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Bulletin Quotidien Europe N° 10917
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) biodiversitÉ

Espèces envahissantes, légiférer pour prévenir leurs dégâts

Bruxelles, 09/09/2013 (Agence Europe) - Pour lutter plus efficacement contre le fléau des espèces exotiques envahissantes qui se reproduisent, s'adaptent et constituent en Europe une menace croissante pour les écosystèmes et la santé humaine avec un coût économique astronomique, la Commission européenne a proposé, lundi 9 septembre, une législation qui mettra l'accent sur la prévention et la gestion d'un phénomène dévastateur pour la biodiversité, la santé publique, l'économie et la poche des contribuables européens.

Le projet de règlement adopté par le collège des commissaires européens encourage l'UE dans une approche plus harmonisée et davantage axée sur la prévention afin de renforcer l'efficacité des actions et de réduire aussi bien les coûts liés aux dommages que ceux engendrés par les interventions.

Sur plus de 12 000 espèces présentes en Europe alors qu'elles n'appartiennent pas à son environnement naturel, 15% environ sont envahissantes, et leur nombre ne fait que croître rapidement. Ces espèces peuvent même provoquer l'extinction des espères locales en propageant des maladies mortelles, y compris pour les humains victimes du moustique-tigre ou du frelon asiatique. La réparation des dommages occasionnés coûte à l'Europe au moins 12 milliards d'euros par an.

« Nous ne pouvons agir sur des milliers d'espèces exotiques envahissantes. La lutte se concentrera sur les 50 espèces les plus préoccupantes. La liste de ces espèces sera élaborée avec les États membres selon des critères fondés sur le risque, qu'il s'agisse des espèces qui ont l'impact négatif le plus grand sur la biodiversité ou des espèces causant des dommages tellement importants dans un État membre que la solidarité s'impose. C'est un nouveau domaine politique. La liste devra être dynamique et soumise à une révision au plus tard dans cinq ans », a expliqué à la presse Janez Potocnik, le commissaire à l'Environnement, en soulignant l'intérêt d'engranger de l'expérience et de disposer d'un « système gérable fondé sur une approche d'évaluation des risques ». L'objectif étant de « renforcer nos efforts pour lutter contre ce problème grave, sur la totalité de notre territoire ».

Le projet de règlement prévoit trois axes d'intervention:

1. La prévention. Les États membres organiseront des contrôles pour éviter l'introduction intentionnelle d'espèces préoccupantes. Étant donné, toutefois, que de nombreuses espèces entrent dans l'UE de façon non intentionnelle, accrochées aux marchandises qu'elles contaminent ou prisonnières de conteneurs, les États membres seront tenus d'agir pour détecter ces voies prioritaires d'introduction desdites espèces dans l'UE, d'établir des plans d'action et d'adopter les mesures correctives. « En Europe, pour le moment, nous n'avons que des mesures réactives. Nous souhaitons arrêter les espèces envahissantes avant qu'elles ne rentrent en Europe. L'objectif est d'empêcher les nouvelles espèces exotiques envahissantes d'entrer », a déclaré le commissaire. Des pays comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Canada ont déjà opté pour cette approche préventive, a-t-il fait observer.

2. L'alerte précoce et la réaction rapide. Tout État membre qui constate qu'une espèce préoccupante pour l'Union est en train de s'installer prendra immédiatement des mesures d'éradication.

3. La gestion des espèces exotiques envahissantes préoccupantes déjà installées: si une espèce préoccupante pour l'Union est déjà largement répandue, les États membres devront mettre en place des mesures visant à réduire au minimum les dommages qu'elle occasionne.

Le dispositif sera assorti d'un mécanisme d'aide à l'information: le réseau européen d'informations sur les espèces exotiques (EASIN - European Alien Species Information Network).

L'UE peut mieux faire, selon les ONG. Attendue de longue date, la proposition a été saluée par les ONG environnementales comme une avancée qui manque néanmoins d'efficacité. « C'est un premier pas en avant important, mais la limite arbitraire de 50 espèces sur les 1 500 auxquelles il faut s'attaquer entame sérieusement l'efficacité de la proposition », déclare Pieter de Pous, directeur au Bureau européen de l'environnement (BEE). Le BEE rappelle que le problème des espèces exotiques envahissantes avait été identifié dès 2010 par la Commission comme une priorité de la stratégie pour la biodiversité afin de permettre à l'UE d'atteindre ses objectifs à l'horizon 2020 et que le changement climatique, la destruction des habitats et l'augmentation du commerce multilatéral et du tourisme ne feront qu'exacerber l'ampleur du fléau. Aussi se réjouit-il de l'accent mis sur la prévention de l'introduction de ces espèces dans l'UE.

Birdlife salue le projet législatif comme « un pas en avant prometteur », mais non suffisant. « On ne peut s'attaquer avec succès aux espèces envahissantes que par une approche flexible et précautionneuse. Notre capacité à prédire quelles sont les espèces qui causeront des problèmes et où elles les causeront sera toujours incomplète. C'est pourquoi la limitation proposée à 50 espèces avec un réexamen de la liste dans 5 ans seulement est une sérieuse lacune. Il y a au moins 1 500 espèces envahissantes déjà présentes dans l'UE, et ce nombre augmente rapidement. Il nous faut un système qui nous permette d'agir de manière décisive au fur et à mesure que de nouvelles espèces arrivent. Cela implique l'introduction et l'application d'une interdiction frappant l'introduction délibérée dans l'environnement d'espèces envahissantes non autochtones, et un système de liste flexible pour les espèces problématiques. C'est la seule solution qui vaille, financièrement et économiquement », commente Dr Paul Malton, de Birdlife Royaume-Uni. Rappelant le principe du pollueur-payeur inscrit dans les traités, l'ONG déplore aussi l'absence d'un régime de responsabilité pour ceux qui introduiraient délibérément ces espèces envahissantes. Les ONG comptent sur le Parlement européen et le Conseil pour redresser la barre. (AN)

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