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Bulletin Quotidien Europe N° 11125
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour une vision apaisée et positive des relations entre l'UE et la Russie

Coopération. Cette rubrique représente aujourd'hui une modeste réaction aux évènements dramatiques de jeudi après-midi dans le ciel ukrainien, en mettant l'accent sur les aspects positifs et encourageants des relations entre l'UE et la Russie. L'optimisme a un triple avantage: a) la coopération avec Moscou est utile pour l'Europe ; b) dans plusieurs domaines, elle se fonde sur des bases solides, même si souvent on évite d'en parler ; c) les autorités russes actuelles y sont favorables (mais certains experts indiquent qu'à Moscou il existe aussi une tendance opposée). Les exemples de coopération sont nombreux, même si leur éclat est limité. Des divergences évidemment existent et c'est normal ; mais, pour l'essentiel, les deux parties respectent les engagements et les procédures internationales en vigueur.

Partenaires corrects. Les désaccords portent essentiellement sur des questions techniques. Dans le cadre de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), l'UE a attaqué les restrictions russes sur les importations de produits porcins des Pays-Bas, d'Allemagne et du Danemark, en demandant qu'un panel tranche la divergence (EUROPE 11111). Mais, dans l'ensemble, les efforts visent surtout à renforcer la coopération. Les contacts russo-allemands dans le domaine commercial sont permanents. De son côté, la Russie s'efforce de se rapprocher de l'Europe et souhaite notamment que ses citoyens puissent obtenir le visa Schengen pour accéder au territoire de l'UE. Dans un domaine plus délicat, la Hongrie a annoncé la signature avec la Russie d'un protocole d'accord sur la fourniture de centrales nucléaires.

Un cas étrange. Dans le domaine industriel, la coopération entre l'UE et la Russie avait déjà suscité, on le sait, des discussions sans fin à propos de la vente des navires militaires français Mistral à Moscou ; et Paris ne cède pas. Un cas différent a émergé dans la coopération entre la Russie et l'Italie. Les entreprises bien connues Pirelli (Italie) et Rosneft (Russie) ont conclu un accord défini stratégique, impliquant l'entrée d'un haut dirigeant russe, M. Igor Sechin, dans le Conseil d'administration de Pirelli. Or, M. Sechin figure dans la liste noire des personnalités russes avec qui tout rapport est interdit ! Comment est-ce possible ? En fait, pas de problème: il est inscrit dans la liste négative américaine, mais pas dans celle européenne. Voici donc que M. Sechin fait maintenant partie du Conseil d'administration d'un colosse industriel de l'UE, tout en étant interdit d'accès aux États-Unis ! Arrangement volontaire, ou exemple de divergence UE-USA ?

Méconnaissance. Je rappelle en passant les entretiens téléphoniques permanents entre Mme Merkel et M. Poutine ; ils ne sont logiquement pas toujours d'accord, mais dialoguent régulièrement. Sur un plan général, il est étonnant de constater à quel point les nouvelles générations européennes (et vraisemblablement américaines aussi) ignorent l'influence de la culture russe en Europe occidentale (et en partie aussi aux États-Unis). La littérature (Tolstoï, Dostoïevski, Pouchkine…), la musique (Stravinski, Mussorgski…). Et qui se rappelle que Vladimir Nabokov était russe de tous les points de vue et l'est resté toute sa vie, tout en étant en même temps américain et européen ? Et qu'il écrivait ses oeuvres dans plusieurs langues ?

Une jeune femme. Ces remarques m'ont été suggérées, involontairement bien sûr, par Astrid Wendlandt, franco-canadienne née à Paris en 1973, journaliste tombée amoureuse de la Russie. Elle dit avoir rencontré en Crimée le patriotisme dans la joie, heureux et bienveillant, et dans une partie du peuple russe une relation particulière avec la nature, le ciel, les arbres. Elle méprise la Russie qui voyage, qui achète en Occident des clubs de foot: les milliards de dollars du gaz et du pétrole ont foutu le camp dans des villas sur la Côte d'Azur, à Londres, ou ailleurs. Ce que Mme Wendlandt aime, c'est la Russie intemporelle, authentique, qui n'a pas été totalement polluée par la course à l'argent… Il y reste encore des gens détachés des choses matérielles. Et elle soutient fermement: on n'a aucun intérêt à isoler la Russie.

Intention respectée. Mme Wendlandt reconnaît donc aussi l'existence d'une Russie mesquine, avide de richesse et de puissance. Mais aujourd'hui je mets l'accent sur ce qui est positif et, pour l'essentiel, désintéressé.

Je reste, jusqu'à cette dernière ligne, fidèle à mon orientation positive.

(FR)

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