Bruxelles, 21/03/2014 (Agence Europe) - Les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-huit se sont contentés, vendredi 21 mars, de fixer un cap, d'établir une feuille de route et d'énoncer les éléments qu'il y aura lieu d'explorer plus avant pour qu'une décision soit prise au Conseil européen d'octobre sur le futur cadre d'action pour les politiques en matière de climat et d'énergie à l'horizon 2030. C'est là le résultat de la première discussion qu'ils ont eue à ce sujet, sans convenir à ce stade du moindre objectif chiffré, mais la chose était entendue (EUROPE 11041). À la demande de Mme Helle Thorning-Schmidt, le Premier ministre danois, le Conseil européen s'est toutefois montré plus précis qu'escompté puisque le projet de conclusions initial prévoyait seulement un accord « avant la fin de l'année », comme le souhaitait la Pologne. La chancelière allemande, Angela Merkel, a, pour sa part, obtenu qu'il soit spécifié que les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne fassent le nécessaire pour préparer cette décision.
Le Conseil européen salue la proposition de la Commission (une réduction contraignante d'au moins 40% des émissions de gaz à effet de serre, un objectif européen de 27% pour les renouvelables, la création d'une réserve de stabilité du marché européen du carbone) comme une base de travail solide et invite cette dernière à lui présenter en juin l'analyse des implications pour chaque État membre des objectifs européens concernant la réduction des émissions et les énergies renouvelables (le Royaume-Uni a obtenu que soit précisé qu'il s'agit bien des objectifs européens), les mécanismes qui permettront un partage équitable du fardeau entre les États membres, les mesures pour prévenir les fuites de carbone pour les entreprises énergivores fortement exposées à la concurrence internationale, la révision de la directive « Efficacité énergétique » et l'élaboration d'un cadre pour l'efficacité énergétique.
Pour les négociations internationales, le Conseil européen confirme que l'UE présentera son objectif spécifique pour l'horizon 2030 avant le 31 mars 2015 (fin du premier trimestre) au plus tard. Cela donnera à l'UE le temps d'analyser les contributions mises sur la table par les autres grandes économies au sommet des chefs d'État convié le 23 septembre 2014 à New York par Ban ki-moon et d'être prête pour la conférence climatique mondiale de Paris (COP 21), où doit être conclu un accord mondial pour l'après-2020. Toujours réticente à l'idée que l'UE dévoile un objectif ferme, si les autres parties aux négociations n'en font pas autant, la Pologne ne voulait pas entendre parler de nouvel objectif de l'UE. Elle a obtenu que l'on parle « d'objectif spécifique de l'UE ».
Le Conseil européen souligne les progrès accomplis par l'UE pour atteindre les objectifs des « trois 20 » et précise qu'ils devront être pleinement réalisés en 2020. Or, pour l'efficacité énergétique, l'UE n'est en qu'à 16,8%. La directive Éfficacité énergétique doit être transposée en juin prochain et la proposition de révision est attendue en septembre.
« Les objectifs 2030 seront tout à fait conformes à nos objectifs 2050 », a assuré à la presse Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, s'est félicité de cette « grande discussion sur le climat et l'énergie, la première depuis 2009 » et a rappelé que l'UE est en voie d'atteindre ses objectifs 2020 (les trois 20).
François Hollande, qui sera l'hôte de la COP 21, a déclaré «Je suis pleinement mobilisé car je veux qu'on puisse avoir un accord en 2015. Non pas car la France l'organise (…) mais car je considère qu'après l'échec de Copenhague, s'il y avait un échec à Paris il n'y aurait plus d'engagement à l'échelle planétaire pour la réduction du réchauffement de la planète. » Et d'ajouter: « L'Europe devra elle-même déterminer sa position. Elle le fera par étape. On aurait préféré que cela soit délibéré dès mars. Aujourd'hui, c'est la fixation des principes. Dans un deuxième temps en juin, il s'agira de déterminer les orientations précises. Dans un troisième temps, ce sera la position précise, après la conférence de l'ONU et avant Paris. »
David Cameron, le Premier ministre britannique, est sur la même ligne: « Nous voulons que l'UE joue un rôle de leadership dans l'effort requis pour sécuriser un accord climatique global l'an prochain à Paris, ce qui exige un accord rapide sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et je soutiens pleinement la proposition visant une réduction de 40% », a-t-il dit.
Marc Rutte, le Premier ministre néerlandais, a insisté sur l'étroite imbrication des dossiers climat et énergie. « En Europe, c'est très important de trouver une solution au problème du climat et, en même temps, nous avons aussi beaucoup à faire dans le domaine de la sécurité énergétique sur le long terme, les deux faces d'une même médaille. Les pays doivent garder leur souveraineté et choisir quel mix énergétique, leurs priorités, leurs mesures ».
Donald Tusk, le Premier ministre polonais, est ravi des conclusions a minima du Conseil européen «S'agissant de ce qui nous inquiétait, à savoir les propositions d'inscrire de nouveaux points quant aux engagements climatiques, on a réussi à négocier qu'il ne soit pas question aujourd'hui de nouveaux engagements climatiques et qu'il ne soit pas question d'ambition climatique plus élevée. Ces deux mots clés pour nous, à savoir 'new' et 'more', ont disparu du texte », s'est-il félicité
Il en va autrement pour Martin Schulz, président du Parlement européen, dont l'institution est beaucoup plus ambitieuse. S'exprimant la veille devant le Conseil européen, il avait rappelé que le Parlement demande trois objectifs contraignants (40% pour la réduction des émissions, 30% pour les renouvelables, 40% d'économies d'énergies) et appelé à la présentation rapide de propositions d'objectifs contraignants en matière d'efficacité. « Le Parlement souhaite que vous vous accordiez au plus vite sur une réduction des émissions de CO2 de 40%, et, ce, grâce à un système d'échange de quotas d'émissions efficace et compte tenu des possibilités de chacun des pays. Nous avons besoin de cet accord pour rassurer les entreprises et leur permettre de faire des prévisions, pour asseoir notre crédibilité internationale en tant que pionniers de la lutte contre le changement climatique et pour exercer une influence positive sur les négociations à venir sur le climat. Il serait dès lors utile que vous parveniez à un accord avant le sommet sur le climat qui se tiendra à New York en septembre », avait-il déclaré. (AN avec CG, El, JK, EH)