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Bulletin Quotidien Europe N° 11150
Sommaire Publication complète Par article 22 / 22
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1060

*** GIANDOMENICO MAJONE: Rethinking the Union of Europe Post-Crisis. Has Integration Gone Too Far? Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326070 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). 2014, 370 p., 21,99 £ ou 34,99 $ (couverture souple), 55 £ ou 90 $ (couverture rigide). ISBN 978-1-107-69479-8 ou 978-1-107-06305-1.

Des années durant, Giandomenico Majone a formé des étudiants à l'Institut universitaire européen de Florence, leur donnant les outils nécessaires pour analyser correctement les politiques publiques, en particulier celles qui sont développées dans le cadre européen. S'il est aujourd'hui professeur émérite, il n'a pas remisé pour autant ses recherches scientifiques, ni son envie d'apporter des réponses ciselées sans œillères ni tabous aux questions que ses réflexions sur l'actualité et le cours des choses l'amènent à se poser. Celle qui donne son sous-titre à cet ouvrage, lui servant de fil conducteur, sonne comme un coup de tonnerre: l'intégration (européenne) a-t-elle été trop loin ? Les réponses précises et scientifiquement polies qu'il y apporte ne sont pas moins explosives, amenant à envisager le processus de construction en cours depuis soixante ans sous un jour pour le moins différent…

Un premier pavé jeté dans la mare a trait à l'État-nation dont certains avaient cru bon de dresser, à la fin des années 40, le certificat de décès: « La vérité est que Spinelli comme beaucoup d'autres intellectuels, alors comme aujourd'hui, ont sous-estimé à la fois la capacité étonnante de l'État-nation européen de réagir aux catastrophes du XXème siècle, et la profondeur de l'attachement populaire à la souveraineté nationale », corrige le professore. La montée en puissance de l'intergouvernementalisme dans le contexte de la crise de la zone euro ne permet pas réellement de le contredire. Les capitales ont-elles tort d'agir ainsi ? Peut-être pas, si l'on en croit l'auteur pour qui la formule inlassablement privilégiée pour dépasser les crises, à savoir « plus d'Europe », peut s'avérer une contrainte improductive lorsqu'il n'y a pas un « accord général sur les objectifs et les meilleurs moyens de les atteindre ». Puisque tel est à l'évidence le cas dans l'Union européenne, mieux vaudrait, argue l'auteur, que celle-ci n'entrave pas la liberté d'action des Etats membres dans le contexte de la mondialisation. Les dirigeants européens seraient bien inspirés, dans cet esprit, de remettre en question leur choix d'une « intégration profonde » plutôt que d'une « intégration peu profonde », à l'instar des actions du Gatt qui visaient à « atteindre la quantité maximale de libre-échange compatible avec l'autonomie nationale » là où l'Organisation mondiale du commerce pousse désormais à une intégration économique bien plus ambitieuse - et contraignante. De la même manière, le Traité de Rome ayant établi la Communauté économique européenne stipulait que « l'ouverture des marchés nationaux aux acteurs économiques d'autres États membres devait être atteint sans mettre en danger la capacité de chaque État membre de décider de la combinaison appropriée de politiques réglementaires et fiscales », la première brèche dans cette digue ayant pris la forme, en 1979, de l'arrêt Cassis de Dijon de Cour européenne de justice. Depuis, un raz-de-marée n'a cessé de fragiliser les réglementations nationales coupables de violer les libertés économiques européennes, les diktats dont doivent s'accommoder les membres de la zone euro - certains plus que d'autres… - constituant l'apothéose de ce dessaisissement des démocraties nationales.

Voilà qui alimente d'autres questions, plus dérangeantes encore. Ainsi que l'a suggéré l'économiste Dani Rodrik, un modèle d'intégration profonde peut-il s'avérer durable lorsque les politiques démocratiques restent organisées selon les frontières nationales ? Et peut-il surtout l'être lorsqu'il s'agit d'une « union monétaire fédéralisée et dépolitisée » ? Au moment où le principe de la souveraineté nationale est battu en brèche comme il ne l'a jamais été et où, en même temps, l'Union européenne et ses institutions rencontrent une hostilité populaire grandissante, voilà des questions qui, selon Giandomenico Majone, ne peuvent plus être éludées sous peine de contribuer à une explosion inéluctable. Il est temps aussi, selon lui, de reconnaître que blâmer de petits pays tels que la Grèce ou Chypre relève de la facilité, tout comme le mantra de la réduction des déficits publics, tant il est vrai que c'est le système dans son ensemble qui est coupable: tout le monde savait en 2003 que la fiabilité des comptes d'Athènes était une vue de l'esprit, mais les États membres n'ont pas pour autant donné depuis satisfaction à la Commission qui leur proposait de donner à l'office statistique Eurostat la possibilité de vérifier de manière plus approfondies les comptes nationaux… Par conséquent, c'est une crise de légitimité que traverse aujourd'hui l'Union, avec des institutions qui ne sont pas à la hauteur de la tâche qui leur incombe. Pour l'auteur, ce sont dès lors carrément « la nature même et les objectifs du processus d'intégration » qui doivent être remis en question de toute urgence, en tenant notamment compte du fait désormais avéré que « le coût de l'adhésion au principe de l'égalité de base et de l'égale dignité de tous les États membres ne cesse de croître quand le nombre de membres » à l'Union « augmente et que de plus en plus de compétences sont transférées au niveau européen ». D'où la suggestion de Majone d'abandonner le « bien collectif » que voulait être l'Union au profit de regroupements à la carte plus souples, laissant plus de marge de manœuvre aux États dans le cadre de ce qui deviendrait un « club de clubs ». Provocant jusqu'au bout, donc, mais qui force aussi à réfléchir jusqu'au point final et bien au-delà.

