Bruxelles, 09/09/2013 (Agence Europe) - Face à la menace d'un désastre industriel, le commissaire Tajani se dit favorable au gaz de schiste et juge inefficace la politique de la BCE.
Dans un entretien accordé en marge du Forum Ambrosetti (Lac de Côme, 7 septembre) au quotidien britannique Daily Telegraph, publié le 9 septembre, Antonio Tajani, ardent militant de la ré-industrialisation de l'Europe, ne cache pas son inquiétude pour l'industrie européenne devant des coûts énergétiques exorbitants et un euro surévalué qui, selon lui, anéantissent les efforts visant à inverser des années de déclin de la production industrielle. « Nous sommes confrontés à un massacre industriel systémique », déplore-t-il, prévenant que la ruée idéaliste vers les énergies renouvelables pousse les coûts de l'électricité à des niveaux intenables dans l'UE et l'empêche de rivaliser avec les États-Unis dont l'économie est relancée par la révolution du schiste.
« Je suis en faveur d'un agenda vert, mais on ne peut pas être religieux à ce sujet. Nous avons besoin d'une nouvelle politique énergétique. Nous devons arrêter de faire semblant, parce que nous ne pouvons pas sacrifier l'industrie européenne pour des objectifs climatiques qui ne sont pas réalistes et qui ne sont pas appliqués dans le monde entier », explique le commissaire à l'Industrie qui se dit, à titre personnel, favorable au gaz de schiste en Europe. La Commission doit rendre, en octobre, un projet de cadre législatif visant à régir l'exploitation de cette source alternative dans l'UE, dont la méthode d'extraction par fracturation hydraulique est largement critiquée pour ses conséquences écologiques néfastes.
Participant lui aussi au Forum Ambrosetti, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, s'est fait écho de ce sentiment et a appelé l'UE à réduire en priorité ses coûts énergétiques. « Par rapport à ses concurrents américains, l'industrie européenne paie aujourd'hui son électricité deux fois plus cher et son gaz quatre fois plus. Nos entreprises ne reçoivent pas les récompenses pour être plus efficace », a-t-il averti.
Au-delà des coûts de l'énergie, M. Tajani estime que la crise est aggravée par la politique monétaire restrictive de la Banque centrale européenne (BCE), qui n'a selon lui pas réussi à atténuer une grave crise du crédit pour les petites entreprises en Italie, en Espagne et dans la périphérie de la zone euro. « L'euro est trop fort et il est par conséquent très difficile pour nos entreprises de rivaliser avec les Chinois. Nous avons besoin d'une vraie banque centrale, comme la Réserve fédérale américaine ou la Banque d'Angleterre, désireuse de promouvoir la croissance », juge-t-il, sans ménagement. « La BCE devrait prêter aux PME, comme le fait la Banque d'Angleterre. Il est impossible de faire baisser le chômage ou de réduire notre dette publique sans une politique industrielle forte qui ravive les petites entreprises », conclut le commissaire. (EH)