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Bulletin Quotidien Europe N° 11125
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) transports

Une enquête épineuse s'ouvre sur le crash du MH17

Bruxelles, 18/07/2014 (Agence Europe) - Une enquête internationale, chapeautée par l'Ukraine, se met en place pour déterminer les causes du crash de l'avion MH17 de la Malaysia Airlines, jeudi 17 juillet, dans une zone de conflit contrôlée par les séparatistes pro-russes. Que s'est-il passé pour que le Boeing, décollant de Schiphol en direction de Kuala Lumpur, disparaisse des écrans de radar en milieu d'après-midi et s'écrase à l'est de l'Ukraine? L'enquête, qui devrait permettre de répondre à toutes les questions en suspens, d'une importance géopolitique, pourrait durer plus d'un an. Les tensions dans la région compliquent déjà les investigations et suscitent des interrogations sur l'autorisation de survoler la zone.

L'enquête internationale se met en place. Par qui et par quoi l'engin aurait-il pu être abattu - c'est ce qui se dessine - causant la mort de 298 personnes ? Une enquête de sécurité est déjà mise en route, sous la houlette de l'Ukraine, en tant que pays où est survenu l'accident, selon l'annexe 13 de la Convention sur l'aviation civile internationale, établie par l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Devraient s'associer aux investigations la Malaisie, en tant que pays propriétaire de l'avion, et les États-Unis en tant que pays constructeur du Boeing. Des experts néerlandais, voire russes, de l'OACI, d'Eurocontrol et de l'Agence européenne pour la sécurité aérienne, de Boeing ou de la Malaysia Airlines, pourraient être associés aux recherches, dans certains cas à titre d'observateurs. L'investigation d'État est officiellement ouverte, mais l'enquête opérationnelle n'a pas encore pu débuter car les experts n'ont pas encore atteint la zone du crash. Tant pour des raisons logistiques que de sécurité, le périmètre se situant en zone contrôlée par les séparatistes ukrainiens. Des mesures doivent être mises en place pour préserver la zone où se trouve l'épave, dont les débris sont éparpillés sur une vingtaine de kilomètres. Un rapport préliminaire devrait être rendu d'ici un mois faisant état des données collectées, un an plus tard les résultats de l'enquête devraient être rendus publics.

Quid des boîtes noires ? Les deux boîtes noires sont indéniablement les éléments pivots de l'enquête. Selon les autorités ukrainiennes, celles-ci n'auraient pas encore été retrouvées, les séparatistes pro-russes se targueraient en revanche d'être en possession d'une d'entre elles. Légalement, ces boîtes doivent revenir à l'État souverain sur le lieu de l'accident pour les analyser. Or, le conflit ukrainien remet précisément en cause cette souveraineté, ce qui pourrait compliquer l'exploitation des boîtes noires aux fins de l'enquête. S'il n'y a pas d'État souverain, comme en mer, c'est alors le pays propriétaire de l'avion qui est habilité à récupérer cette boîte, indique une source européenne, qui reconnaît que l'annexe 13 ne couvre pas l'éventualité d'un vide de pouvoir. « C'est la communauté internationale et l'OACI qui pourraient résoudre cette situation épineuse », avance cette source. Toutefois, si ces boîtes devaient « tomber entre de mauvaises mains », il est « très difficile, voire impossible » de les trafiquer, confirme l'expert européen. Sans boîtes noires, l'enquête peut néanmoins se nourrir d'autres preuves, telles que les enregistrements sonores lors du vol ainsi que les divers débris. L'analyse de leur torsion, du fuselage de la carlingue et des impacts, sera notamment intéressante pour déterminer si l'explosion est bien due à un missile, avance cet expert.

Pourquoi avoir autorisé le survol ? On se demande aussi pourquoi des avions civils ont été autorisés à survoler cette zone de conflit. Kiev avait simplement déconseillé le survol de la région en dessous de 32000 pieds, pendant que l'engin abattu était à 33000 pieds. Une source européenne n'exclut pas que cette initiative ait été prise sur la base de la portée des missiles. Néanmoins, il en résulte que les avions de ligne n'étaient donc pas prévenus d'un quelconque danger au dessus de 32000 pieds, dans la zone concernée. Sur les 350 vols quotidiens (environ) survolant la région, 75% avaient maintenu leur itinéraire. C'était le cas aussi pour le MH17, qui avait toutefois modifié l'altitude de son plan de vol, tout en restant dans les limites conseillées, pour répondre à un problème de trafic. L'Ukraine a dorénavant fermé totalement l'espace aérien de l'est du pays et impose des restrictions au-dessus de la Crimée. Les vols européens à destination de l'Asie du Sud-est contournent cette zone en passant par la Pologne, la Roumaine, la Bulgarie et la Turquie, ce qui peut causer de légers retards. L'Ukraine occidentale, dont l'aéroport de Kiev, reste ouverte à la navigation aérienne.

Bien que l'UE n'ait pas de rôle à jouer dans le suivi de l'affaire, le commissaire européen aux Transports, Siim Kallas, a néanmoins appelé à une investigation immédiate et indépendante et a mis sur pied une cellule européenne de crise aérienne, pour assurer une bonne coordination des répercussions du crash sur l'espace aérien. (MD)

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