Michel Theys

*** DANIELE PASQUINUCCI, DANIELA PREDA, LUCIANO TOSI (sous la dir. de): Communicating Europe. Journals and European Integration 1939-1979. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2013, 610 p., 113 €. ISBN 978-3-0343-1472-5.

Cet ouvrage prolonge une conférence organisée par l'Associazione universitaria di studi europei en mai de l'année dernière à Pérouse et Assise. Il voit des chercheurs et des praticiens analyser différentes publications qui, de la gestation de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 70, ont accompagné et favorisé la marche vers et de l'intégration européenne, ce qui leur a valu de sensibiliser différents segments de l'opinion publique européenne à la cause et aux actions de l'Europe communautaire. Le livre est structuré en quatre parties. La première est consacrée à la « Presse des Mouvements pour l'unité européenne », à savoir des publications militantes et la plupart du temps résolument fédéralistes à l'instar, par exemple, des journaux de la Campagne européenne de la jeunesse (1951-1958) et des revues Il Federalista et L'Europe en formation. Dans la contribution qui ouvre cette partie, le Pr. Daniela Preda (Université de Gênes) mentionne le bulletin de l'Agence Europe et ses suppléments, la Bibliothèque européenne notamment, saluant le « rôle fondamental » qu'elle a joué depuis 1953 « dans la diffusion de l'information ». L'attention est touchante - et certains lecteurs la jugeront même sans doute pertinente et méritée - mais il est quand même curieux de retrouver l'Agence Europe parmi des organes militants alors qu'elle s'est toujours comportée en organe de presse indépendant au service d'une information objective et exhaustive, seuls les éditoriaux d'Emanuele Gazzo puis de Ferdinando Riccardi ayant manifesté son attachement au processus enclenché par la Déclaration Schuman. Peut-être sa place se trouvait-elle donc davantage dans la deuxième partie, consacrée aux revues culturelles et à la presse spécialisée. La troisième partie est, elle, consacrée aux journaux de partis et de mouvements sociaux. Enfin, cinq auteurs reviennent, dans la partie finale, sur « la naissance d'une communication européenne », ce qui colle hélas parfaitement avec ce qu'est devenu le service de presse de la Commission européenne dont les premiers pas, fort différents, sont notamment racontés. (MT)

*** MICHEL GRUNEWALD, HANS-JÜRGEN LÜSEBRINK, REINER MARCOWITZ, UWE PUSCHNER (sous la dir. de): France-Allemagne au XXe siècle - La production de savoir sur l'Autre / Deutschland und Frankreich im 20. Jahrhundert - Akademische wissensproduktion über das andere Land. Volume 3: Les institutions / Band 3: Die Institutionen. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Convergences", n° 75. 2013, 379 p., 90 €. ISBN 978-3-0343-1293-6.

Issu des travaux d'un colloque organisé à l'Université de Lorraine voici près de deux ans dans le cadre d'un programme de recherches unissant différents organes académiques de France et d'Allemagne, cet ouvrage est dédié aux institutions françaises, allemandes et binationales qui ont joué ou jouent encore un rôle de premier plan dans la production académique de savoir sur la France et l'Allemagne et sur les relations entre ces deux pays. Quatre variétés d'institutions sont couvertes, à commencer par les institutions universitaires intéressées à la production de savoir sur l'Autre. Viennent ensuite des structures dont la vocation se situe de manière exclusive au niveau de l'enseignement et de la recherche, puis des organismes voués prioritairement à des missions de recherche et d'expertise. Enfin, le dernier groupe s'intéresse à trois organismes voués à la médiation et à l'information dont les activités, précisent les coordinateurs de l'ouvrage, illustrent de manière explicite « les aléas auxquels a été soumise selon la nature des relations franco-allemandes la production de savoir sur l'Autre ». (PBo)

*** CHRISTIAN GELLINEK: Deutschland im Staatenverbund. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 121 p., 22,95 €. ISBN 978-3-631-64642-7.

