Bruxelles, 21/03/2014 (Agence Europe) - Les dirigeants européens attendent pour leur réunion de juin un plan d'action de la Commission proposant des mesures pour soigner le talon d'Achille de l'UE.
Il faut d'urgence chercher des alternatives au gaz russe: tel est le message qu'ont délivré les chefs d'État et de gouvernement de l'UE, réunis les 20 et 21 mars à Bruxelles, pour un sommet européen largement dédié à la crise ukrainienne. Il ne s'agit plus seulement de se prémunir contre de possibles interruptions des approvisionnements, comme en 2009, lorsque la Russie ferma son robinet pour punir l'Ukraine, affectant par la même occasion une douzaine d'États membres. À la lumière de tensions sans précédent depuis la Guerre froide, les Vingt-huit ne veulent plus dépendre d'une Russie agressive qui redessine les frontières de l'Europe.
« Les questions de la dépendance énergétique et des prix de l'énergie importent pour la compétitivité industrielle. Et pour notre politique étrangère. Si nous n'agissons pas maintenant, nous serons dépendants des exportations étrangères pour un maximum de 80% de notre pétrole et de gaz d'ici 2035. Aujourd'hui, nous avons envoyé un signal clair selon lequel l'Europe passe à la vitesse supérieure pour réduire sa dépendance énergétique, en particulier à l'égard de la Russie », a insisté le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à l'issue des travaux vendredi. Si la part du gaz russe dans les importations de l'UE a baissé de 45% en 2003 à près de 30% en 2013, treize États membres dépendent toujours à plus de 50% des fournitures russes, dont six à 100% (Finlande, Slovaquie, Bulgarie et les trois États baltes). L'Allemagne, elle, consomme un tiers du gaz russe importé dans l'UE. Après un débat animé entre 28 pays aux intérêts et soucis gaziers différents à l'égard de Moscou, les Vingt-huit se sont mis d'accord sur les contours d'une stratégie pour réduire la dépendance énergétique de l'UE de l'extérieur, que l'on discerne à la lecture des conclusions du sommet.
Première priorité: l'achèvement rapide du marché unique de l'énergie - l'objectif politique restant 2014 - pour assurer le transfert sans problème des surplus énergétiques d'un État membre à un autre et développer des interconnexions pour rompre d'ici 2015 l'isolement des États membres les plus périphériques à l'égard des réseaux européens de gaz et d'électricité. Pour ce faire, les Vingt-huit doivent redoubler d'efforts pour mettre en oeuvre le 3ème paquet de libéralisation et atteindre l'objectif - vieux de plus d'une décennie ! - consistant à assurer qu'au moins 10% des capacités de production d'électricité installées dans chaque État membre soient interconnectés aux réseaux des États membres voisins. La Commission est à cet égard chargée de proposer d'ici juin des objectifs spécifiques d'interconnexion à atteindre d'ici 2030, pour une décision en octobre. Une attention particulière devra être portée aux interconnexions avec les parties périphériques et moins bien connectées au marché unique, y compris à travers les flux inversés.
Deuxième priorité: « intensifier les efforts visant à réduire les taux élevés de dépendance du gaz en Europe, en particulier pour les États membres les plus dépendants ». Le Conseil européen a donc chargé la Commission de conduire, d'ici juin, une étude approfondie sur la sécurité énergétique et présenter un plan d'action pour réduire la dépendance énergétique de l'UE. Ce plan devra refléter le besoin accru pour l'UE de diversifier son approvisionnement énergétique, d'accroître son pouvoir de négociation avec les pays tiers, de poursuivre le développement des renouvelables et des autres sources énergétiques locales et de coordonner le développement des infrastructures. Concrètement, les Vingt-huit insistent sur le besoin d'interconnexions avec la péninsule ibérique et la région méditerranéenne, et d'autres pays tiers, le cas échéant. Mais aussi des actions solidaires entre les États membres en cas de perturbations soudaines de l'approvisionnement dans d'autres États membres. Ils demandent aussi d'autres mesures pour soutenir le développement du corridor Sud, y compris de nouvelles routes à travers l'est de l'Europe, et l'examen des moyens de faciliter les exportations vers l'UE de gaz naturel d'Amérique du Nord - dont la production est dynamisée avec la révolution du schiste - notamment dans le cadre des négociations TTIP UE/États-Unis. Plus de transparence des accords intergouvernementaux dans le domaine de l'énergie est également requise. Enfin, le Conseil européen prône une modération de la demande énergétique grâce à une efficacité énergétique accrue.
Troisième priorité: modérer les coûts énergétiques supportés par les utilisateurs finaux (ménages et entreprises) à la lumière des préoccupations en matière de compétitivité industrielle, autre thème phare du sommet. Le Conseil européen demande des « efforts soutenus » en ce sens, sur la base de l'analyse de la Commission sur les prix et coûts de l'énergie, dévoilée en janvier. Des efforts qui devraient notamment être consentis en favorisant la transition progressive des mécanismes de soutien aux renouvelables vers un système de marché plus efficace au regard des coûts et vers une convergence des régimes d'aides nationaux après 2020, mais aussi en s'appuyant sur des investissements dans l'efficacité énergétique et la maîtrise de la demande, et sur la promotion des ressources intérieures et de la concurrence sur les marchés de fourniture de gaz. Le choix est évidemment laissé aux États membres de « prendre les mesures appropriées pour réduire les coûts selon les modalités les mieux adaptées à leur situation ». Le Conseil européen a en outre chargé la Commission de faire un examen approfondi des différentes pratiques nationales concernant les composantes 'taxes/impôts' et 'coûts de réseau' des coûts de l'énergie, afin de réduire leurs répercussions négatives sur les prix.
Évoluer vers une union énergétique. « Les dirigeants européens sont prêts à maximiser leur prise en main collective. L'Europe s'est construite sur la base d'une communauté du charbon et de l'acier. Soixante-quatre ans plus tard, et dans de nouvelles circonstances, il est clair que nous devons évoluer vers une union énergétique », a finalement résumé M. Van Rompuy. « Une stratégie de négociation commune pour les achats du gaz serait le meilleur moyen et le plus rapide pour rendre indépendante l'Europe de cette menace de diktat de la part de la Russie, mais je comprends les problèmes de certains pays, où des entreprises privées, avec une participation russe, décident de ce qui se passe sur les marchés du gaz », a commenté le Premier ministre polonais, Donald Tusk. « Le gaz américain pourrait être une option. Mais toute l'énergie économisée n'a pas à être importée », a estimé pour sa part la chancelière allemande, Angela Merkel. (EH avec AN/MB/MD/CG/EL/JK)