete. Et même s'il a convaincu les députés du groupe PPE, même si sa compétence générale n'a fait aucun doute, sa crédibilité pour le poste de commissaire au Climat et à l'Énergie a été à moult reprises mise en doute par de nombreux députés qui l'ont renvoyé à son passé de ministre d'un pays peu performant en matière de réduction de ses émissions, d'un gouvernement qui a autorisé l'exploration du gaz de schiste par fracturation hydraulique, l'importation de sables bitumineux du Canada et qui a annulé les incitants à l'énergie renouvelable. Des critiques que M. Canete a balayées du revers de la main en précisant qu'il était ministre de l'Environnement et non ministre de l'Industrie, en renvoyant à la liberté de choix des États membres pour leur bouquet énergétique et en rappelant que l'Espagne faisait partie de « la coalition des pays ambitieux pour les objectifs 2030 et pour l'économie verte ».

D'entrée de jeu, Miguel Arias Canete a rappelé ses treize ans passés au Parlement européen et l'importance qu'il accorde aux valeurs de l'UE, en particulier « la valeur d'égalité », s'excusant de nouveau des propos machistes qu'il avait tenus pendant la campagne des européennes. Convaincu que le climat et l'énergie sont « deux facettes de la même médaille » et qu'« un seul portefeuille permettra de renforcer les synergies » pour faire progresser l'UE vers une économie faiblement carbonée, compétitive et créatrice d'emplois, il a plaidé l'audace pour « faire de l'UE le chef de file pour la conférence climatique de Paris (COP 21), en fixant des objectifs ambitieux. J'ai un mandat clair. Le Conseil européen d'octobre doit être ambitieux », a-t-il déclaré. Mettre en œuvre le cadre intégré 2020-2030 sera sa deuxième mission, a-t-il dit. En matière d'énergie, M. Canete a promis d'appuyer son action sur l'essor des renouvelables, pour lesquelles « l'UE doit devenir numéro un mondial », et sur leur intégration aux réseaux. Pour lui, un objectif de 30% d'efficacité énergétique est par ailleurs « un minimum ». M. Canete promet aussi d'œuvrer en vue d'une Union de l'énergie « solide » et d'une sécurité de l'approvisionnement renforcée. Pour le développement des infrastructures et des interconnexions et pour l'innovation dans les technologies propres, M. Canete mise beaucoup sur le paquet d'investissement de 300 milliards d'euros promis par le président Juncker.

Conférence de Paris. M. Canete veut un accord mondial ambitieux et « contraignant pour tous les pays qui sont prêts à s'engager » et compte déployer à cet effet toute la diplomatie internationale pertinente. À Julie Girling (CRE, britannique), inquiète de l'impact sur la compétitivité européenne d'un objectif de réduction de 40% des émissions pour 2030, M. Canete a répondu que « si toutes les grandes puissances et les plus gros pollueurs s'engagent, je ne m'opposerai pas à des objectifs plus ambitieux » que l'offre actuellement sur la table (20% voire 30% pour 2020). « Pour atteindre 30%, il faut faire en sorte que notre industrie soit compétitive et savoir sur quoi on peut compter comme crédits », a-t-il ajouté.

Réforme de l'ETS. M. Canete a assuré à Matthias Groote (S&D, allemand) qu'il serait prêt, s'il a « suffisamment de soutien au Parlement, à tenter de convaincre le Conseil d'anticiper la mise en œuvre de la réserve de stabilité avant 2021 et éviter ainsi le backloading ».

Fuites de carbone. La croissance et les emplois étant l'objectif primordial de l'UE, il convient de poursuivre le système des allocations gratuites pour préserver la compétitivité des industries énergivores. « Jusqu'ici, il n'y a pas eu de fuites de carbone, mais avec un système ETS plus efficace les prix augmenteront un peu. Il nous faudra tenir compte des pays dépendants du charbon, donc prévoir des exemptions pour soutenir leur production d'électricité », a déclaré M. Canete

Renouvelables. M. Canete a insisté sur la nécessité de « créer au niveau européen un système homogène d'aides basé sur le marché ». « Je suis pour un bon système européen sur les renouvelables, sans concurrence entre les États membres », a-t-il précisé, insistant sur l'importance du soutien aux sources non matures.

Efficacité énergétique. M. Canete a dit miser sur des initiatives dans les bâtiments et le chauffage et a indiqué qu'il essaiera de proposer une initiative législative pour les réseaux et compteurs intelligents.

Marché intérieur. Répondant à Miloslav Ransdorf (GUE/NGL, tchèque), M. Canete a promis de lutter contre la pauvreté énergétique et contre les abus de position dominante. « Pour que le marché soit intégré, il faut que le 3ème paquet soit pleinement appliqué (...) Si nous avons un marché complètement transparent, nous pouvons arriver à une concurrence en Europe. Sinon, les prix n'iront pas vers le bas », a-t-il estimé.

Interconnexions. « Disposer d'un réseau bien interconnecté de la mer Baltique à la péninsule ibérique est une nécessité absolue », a insisté M. Canete. « Nous sommes en passe de réaliser l'objectif fixé en 2002 de 10% d'interconnexion transfrontalière. Mais nous devons redoubler d'efforts », a-t-il estimé.

Infrastructures. M. Canete a insisté sur l'importance de l'intégration régionale et des groupes régionaux pour décider de l'éligibilité des projets prioritaires à un financement de l'UE. « Je militerai pour rendre ces programmes prioritaires au sein du cadre financier de l'UE », a-t-il promis à Ashley Fox (CRE, britannique).

Captage et stockage de carbone. M. Canete mise sur cette technologie, « car le charbon sera présent pour encore très longtemps dans le bouquet énergétique de l'UE », a-t-il répondu à Françoise Grossetête (PPE, française).

Sécurité énergétique. M. Canete a dit qu'il soutiendrait les initiatives de plateformes d'achat commun de gaz si elles respectent les règles de l'OMC et les règles de concurrence.

Nucléaire. Rappelant que la décision d'y recourir était un choix souverain, M. Canete ne s'est pas trop aventuré sur ce terrain, se bornant à rappeler que le rôle de la Commission est de s'assurer du respect des normes de sécurité et de sûreté les plus strictes. (AN/EH)

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