Dans ce que l'on pourrait qualifier d'essai sur l'Allemagne, Christian Gellinek fait délibérément le choix d'une originalité téméraire sur la forme comme sur le fond. Toutefois, l'existence d'un plan à son propos ainsi qu'un résumé en fin d'ouvrage dissimulent mal le caractère peu structuré de l'ensemble. Les titres de chapitre ne sont d'ailleurs pas repris au cours du texte écrit (volontairement ?), ce qui rend la lecture pénible, le lecteur attentif devant sans cesse consulter en début d'ouvrage le titre du chapitre ou sous-chapitre lu. L'auteur semble à maintes reprises perdre le fil de son sujet pour, dans certains cas, compiler les unes après les autres des idées sans grand rapport entre elles (l'exemple le plus emblématique est le traitement de la mémoire de l'holocauste en Allemagne au milieu d'un chapitre évoquant notamment la manière dont les Allemands pratiquent le tourisme et qui porte pour titre « L'individu dans la nouvelle société ». L'argumentation sur des sujets pourtant graves est bien souvent rapide, peu profonde et plus construite sur des préjugés que sur une démonstration. A bien des moments, notamment dans la première moitié de l'ouvrage, l'auteur semble avoir soigné la forme au détriment du fond, via une allégorie du chef d'orchestre qui survient occasionnellement, et par des formules de rhétorique ou par des rimes. Cette volonté de rupture permet toutefois à l'auteur d'aborder certaines questions importantes habituellement interdites par le « politiquement correct » allemand: Christian Gellinek prend une position courageuse sur la politique allemande vis-à-vis d'Israël et il présente aussi une vision intéressante des relations entre l'Allemagne et certains voisins « germaniques » comme l'Autriche et les Pays-Bas. Son analyse du rôle de la publicité à la télévision présente elle aussi un certain intérêt. On notera aussi que les arguments en lien à la linguistique et à la langue allemande en fin d'ouvrage - où les formules de rhétorique et les rimes se font plus rares - font preuve d'une plus grande solidité que les argumentations en d'autres matières. Mais en dépit de ces quelques éclaircies, le tableau reste bien maussade pour le lecteur qui était vraiment en droit d'attendre plus de rigueur et de profondeur de la part d'un universitaire expérimenté traitant un sujet d'actualité d'un grand intérêt…

(GLe)

*** DOROTA PRASZA£OWICZ, ANNA SOSNA-SCHUBERT (sous la dir. de): Deutsche und polnische Migrationserfahrungen, Vergangenheit und Gegenwart. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Migration - Ethnicity - Nation: Cracow studies in culture, society and politics". 2014, 438 p., 69,95 €. ISBN 978-3-631-64788-2.

Ce recueil d'articles a pour ambition d'analyser les rapports entre Allemands et Polonais à la lumière des migrations des uns chez les autres ou de migrations "conjointes" vers des pays tiers (notamment les États-Unis et le Canada). Les articles présentés peuvent avoir un caractère historique, mais aussi traiter de questions d'actualité. Leurs caractéristiques communes sont la présence de références et de bibliographies fort bien documentées, souvent dignes de travaux de haut niveau ; la volonté d'éviter certains sujets déjà souvent traités (comme par exemple l'émigration des Polonais vers la Ruhr) pour se centrer sur des thèmes moins fréquents et pourtant fondamentaux, comme l'émigration polonaise vers les nouveaux Länder allemands, devenus région frontalière en 1945 ; la volonté de prendre en compte la complexité du facteur historique germano-polonais (multiplicité des migrations pour des raisons économiques, politiques, à cause du déplacement de la frontière) et de traiter les difficultés pouvant survenir dans les rapports entre les deux populations tout en traçant des perspectives d'avenir. (GLe)

*** EDDY FOUGIER: Fiches d'actualité et de culture générale. Ellipses Edition Marketing (32 rue Bargue, F-75740 Paris Cedex 15. Tél.: (33-1) 45677419 - fax: 47346794 - Internet: http://www.editions-ellipses.fr ). Collection "Optimum". 2014, 329 p., 23 €. ISBN 978-2-7298-8495-6.

Notamment chargé d'enseignement à Sciences Po Aix-en-Provence et à l'Institut supérieur de formation au journalisme, Eddy Fougier a conçu cet ouvrage pour dépasser l'infotainment qui inonde de plus en plus nos petits écrans et pour revenir, à travers une trentaine de fiches, sur un certain nombre d'événements fondamentaux à travers l'analyse de tendances contemporaines se situant à la lisière de l'actualité chaude et de ce qu'on appelle la culture générale. Ces tendances sont regroupées en huit grandes thématiques. L'une d'elles est l'Europe, l'auteur revenant notamment sur la signification profonde de l'entreprise d'intégration et sur les défis auxquels l'Union européenne et ses institutions sont confrontées. D'autres grands thèmes abordés sont l'état de la France, l'économie et la mondialisation, l'histoire contemporaine des relations internationales, la géopolitique et la sécurité à la lumière des conflits dans le monde et des principales menaces que représente le terrorisme djihadiste, la reconfiguration du rôle joué par les États, les enjeux globaux que sont notamment la justice pénale internationale, la lutte contre la faim dans le monde et le changement climatique. La dernière thématique est de nature prospective, l'auteur identifiant dix « mégatendances » qui modèleront les contours du monde de demain. (MT)

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