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Bulletin Quotidien Europe N° 10962
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

Déséquilibres macroéconomiques, la CE ne 'critique pas' Berlin

Bruxelles, 13/11/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne a insisté de manière répétitive sur le fait qu'elle ne critiquait en aucun cas la compétitivité extérieure de l'Allemagne, mercredi 13 novembre, en présentant notamment un rapport relatif au mécanisme d'alerte pour déséquilibre excessif, qui épingle (entre autres) Berlin pour la première fois (EUROPE 10961). La Commission a annoncé son intention de préparer des rapports approfondis sur seize États membres, soit trois de plus qu'en février dernier, à savoir l'Allemagne, le Luxembourg et la Croatie.

« Ce que nous lançons ici est un examen approfondi », une procédure « presqu'automatique » et par ailleurs « inévitable » dans le cas de l'Allemagne, celle-ci dépassant les seuils indicatifs de quatre indicateurs, a précisé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Cela concerne notamment la dépréciation du taux de change effectif réel, les pertes de parts de marché dans les exportations et l'excédent des comptes courants. « L'Allemagne a affiché un excédent commercial important (…) qui justifie d'enquêter », a précisé M. Barroso. Un excédent commercial persistant, a par ailleurs insisté M. Rehn, « signifie aussi que les Allemands investissent constamment une large part de leurs économies à l'étranger, la question est de savoir si cela est efficace, même de la perspective allemande ». M. Rehn a également rappelé que les recommandations spécifiques par pays restaient valides. Celles-ci demandaient à Berlin de baisser la fiscalité sur les bas salaires, de stimuler la demande intérieure et d'accroître la concurrence dans les services.

M. Barroso a ajouté que la rédaction d'un rapport approfondi sur Berlin ne devait pas être perçu comme un désaccord de l'institution bruxelloise avec la compétitivité extérieure allemande. « L'Allemagne est le moteur de la croissance européenne », a souligné le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, ajoutant que sa compétitivité et son succès sur les marchés financiers sont ce que la Commission voudrait pour chaque État membre. La question est plutôt de savoir « si l'Allemagne pourrait en faire plus pour aider au rééquilibrage de l'économie de l'UE », a précisé M. Barroso. Il n'a pas voulu préjuger des conclusions futures de ce rapport. M. Rehn a, quant à lui, regretté que cela ait été dépeint comme une question controversée dans les médias. « Nous voudrions plus d'Allemagne » dans l'UE, a encore ajouté M. Barroso, pour lever toute ambiguïté sur la démarche de la Commission à l'égard de Berlin.

Les autres pays nouvellement confrontés à un tel examen sont le Luxembourg et la Croatie. Pour le Luxembourg, les indicateurs au-dessus de la moyenne sont l'excédent des comptes courants, les coûts unitaires du travail, la dette du secteur privé et la perte de part de marché dans l'exportation. Pour la Croatie, l'attention est portée sur la position extérieure du pays, mais également sur sa situation interne, notamment le taux élevé du chômage. Pour ces deux pays, ainsi que l'Allemagne, la Commission compte déterminer si ces déséquilibres existent.

Pour les treize autres États, l'approche de l'examen sera différente. En ce qui concerne l'Espagne et la Slovénie, il sera question d'évaluer la persistance et la correction des déséquilibres identifiés en avril dernier. Pour la France, l'Italie et la Hongrie, dont les déséquilibres ont également été pointés lors du cycle précédent d'examen, il s'agira d'en évaluer la persistance. Enfin, pour la Belgique, la Bulgarie, le Danemark, Malte, les Pays-Bas, la Finlande, la Suède et le Royaume-Uni, préalablement épinglés, la Commission examinera la persistance et la correction des déséquilibres.

