Bruxelles, 21/03/2014 (Agence Europe) - La Commission européenne et les députés européens, de même que, notamment, Angela Merkel, la chancelière allemande, ont vigoureusement protesté, vendredi 21 mars, contre l'annonce du blocage par la Turquie de l'accès à Twitter.
La vice-présidente de la Commission européenne et commissaire en charge de la stratégie numérique, Neelie Kroes, a vivement dénoncé dans la nuit de jeudi à vendredi l'annonce du blocage par la Turquie de l'accès à Twitter. « L'interdiction de Twitter en Turquie est sans fondement, inutile et lâche », a affirmé la commissaire européenne. « Le peuple turc et la communauté internationale verront cela comme un acte de censure. Ce qui est bien le cas », a-t-elle indiqué, en choisissant de réagir précisément sur son compte Twitter. Elle rappelle que « la liberté d'expression est fondamentale ». Ce message a aussitôt été retweeté à plus de 1 000 reprises au cours des dix premières minutes, faisant du message de Mme Kroes le tweet le plus largement partagé par ses followers. La commissaire a également exprimé son soutien aux citoyens turcs: « Je veux que le peuple et les utilisateurs de Twitter sachent que l'on est avec eux. C'est un triste jour contre la démocratie et contre les valeurs européennes. Ce n'est pas acceptable. M. Erdogan prend la mauvaise direction. C'est tout le contraire de ce que le gouvernement turc nous avait promis lors de mes dernières discussions avec lui ».
Au nom de la Commission européenne, Stefan Füle, le commissaire responsable de l'élargissement, et donc des négociations d'adhésion avec la Turquie, a estimé que la décision des autorités turques « jette le doute sur l'engagement pris par la Turquie de respecter les normes et les valeurs européennes ». « La liberté d'expression, droit fondamental dans toute société démocratique, implique le droit de recevoir et de donner des informations et des idées sans ingérence des autorités publiques », a ajouté M. Füle.
« Bâillonner Internet, les médias sociaux et la liberté de la presse, et ne pas respecter l'indépendance des magistrats ne sont pas de bonnes recettes pour que la Turquie puisse relever les défis du 21ème siècle et certainement pas la bonne façon de rapprocher la Turquie de l'UE », a affirmé de son côté le président du Parlement européen, Martin Schulz.
« (Le Premier ministre turc Recep Tayyip) Erdogan a perdu tout sens de l'orientation et de l'équilibre. Interdire un réseau de médias sociaux avec dix millions d'utilisateurs en Turquie n'est rien de moins qu'une atteinte flagrante à la liberté d'expression », a dénoncé le président du groupe S&D au Parlement européen, Hannes Swoboda. « La législation anti-terroriste d'urgence ne justifie pas de restreindre les droits de dix millions de personnes », a-t-il ajouté, précisant que, si le Premier ministre se moque de la communauté internationale, celle-ci « se soucie des droits du peuple turc ».
Même son de cloche chez les verts au PE qui, par la voix de Hélène Flautre, co-présidente de la commission mixte UE-Turquie, estiment que le blocage complet de Twitter « illustre la dérive inquiétante du gouvernement Erdogan et son mépris pour la liberté d'expression et d'information ». Ce blocage, ajoute la parlementaire, « est d'autant plus inacceptable que la Turquie est en pleine période de campagne électorale: limiter l'accès à l'information libre en cette période est particulièrement grave ».
Mme Ria Oomen-Ruijten (PPE, néerlandaise), eurodéputée rapporteur sur la Turquie au Parlement européen, a fermement condamné l'interdiction de Twitter: « Bloquer les médias sociaux est inacceptable dans une démocratie qui fonctionne et où l'État de droit existe. Je demande au gouvernement turc de résoudre ce problème sans retard. Les citoyens turcs devraient être en mesure d'exprimer leur opinion aussi bien en ligne qu'en dehors du net ». « Les développements récents et l'absence de dialogue constructif entre l'UE et la Turquie ont affaibli la base des négociations. J'ai demandé au ministre turc des Affaires européennes de me fournir des explications complètes », conclut l'eurodéputée.
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a menacé, jeudi 20 mars, d'interdire Twitter après la publication sur les réseaux sociaux d'enregistrements d'écoutes téléphoniques qui le mettent directement en cause dans un scandale de corruption. « Nous allons supprimer Twitter. Je me moque de ce que pourra dire la communauté internationale », a-t-il lancé devant des milliers de partisans lors d'un rassemblement électoral à huit jours du scrutin municipal du 30 mars. Au début du mois, le chef du gouvernement islamo-conservateur avait déjà menacé d'interdire YouTube et Facebook. (CG, avec LC, IL et FG)