Bruxelles, 25/03/2014 (Agence Europe) - « Peu de surprises », les derniers indicateurs sociaux et d'emploi restent dans le rouge, comme ils le sont depuis plusieurs années: c'est le constat amer par lequel s'ouvre la dernière édition du « Benchmarking Working Europe », publié conjointement par l'Institut syndical européen (ETUI) et la Confédération européenne des syndicats (CES), lundi 24 mars.
Tout comme ils l'ont fait dans les éditions précédentes, l'ETUI et la CES décryptent en détail dans leur nouveau rapport annuel les conséquences en Europe de la crise financière et économique de 2008. Une telle démarche reste nécessaire, selon eux, car la notion même de crise ne peut être encore écartée dans l'analyse de la situation actuelle. L'Europe reste en effet plongée dans un cercle vicieux, « qui génère de la récession dans certains pays, ainsi qu'une augmentation des inégalités sociales, en parallèle avec l'affaiblissement des mécanismes de solidarité nationale et du démantèlement des modèles sociaux nationaux, des traditions et des pratiques de consultation et de dialogue social ».
Ce cercle vicieux est-il la conséquence de la crise de 2008 ou est-il alimenté maintenant par les seules politiques d'austérité ? La réponse à cette question ne va pas de soi. Mais le passage amorcé en 2010, en l'espace d'à peine quelques mois, d'une politique de relance à une politique d'assainissement drastique des budgets nationaux fait pencher la balance, selon ce rapport, vers la seconde explication: c'est bien l'austérité qui conduit aujourd'hui à une sorte de récession sociale en Europe et empêche toute reprise durable de la croissance.
Selon ce rapport, ce sont principalement « les créanciers » - qui ont pris la forme de la fameuse 'troïka' (FMI, Commission européenne et BCE) - qui en sont les principaux responsables, en ayant placé en 2010 la question de la dette et du déficit public au centre de la réflexion sur la manière de répondre à la crise. Mais cette politique d'urgence s'est traduite aujourd'hui en une approche de politique économique permanente, qui se matérialise par les règles du 'Six Pack' ou par le processus du 'Semestre européen'. Or, l'ETUI et la CES rappellent dans l'introduction de leur rapport que le fondement même de ces politiques, « adoptées en Europe à partir de 2010, était en fait l'objet de controverses véhémentes au sein de la troïka elle-même ». D'où la conclusion qu'« au niveau du débat théorique, l'austérité n'est pas la seule option disponible ».
En sept chapitres, le rapport construit ainsi son argumentation pour arriver à la conclusion que « l'Europe est à mi-chemin d'une décennie perdue » et que les objectifs de la stratégie EUROPE 2020 deviennent de facto caducs. Les faits exposés dans le rapport, qui sont souvent interconnectés, se déclinent comme suit, pour presque l'ensemble des États membres: les politiques de « dévaluation interne » (réduction du coût du travail) ont été contreproductives ; le chômage se maintient à un niveau record, avec une baisse sensible de la qualité des emplois disponibles ; le risque de pauvreté est en hausse constante ; le droit du travail est dérégulé d'une manière qui est parfois contraire aux droits fondamentaux ; il y a une pression à la baisse des salaires et pour la décentralisation de la négociation collective ; la santé et la sécurité sur les lieux de travail se dégradent. (JK)