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Bulletin Quotidien Europe N° 11081
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INSTITUTIONNEL / (ae) pe 2014

Historique pour certains, le premier débat présidentiel a peiné à convaincre

Bruxelles, 16/05/2014 (Agence Europe) - Les candidats à la présidence de la Commission européenne, réunis jeudi 15 mai à Bruxelles pour le dernier grand débat électoral des Européennes, auront-ils donné envie aux citoyens de se rendre aux urnes du 22 au 25 mai ?

C'est en tout cas ce à quoi se sont attelés pendant une heure et demie les candidats du Parti populaire européen, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, du Parti socialiste européen, l'Allemand Martin Schulz, des Libéraux, le Belge Guy Verhofstadt, des Verts européens, l'Allemande Ska Keller, et enfin du Parti de gauche européen, le Grec Alexis Tsipras, celui-ci prenant part pour la première fois à cet exercice.

L'exercice était inédit par le choix des principaux partis politiques de se doter d'une 'tête de liste' et d'une figure devant incarner le futur président de la Commission européenne. Il a aussi été qualifié d'historique puisque 49 chaînes de télévision avaient décidé de retransmettre le débat présidentiel tout comme 43 médias en ligne et 9 stations de radio, permettant ainsi aux Européens de se faire une idée de celui ou celle qui sera amené(e), dès l'automne, à prendre certaines initiatives en leur nom.

À l'issue de ce rendez-vous, seulement 63 000 'tweets' avaient toutefois été comptabilisés sur le compte officiel du débat #TellEurope, signe que l'exercice, par ailleurs boudé par certaines grandes chaînes nationales, n'a pas totalement atteint son but.

Il aura toutefois eu le mérite de mettre tous les candidats d'accord sur un point: « Le futur président de la Commission européenne se trouve parmi nous », a lancé Martin Schulz. « Il y a une forte probabilité que ce soit l'un d'entre nous et ça me paraît normal », a elle aussi jugé Ska Keller. Une mise en garde adressée aux chefs d'État et de gouvernement soupçonnés de vouloir contourner le résultat des urnes et d'introniser à la Commission d'autres personnalités, plus à même de faire consensus mais qui n'auraient pas fait campagne.

En ne respectant pas les règles du jeu, à savoir que le candidat du parti arrivé en tête sera habilité à entamer les négociations et logiquement désigné à la tête de la Commission si une majorité le lui permet, « il ne faudra pas s'étonner après que les gens ne viennent pas voter », a dit Alexis Tsipras. « Cela serait un camouflet pour la démocratie », a quant à lui jugé Jean-Claude Juncker.

Sur le fond, les candidats étaient interrogés sur une série de dossiers sensibles: l'économie, le chômage et la zone euro, les indépendantismes en Europe, l'immigration ou la crise en Ukraine. Ils ont dû composer avec le format très strict qui leur était imposé, en l'occurrence des réponses limitées à une minute donnant au final l'impression d'un catalogue de sujets ne permettant ni approfondissement, ni réelle confrontation sinon peut-être sur la traditionnelle question de l'austérité et du régime imposé à la Grèce.

Le refus de l'austérité, la dénonciation des remèdes appliqués à la Grèce et l'allègement de la dette, c'est précisément la substance du programme porté par Alexis Tsipras qui a reproché à Guy Verhofstadt de vanter des recettes « anciennes » ayant conduit à la crise, « à la bulle », a-t-il dit alors que l'ancien Premier ministre belge appelait l'UE à doper « l'intégration sur les marchés clefs: banques, capitaux, énergies, télécoms ». « Il faut utiliser tous les leviers pour une nouvelle croissance », a-t-il dit (voir autre nouvelle).