La Commission confortée dans sa stratégie de sortie de crise. En parallèle, la Commission a publié son examen annuel de la croissance, où elle constate, ou plutôt confirme que l'économie européenne a atteint un tournant dans la crise. « Les signes d'amélioration de la situation économique devraient donc être perçus comme un encouragement à poursuivre les efforts avec détermination, en évitant les risques de retour en arrière, de relâchement ou de lassitude par rapport aux réformes », explique le rapport. La Commission préconise donc toujours un assainissement budgétaire différencié « propice à la croissance ». L'amélioration de la situation budgétaire des États (les progrès enregistrés cette année s'élèvent à 0,6% du PIB en termes structurels) « réduit l'urgence de prendre des mesures de fond ». L'assainissement devrait de préférence porter sur les dépenses publiques. Les États qui jouissent d'une plus grande marge de manoeuvre sont, en outre, encouragés à prendre des mesures concrètes pour stimuler l'investissement privé et la consommation, notamment par le biais de réductions d'impôts et des charges sociales.

Pour soutenir la relance, il est également important de rétablir le crédit à l'économie, précise la Commission dans son document. Cela passe par le nettoyage en profondeur du bilan des banques et, évidemment, la mise en place de l'union bancaire. La Commission préconise également une surveillance étroite des niveaux d'endettement du secteur privé ainsi que l'élaboration d'alternatives au financement bancaire. L'utilisation plus efficace des ressources énergétiques est également citée ainsi que l'amélioration de la mise en oeuvre de la directive sur les services, notamment du côté des restrictions sur l'accès aux professions réglementées.

« Nous ne devons pas compromettre ce que nous avons réalisé jusqu'ici », a expliqué M. Barroso, voyant dans la poursuite des efforts la manière durable pour affronter « le plus gros problème auquel nous sommes toujours confrontés: le chômage, surtout des jeunes ». La Commission a par ailleurs émis son lot de recommandations en ce sens, notamment la mise en oeuvre de la garantie pour la jeunesse ainsi qu'une évolution des salaires en ligne avec la productivité. Le commissaire à l'Emploi, László Andor, se basant sur un projet de rapport sur l'emploi, s'est inquiété du fait que la situation a encore empiré, « avec 26,8 millions de demandeurs d'emploi incapables de trouver un emploi » et « les revenus de ménages » en chute libre dans beaucoup d'États. Il a également noté des divergences grandissantes entre les situations sociales et relatives à l'emploi des États membres, en particulier au sein de la zone euro

La Commission doit présenter, vendredi 15 novembre, son évaluation des budgets nationaux pour 2014 que les États lui ont soumis en octobre dernier. Dans cette perspective, elle a déjà publié un bilan provisoire de la mise en oeuvre des recommandations spécifiques par pays endossées par le Conseil l'été dernier. Elle constate dans ce document que la situation économique de la zone euro reste préoccupante. Celui-ci conclut toutefois que les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations « montre que des mesures sont prises pour relever les défis économiques actuels ». Mais le travail n'est pas encore terminé, prévient la Commission, et pourrait nécessiter de nouvelles réformes « pour améliorer la capacité d'ajustement et la compétitivité de la zone euro ». Hors zone euro, elle épingle notamment la Croatie, soulignant que le déficit public pour les neufs premiers mois de l'année frôle 4% du PIB, soit un chiffre supérieur à ce qui était prévu pour l'année entière. La Commission avait déjà précisé qu'elle rédigerait un rapport sur l'existence d'un déficit excessif pour la Croatie, qui pourrait in fine déboucher sur une procédure à l'encontre du pays.

L'Autrichien Hannes Swoboda, chef du S&D au Parlement européen, a estimé que la Commission « veut renforcer une reprise imaginaire ». Citant le chiffre de 0% de croissance pour 2013, il a estimé qu'il ne s'agissait pas d'une « reprise » mais d'une situation où l'UE sort « à peine de récession ». Il a reproché à la Commission de se féliciter du succès de sa politique économique. Il a toutefois accueilli favorablement le fait que la Commission épingle l'Allemagne et admette de ce fait que « les corrections doivent être faites non seulement par les États qui connaissent des déficits, mais aussi par des pays aux excédents excessifs dans les exportations ». (EL)

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