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Bulletin Quotidien Europe N° 11071
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Rétablir un peu de confiance et d'optimisme dans les affaires européennes

Les eurosceptiques ne gagneront pas. Dans la perspective de l'élection du nouveau Parlement européen, le moment du pessimisme est arrivé. On annonce que le résultat sera le recul de l'idée communautaire, en faveur d'un retour aux autonomies des États membres, considérés comme seuls garants des intérêts nationaux. Je ne partage pas cette prévision: je ne crois pas à la victoire électorale des eurosceptiques.

Certes, les mécontents de la situation actuelle existent et ils n'ont pas toujours tort. Mais je ne pense pas que leur objectif soit de démolir l'unité européenne ou de faire sortir leur pays de l'UE: ils veulent des changements. Or, les citoyens ont la faculté de déplacer leur soutien d'une force politique à une autre ou de s'abstenir de voter, comme signal de mécontentement, sans pour autant préconiser le retour aux autonomies nationales. Dans un monde où le poids géographique et économique de l'Europe diminue, un État membre isolé représenterait moins que rien et je crois que les gens le comprennent. C'est pourquoi, à mon avis, ceux qui sont déçus de l'Europe actuelle ne voteront pas pour le retour aux autonomies nationales, qui signifierait l'impuissance définitive. Dans plusieurs États membres, les abstentions seront nombreuses par insuffisance d'élan communautaire ; mais qui pourrait souhaiter le retour aux haines et aux conflits du passé ? On sait bien d'ailleurs que les pays européens pas encore membres de l'UE n'aspirent qu'à y entrer.

Dans ce contexte général, pour les jeunes, la situation est complexe. Ils n'ont pas connu les guerres ruineuses du passé et ressentent la situation actuelle dans laquelle ils sont nés comme normale et acquise pour toujours. Ils ignorent les frontières, devenues presqu'inexistantes ; ils effectuent les études universitaires dans des pays différents grâce à Erasmus ; par moments, ils ne savent pas dans quel État membre ils se trouvent, car le passage de l'un à l'autre n'est même pas indiqué ; ils considèrent la monnaie unique comme banale et ils sont conscients que, souvent, la possibilité de trouver un emploi réside dans la faculté de déplacer leur résidence dans un autre État membre.

Conclusion de ce petit tour d'horizon: je ne crois pas que le nouveau Parlement européen sera eurosceptique. Et pour les jeunes, Erasmus gagnera contre le rétablissement des frontières nationales.

L'autre méthode. De toute manière, il faut le rappeler, la porte de sortie est toujours ouverte. C'est peut-être la raison pour laquelle une tactique différente que le rejet des élections européennes a été choisie en France par Marine Le Pen pour rétablir les autonomies nationales: créer au sein du PE, avec quelques alliés d'autres États membres, un groupe parlementaire (25 élus sont suffisants) ayant pour objectif de démolir de l'intérieur cette Europe malfaisante en rétablissant en son sein les autonomies nationales. Dans ce but, Mme Le Pen a inséré en tête de sa liste les personnalités les plus connues de son parti, afin d'arracher le maximum d'élus. On ne doit pas oublier qu'en ce moment les difficultés internes françaises se répercutent lourdement sur l'Europe et que Mme Le Pen, compte tenu de la crise des socialistes et des divisions du centre-droit, aspire tout simplement à diriger le premier parti national.

Si les progrès européens étaient mieux connus… On pourrait dire, en simplifiant, que ce sont actuellement les difficultés internes de plusieurs États membres qui se répercutent sur l'UE comme ensemble. La confiance pourrait être plus aisément rétablie si les opinions publiques étaient davantage au courant des progrès en cours dans plusieurs aspects de la construction européenne. Ils sont considérables, ils représentent souvent l'aboutissement d'années de travaux techniques et de négociations institutionnelles impliquant dans chaque cas des avantages pour le fonctionnement et l'efficacité de l'Europe, au bénéfice de ses citoyens. Mais les effets concrets sont logiquement progressifs. Prenons par exemple un bulletin récent, EUROPE 11066 ; il cite une série d'initiatives ou réalisations: - nouvelle Communauté européenne de l'énergie, qui va être discutée par le sommet européen de juin ; - relance d'une Europe fédérale, qui permettrait, en plus de la signification politique, d'économiser 800 milliards d'euros par an ; - gestion efficace des flux croissants d'immigrés clandestins ; - action commune à l'égard du tabac, essentielle aussi bien pour la santé publique que pour les rentrées fiscales ; - contrôle de la corruption et des gaspillages dans les Institutions elles-mêmes. Ces exemples sont presqu'insignifiants face au renforcement des contrôles sur les dépenses nationales, dans des domaines tels que les politiques communes de l'agriculture et de la pêche, l'utilisation par les États membres des financements communautaires ou encore les nouvelles disciplines enfin introduites dans les domaines financiers et bancaires. (FR)

 

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