Bruxelles, 14/05/2014 (Agence Europe) - Ce jeudi 15 mai, 400 acteurs européens du numérique, dont les groupes de médias Lagardère, CCM Benchmark ou Axel Springer, devraient dévoiler une plainte qu'ils entendent déposer auprès de la Commission européenne à l'encontre du géant américain Google pour abus de position dominante, a rapporté mercredi l'AFP. À l'occasion de la première conférence de l'Open Internet Project, ils devraient signer un manifeste.
À ce jour, « nous avons reçu de nombreuses plaintes », a indiqué Antoine Colombani, porte-parole de la Commission européenne pour la politique de concurrence, affirmant que si celle-ci recevait une nouvelle plainte, elle l'étudierait. À la suite d'une enquête débutée en 2010, Google a offert récemment des engagements qui, si approuvés par la Commission, deviendront juridiquement contraignants pour les cinq années à venir. Le commissaire à la Concurrence, Joaquin Almunia, a expliqué lundi soir sur BFM TV qu'une décision serait prise en juillet ou en septembre. Pour l'heure, la Commission va entamer la lecture des commentaires des sociétés plaignantes (elles sont dix-huit) sur ses propres arguments. Elle trouve en effet les engagements de Google satisfaisants.
Dans une lettre envoyée à Mathias Döpfner, directeur exécutif d'Axel Springer, publiée par le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, Joaquin Almunia revient sur certains points soulevés par M. Döpfner dans une missive ouverte écrite à Eric Schmidt, directeur exécutif de Google. Il réfute notamment l'argument selon lequel Google bénéficierait de revenus supplémentaires grâce au système d'enchère que la société propose de mettre en place afin de définir trois services concurrents qui apparaitront à côté de ses propres liens et de manière clairement visible. Pour M. Almunia, il s'agit d'un espace qui aurait été vendu par Google à ses propres clients, alors qu'ici il devra le vendre à ses concurrents. « Cela ne créera pas de 'revenus supplémentaires' », précise M. Almunia. Le commissaire indique en outre que la Commission ne peut réclamer des engagements qui vont au-delà de ce qui est nécessaire pour calmer les inquiétudes liées à un abus de position dominante. Et de préciser que des garde-fous seraient prévus pour s'assurer que Google ne puisse pas se dérober face à ses obligations en les contournant à l'aide d'un autre interface, comme une application Androïd plutôt qu'une page web. Il a indiqué qu'une autorité indépendante surveillerait la mise en oeuvre des engagements et que le géant risquerait de lourdes amendes s'il ne les respectait pas. Parallèlement, la Commission continuerait à surveiller avec attention les activités du géant américain sur les questions qui vont au-delà de la politique de concurrence, comme celle du droit d'auteur, par exemple.
Plusieurs députés européens et neuf commissiaires ont également jugé les engagements de Google insuffisants, notamment le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger. (EL)