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Bulletin Quotidien Europe N° 11081
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) Énergie

Sécurité énergétique, l'Ukraine confronte l'UE à un défi urgent

Athènes, 16/05/2014 (Agence Europe) - La crise ukrainienne contraint les Vingt-huit à vite se doter d'une stratégie commune effective en matière de sécurité des approvisionnements, tant sur le plan des infrastructures communes que sur la dimension des relations avec les pays fournisseurs. Tel est le message que l'on peut dégager des discussions informelles des ministres européens de l'Énergie, les 15 et 16 mai à Athènes.

Un commentaire du commissaire Günther Oettinger devant les ministres, relayé devant la presse à l'issue des travaux par le ministre grec de l'Énergie, Ioannis Maniatis, illustre parfaitement cette sensation d'urgence. « Sur les réseaux de transports et de télécommunications, l'UE se situe au 21ème siècle, mais, malheureusement, sur les réseaux d'énergie, elle reste au 19ème siècle. C'est un défi majeur. Nous devons bouger très vite pour unifier nos réseaux et réaliser le réseau transeuropéen d'énergie », a-t-il insisté.

La question de la sécurité de l'approvisionnement de l'UE et du développement des infrastructures, avec en toile de fond l'impact de la crise ukrainienne et des tensions avec la Russie, a captivé toute l'attention portée aux débats ministériels informels, qui ont aussi abordé les questions du financement des mesures pour une efficacité énergétique accrue et de la gouvernance pour le 'cadre énergie/climat 2030'. Les débats sur la sécurité énergétique visaient à préparer les travaux du Conseil européen de juin, auquel la Commission soumettra de nouvelles propositions sur la sécurité de l'approvisionnement.

Sur la base d'un document et de questions préparés par la présidence grecque pour orienter les travaux, les ministres ont ainsi discuté des mesures à prendre pour établir des interconnexions suffisantes, pour réduire la demande d'énergie et exploiter des formes alternatives d'énergie (avec un accent particulier sur le développement d'hydrocarbures dans l'est de la Méditerranée), pour diversifier les routes et les fournisseurs en gaz naturel afin d'achever le marché intérieur et pour parler d'une seule voix sur les relations énergétiques avec les pays tiers. « Nous avons parlé de réviser tous les mécanismes de solidarité entre les États membres de l'UE et les rendre plus effectifs. Il y a clairement des mesures de court terme à adopter, comme les plans d'urgence, les flux inversés, le stockage, mais aussi des mesures de long terme, comme les réseaux européens. Et il est d'une importance cruciale de poursuivre le dialogue avec les fournisseurs tiers », a résumé M. Maniatis. La question de la sécurité énergétique sera de nouveau sur la table du Conseil Énergie, lors d'une session formelle, le 13 juin à Luxembourg.

Vendredi, une session de travail consacrée au financement de projets d'infrastructures énergétiques d'intérêt commun (PCI) était le corollaire des discussions de la veille sur la sécurité énergétique. À cet égard, les ministres de l'Énergie ont souligné l'importance de mettre en place un guichet unique (one-stop shop) pour accélérer les procédures d'autorisation de construction, a précisé M. Maniatis.

Le commissaire Oettinger a pour sa part confirmé que, dans le cadre des propositions sur lesquelles la Commission planche en vue du sommet européen de juin, une proposition vise à porter les stocks obligatoires de gaz des États membres de 50 ou 60 jours d'hiver, contre 30 jours actuellement. L'idée ne serait pas que les stocks de gaz soient effectivement physiquement constitués, mais qu'ils soient « garantis », par exemple, par l'intermédiaire de contrats, avait expliqué la veille la porte-parole de M. Oettinger. Le document que prépare l'exécutif européen insistera aussi, une fois encore, sur le besoin de mettre en place une politique énergétique extérieure commune.

À cet égard, l'idée promue depuis le début du mois d'avril par le Premier ministre polonais, Donald Tusk, d'une Union de l'énergie, reposant notamment sur un pool européen pour des achats de gaz en commun, fait son chemin au Conseil. Toutefois, l'idée d'une négociation unique divise les Vingt-huit. « Il y a des États membres qui soutiennent pleinement la négociation unique à l'égard de tous les fournisseurs. Mais pour d'autres États membres, ce type d'approche va créer des problèmes de concurrence. Et de ce fait, cela ne se fera pas, selon eux, au bénéfice de l'UE et de ses États membres », a expliqué M. Maniatis, assurant toutefois que la présidence « va essayer de trouver un bon compromis sur cette question ».

Le commissaire Oettinger a d'autre part confirmé qu'il rencontrera le 19 mai à Berlin le ministre russe de l'Énergie, Alexander Novak, pour préparer la deuxième réunion trilatérale Russie/Ukraine/UE, après celle du 2 mai sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz russe en lien avec la dette ukrainienne à l'égard de Gazprom. Lors de la première réunion, le 2 mai à Varsovie, les trois parties avaient convenu de trouver une solution d'ici le 1er juin. S'il a jugé « inadéquates » des sanctions contre le secteur russe de l'énergie dans le cadre de la crise ukrainienne, M. Oettinger a rappelé que la Russie et son producteur de gaz, Gazprom, ont des obligations contractuelles tant à l'égard de l'UE que de l'Ukraine, de la Moldavie et des pays des Balkans.

L'UE, qui importe 25% de son gaz de Russie, dont près de la moitié transite par l'Ukraine, ne veut pas courir le risque d'une nouvelle perturbation des livraisons de gaz russe, comme à l'occasion des différends gaziers russo-ukrainiens de 2006 et 2009. (EH)

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