Sur l'endettement, le PPE et l'ADLE ont affiché leur convergence de vues, soulignant la nécessité d'investissements stratégiques mais sur la base de finances publiques saines. Il « faut de la discipline budgétaire » et ne « pas s'endetter davantage », a répété Guy Verhofstadt. Interrogés sur les banques, les candidats en sont venus à parler plus spécifiquement de la Grèce, en haussant légèrement le ton. Pour Alexis Tsipras, « le gros problème de la crise en Grèce est un problème financier, mais le remède a aggravé les choses ». « La Grèce ? Ce n'est pas lié aux banques mais à une mauvaise politique nationale ! », a rétorqué le leader des libéraux. « J'ai travaillé jour et nuit pour que la Grèce ne sorte pas de la zone euro », s'est quant à lui défendu Jean-Claude Juncker refusant le reproche selon lequel les Européens n'on pas été assez solidaires.

Cet échange a été suivi d'une question sur l'intérêt ou non de rester dans l'UE, certains candidats comme l'Allemande Ska Keller demandant « plus d'Europe pour sortir de la crise ». Pour l'Allemand Martin Schulz, « il ne faut peut-être pas plus d'Europe mais une autre Europe qui fait passer leurs intérêts au premier rang », a-t-il lancé. Guy Verhofstadt a redit le danger que représente, selon lui, une sortie de la zone euro, évoquant un « désastre si l'on revenait aux devises nationales, les retraités perdant toutes leurs économies ».

Les 'Cinq' ont ensuite devisé sur l'Ukraine et le message à livrer à Vladimir Poutine (voir nouvelle séparée) ainsi que sur les indépendantismes catalan et écossais. L'UE ne devrait pas avoir à se mêler de ce sujet, ont jugé Jean-Claude Juncker et Guy Verhofstadt, bottant ainsi légèrement en touche puisque l'UE aura peut-être un jour à se prononcer sur leur adhésion en tant que nouveau pays indépendant. Seule Ska Keller a affiché un message clair. « En tant que présidente de la Commission, je serais heureuse de les accueillir dans l'UE », a-t-elle dit, jugeant que les « peuples ont le droit de décider de leur avenir ».

Après l'immigration et les récents naufrages en Méditerranée, sujet qui a permis à Ska Keller et Guy Verhofstadt de demander « d'ouvrir les voies légales de migration » et à Jean-Claude Juncker d'exhorter les États « à ne pas baisser leur budget pour l'aide au développement », les candidats ont été interrogés dans la dernière partie du débat sur des dossiers sans grand lien les uns avec les autres, notamment sur les symboles religieux dans l'UE, le déficit démocratique de l'UE ou la corruption.

Sans surprise, le candidat du PPE, favorable à une législation européenne anti-discrimination, a jugé plus raisonnable de laisser ce sujet des symboles religieux à la seule subsidiarité, l'Europe « ayant déjà suffisamment à faire ! ». Une opinion que ne partage pas Guy Verhofstadt.

Sur la corruption, discussion qui s'est finalement déplacée sur le terrain des lobbys bruxellois, le candidat luxembourgeois a souhaité que chaque commissaire publie la liste des entretiens réalisés avec les lobbys avant chaque proposition, sans interdire aux groupes d'intérêts d'exercer leur métier. L'Allemande Ska Keller s'est elle montrée plus radicale, allant jusqu'à prôner l'interdiction de cette activité de lobbying…

Au final, aucun candidat n'aura été en mesure de préciser réellement ses pensées, ce débat ressemblant davantage à un exposé des principaux points de leur programme respectif. Pour les internautes et les utilisateurs de Twitter, le choix n'a pourtant pas été difficile à faire. Selon un décompte réalisé par le site TellEurope, c'est Alexis Tsipras qui aurait été le plus convaincant (50% de voix), loin devant Guy Verhofstadt (33%), Ska Keller (10%), Martin Schulz (5%) et Jean-Claude Juncker, grand dernier avec 3% de votes favorables. Détail d'importance: les conservateurs du parti CRE et les eurosceptiques n'étaient pas représentés jeudi soir, des courants qui avaient toutefois fait le choix de ne pas se doter de candidat. (SP)

 

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