Bruxelles, 29/04/2014 (Agence Europe) - La Russie, l'Ukraine et l'UE ont convenu, vendredi 2 mai, lors de la première réunion de leurs consultations tripartites sur le différend commercial gazier russo-ukrainien, de trouver une solution d'ici à la fin mai. La Russie menace toutefois de réduire ses livraisons de gaz à l'Ukraine si Kiev ne paie pas à l'avance, en mai, son approvisionnement pour juin.
Une première réunion, le 2 mai à Varsovie, entre le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger, le ministre russe de l'Énergie, Alexander Novak, et le ministre ukrainien de l'Énergie, Iouri Prodan, dans le cadre de consultations sur la sécurité énergétique en lien avec la dette ukrainienne de 2,2 milliards de dollars à l'égard du gazier russe Gazprom, a permis d'arrêter un calendrier pour trouver une solution d'ici à la fin mai.
« Les parties ont discuté des moyens d'assurer au mieux l'approvisionnement en gaz (russe) et son transit (via l'Ukraine), incluant les préoccupations au sujet de la dette de l'Ukraine et le prix du gaz pour son approvisionnement », a résumé la Commission, à l'issue d'une réunion qualifiée de « constructive ». « Les parties ont aussi discuté des méthodes pour accroître la transparence et la fiabilité des flux de gaz et du stockage de gaz ainsi que des moyens d'assurer la modernisation du marché gazier et du système de transport gazier ukrainiens », a-t-elle ajouté. « Malgré des différences de points de vue, l'Ukraine et la Russie ont toutes deux montré une volonté de discuter de questions encore ouvertes (…) Les parties ont convenu que cette réunion était la première étape d'un processus visant à assurer l'approvisionnement en gaz de l'Ukraine et de l'UE, à court et à long terme », a précisé la Commission. MM. Oettinger, Novak et Prodan se retrouveront à la mi-mai, « en vue de trouver une solution d'ici la fin mai ». Enfin, « toutes les parties ont confirmé que les flux de gaz ne seront pas interrompus aussi longtemps que des discussions trilatérales seront en cours ».
Devant la presse, le commissaire Oettinger s'est voulu optimiste, se félicitant d'avoir fixé avec ses homologues russe et ukrainien « un calendrier ambitieux » pour éviter les coupures de gaz. « Il s'agit d'arriver à un accord avant la fin mai pour que les mois de juin, juillet et août puissent être utilisés pour stocker le gaz », a-t-il indiqué devant la presse. « Il est clair que Gazprom, Ukrtransgaz et Naftogaz veulent tout faire pour remplir leurs engagements concernant les livraisons (de gaz russe) aux pays membres de l'UE », a-t-il ajouté, soulignant que « cela ne pouvait pas être totalement garanti ». Le réseau de gazoducs ukrainiens, géré par Ukrtransgaz, filiale de Naftogaz, assure le transit de 65 des 133 milliards de m3 de gaz achetés par les pays de l'UE, dont les achats à la Russie couvrent 25% des besoins, selon les données de la Commission pour 2013.
La partie est toutefois loin d'être gagnée, tant les positions de Moscou et Kiev semblent figées. De son côté, le ministre russe, Alexander Novak, a réitéré devant la presse la menace que la Russie réduise ses livraisons de gaz à l'Ukraine faute de prépaiement en mai des approvisionnements de juin, puisque Kiev n'a toujours pas réglé son arriéré de 2,2 milliards de dollars pour les trois derniers mois. Le ministre ukrainien, Iouri Prodan, a pour sa part assuré du respect par Kiev de « tous les accords » en matière de transit. M. Prodan a aussi répété que Kiev était disposée à payer la totalité de sa dette gazière, pourvu que Gazprom ramène son prix à 268,5 dollars les 1 000 mètres cubes, contre 485 dollars actuellement. Le prix de 268 dollars avait été fixé en décembre 2013, dans le cadre d'un accord entre Moscou et Kiev, avant la chute de l'ex-président pro-russe Viktor Ianoukovitch, destitué en février, et l'annexion de la Crimée par la Russie. Un tarif relevé par Gazprom, début avril, pour le deuxième semestre. Vendredi, le ministre ukrainien a aussi répété la menace de l'Ukraine de poursuivre le gazier russe devant les tribunaux.
Oettinger pour un prix du gaz russe unique pour l'UE. Avant la première réunion trilatérale, une entrevue entre le commissaire Oettinger et le premier ministre polonais, Donald Tusk, a montré une forte convergence de vues sur le concept d'union de l'énergie promue par la Pologne. « J'ai entendu avec la plus grande des satisfactions que [ce] concept correspond presque à 100% au travail effectué par la Commission. Nous souhaitons que ces deux projets se rencontrent au Conseil européen de juin », a commenté M. Tusk. Les deux hommes ont convenu du besoin de mettre en place un groupe d'experts sur l'achat en commun du gaz, pour discuter des aspects juridiques, logistiques, financiers et organisationnels d'un tel système.
Le commissaire Oettinger a plaidé pour que les prix du gaz russe soient désormais identiques pour tous les États membres de l'UE, l'Ukraine, la Géorgie et les pays des Balkans. « Nous voulons que le prix du gaz soit uniformisé dans le marché commun européen », a-t-il insisté. « Les pays de l'UE n'accepteront pas de se soumettre au jeu du 'diviser pour mieux régner' ou à sa variante proposée par Moscou », a ajouté M. Oettinger, notant qu'« il y a une grande différence de prix (d'un pays à l'autre). Plus la part de gaz russe est importante et plus le monopole russe dans l'approvisionnement est fort, plus les prix sont élevés ». (EH)