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Bulletin Quotidien Europe N° 11007
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SOCIAL / (ae) social

L'équilibre entre performance et lien social est rompu dans l'UE

Bruxelles, 29/01/2014 (Agence Europe) - La baisse de la performance de l'UE depuis l'année 2008, c'est-à-dire de sa capacité à améliorer le niveau de qualité et d'efficacité du travail, ne s'explique pas que par une perturbation cyclique. Elle découle plutôt d'un malaise plus profond, qui touche au coeur du système de gouvernance démocratique. De ce diagnostic, l'Observatoire du dialogue et de l'intelligence sociale (ODIS) tire, dans son rapport sur « L'état social de l'Europe », publié mercredi 29 janvier, une conclusion majeure: il faut mettre en place une nouvelle méthodologie de dialogue, en commençant par le lancement par les institutions européennes d'États généraux de l'Europe.

L'ODIS a adopté, depuis plusieurs années, une méthodologie atypique pour jeter un regard sur la manière dont se développe une société - dans la présente édition, il s'agit de l'Europe. Trente indicateurs statistiques publics sont employés pour construire deux indices IDIS (Indices de Développement de l'Intelligence Sociale), l'un déterminant le lien social (la capacité aÌ bien vivre ensemble) et l'autre la performance (la capacité à bien faire ensemble). Les nombreuses cartographies ainsi construites permettent de jeter un regard frais sur la manière dont a évolué l'UE. D'une manière générale, entre 2004 et 2008, l'indice du lien social a fortement progressé, alors que celui de la performance globale s'est amélioré, mais peu. Tout bascule en 2008 avec la vague de la crise financière qui traverse l'Atlantique. L'évolution du lien social a stagné et la performance a baissé.

Dans la préface de ce rapport, le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, évoque « la pertinence » de l'association de ces deux indices, à l'heure où « chacun perçoit que le risque de dislocation du lien social pourrait menacer la pérennité même du projet européen ». La conscience de ce risque n'est toutefois pas un gage suffisant pour avoir une réponse adéquate. Et la réponse proposée par l'ODIS sort des chantiers de réflexion habituels, même si le raisonnement premier, qu'« il n'y a de performance durable qu'avec une cohésion sociale intégrant toutes les parties prenantes » et qu'« il n'y a de cohésion sociale durable qu'avec une performance pour toutes les parties prenantes », s'apparente à une formulation tautologique. En croisant l'évolution des deux indices IDIS, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il existe un principe clé qui permet d'assurer un équilibre entre les deux, c'est celui de la « mutualisation de l'information », a expliqué à EUROPE Jean-François Chantaraud, directeur général de l'ODIS, mardi 28 janvier.

Selon lui, la baisse dans l'UE de la performance et la stagnation de la progression du lien social constituent un défi plus fondamental que le laissent croire certains analystes économiques. Cela nécessite une véritable « remise en question », afin de « réinventer la démocratie représentative » et inclure le citoyen dans « un processus de réflexion interactive préalable aÌ la décision politique ». Le rapport se penche ainsi longuement sur ce que cela signifie et quelles sont les modalités de la mise en oeuvre d'une telle « démocratie participative ». La « mutualisation de l'information » ne signifie rien de plus que de proposer aux citoyens européens une chaise autour de la table du législateur et de l'exécutif, afin que « l'Europe entraîne ses citoyens dans la co-construction d'une société nouvelle et innovante ».

De formulations relativement abstraites, le rapport passe rapidement à des propositions concrètes. La Commission devrait lancer des « États généraux de l'Europe » afin de construire, avec des personnalités hétérogènes, une trentaine « de kits thématiques de débat public », notamment sur la santé, les médias, l'énergie, l'immigration, la fiscalité ou la défense. Ces « outils » seraient ensuite déployés pour que tous les thèmes soient discutés et évalués dans toutes les strates de la société européenne. Pour l'ODIS, une stratégie globale pour l'Europe de demain en résulterait, tout en modifiant profondément la gouvernance européenne, en améliorant son efficacité et en construisant une nouvelle « culture de responsabilité intellectuelle des citoyens ». Sans évaluer la faisabilité d'un tel projet, M. Barroso a tenu à saluer cet « effort remarquable consistant (…) à mettre en relief des pistes pour notre réflexion commune et un débat politique informel » et à « stimuler et structurer le débat public et inciter les citoyens aÌ devenir acteurs plutôt que spectateurs ». (JK)

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