Bruxelles, 08/10/2013 (Agence Europe) - Le Fonds monétaire international (FMI) a à nouveau alimenté la polémique entourant le premier plan d'aide international accordé à la Grèce en 2010.
Le Wall Street Journal a publié, mardi 8 octobre, des comptes-rendus de réunions selon lesquels plusieurs membres du FMI jugent trop optimistes les projections de la croissance en Grèce. Pour le Suisse René Weber, même un petit écart par rapport à ces prévisions aurait pour conséquence de rendre la dette grecque insoutenable sur le long terme. L'Indien Arvind Virmani a mis en garde contre l'ampleur de la consolidation budgétaire demandée à la Grèce, la comparant à « un fardeau de mammouth que l'économie peut à peine porter ». Et, même en cas de mise en œuvre fidèle des termes du programme, le risque d'une spirale liée à la hausse du chômage combiné à une baisse des revenus budgétaires pourraient « miner le programme lui-même ». Alors que, publiquement, le FMI a assuré en juin dernier que le besoin d'une restructuration directe de la dette grecque n'était pas apparent en 2010, les transcriptions des interventions de ses membres démontrent le contraire: tous les participants y font appel ou s'étonnent que l'option n'ait pas été retenue. Le Brésilien Nogueira Batista a, par ailleurs, considéré à l'époque que le plan d'aide pouvait « ne pas être vu comme un sauvetage pour la Grèce, qui aura à subir un ajustement déchirant, mais comme un plan de sauvetage des créanciers privés du pays, principalement des institutions financières européennes ».
La Commission européenne n'a pas commenté cette nouvelle fuite provenant du FMI. Elle s'en tient à ses déclarations de juin, au moment de la fuite d'un rapport dans lequel le FMI estimait que la restructuration de la dette grecque aurait dû intervenir plus tôt. Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, avait alors indiqué n'avoir aucun souvenir d'un tel conseil émanant de Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du Fonds. « Mais je me souviens de Christine Lagarde s'y opposant », avait-il ajouté. Celle-ci était alors ministre française des Finances avant de succéder à M. Strauss Kahn.
En juin, la Commission avait également précisé que l'analyse, qui préconisait une restructuration de la dette d'entrée de jeu, ne tenait pas compte de la nature interconnectée des États de l'eurozone et donc du risque de contagion (EUROPE 10861). La dette grecque se situant en cours à un niveau difficilement viable, le FMI préconise désormais « une approche frontale » pour en réduire le fardeau alors que les Européens affirment, à ce stade, ne vouloir renoncer à aucune créance. Sur la manière de procéder, le ministre grec des Finances, Yannis Stournaras, a déclaré lundi lors d'une interview télévisée qu'il souhaitait aller vers « une obligation sur cinquante ans, ce qui signifierait que la dette serait réduite considérablement sur cinquante ans ».
En juin, piquée au vif par les critiques du FMI sur la gestion du premier plan d'aide à la Grèce, la Commission avait promis de compiler son propre rapport. Sur ce front, rien de nouveau. (EL)