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Bulletin Quotidien Europe N° 10917
Sommaire Publication complète Par article 26 / 26
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1015

*** ULRICH BECK: Non à l'Europe allemande. Vers un printemps européen. Editions Autrement (77 rue du Faubourg Saint-Antoine, F-75011 Paris. Tél.: (33-1) 44738000 - fax: 44730012 - Internet: http://www.autrement.com ). Collection « Haut et fort ». 2013, 162 p., 12 €. ISBN 978-2-7467-3493-7.

Il est, pour le chroniqueur, des livres qui relèvent du supplice. D'un délicieux supplice, certes, tant leur lecture a nourri et comblé intellectuellement du début à la fin. Mais un supplice quand même car comment ensuite en rendre compte en quelques pauvres dizaines de lignes sans en trahir l'esprit et la portée, sans prendre le risque de n'en offrir qu'un pâle reflet infidèle ? Tel est bien le cas avec cet ouvrage publié initialement en allemand par un professeur de sociologie à l'Université de Munich qui enseigne actuellement à Harvard, à la London School of Economics et à la Fondation Maison des Sciences de l'Homme.

Le ton est donné dès la préface que signe Daniel Cohn-Bendit et qui, déjà, ne cesse d'interpeler et de frapper où cela fait mal. Ainsi, le trublion flamboyant qui laissera bientôt un énorme vide dans les travées du Parlement européen assène cette mise en garde: « Pour la première fois dans son histoire, l'Union européenne est affaiblie au point que sa survie est menacée ». Excessif ? Certains le prétendront sans doute. Toutefois, le Vert allemand a-t-il réellement tort lorsqu'il stigmatise la manière dont les responsables politiques, toujours plus « préoccupés par leurs affaires intérieures vampirisées par les échéances électorales », ont géré la crise en ayant en permanence une guerre de retard sur les marchés ? Se trompe-t-il vraiment lorsqu'il explique que le modèle européen voulu notamment par le Premier ministre britannique « n'est pas celui d'une Europe unie fondant sa légitimité sur la démocratisation de la mondialisation mais celui de la subversion de l'Union européenne - et finalement des États - par les marchés » ? Commet-il une erreur en emboîtant le pas à Ulrich Beck qui ne cesse, dans ces pages, d'expliquer que les capitales, en refusant de donner à l'Union le gouvernail et la boussole adéquats, « ont créé les conditions de l'avènement de l'Europe allemande » ? Est-il totalement dans l'erreur quand il résume en ces termes l'une des thèses développées avec acuité par l'auteur: « Armée de la puissance économique, la chancelière a fait preuve d'une aptitude remarquable en voyant dans le désordre généralisé l'occasion d'asseoir son pouvoir et d'imposer sa vision de l'Europe » ? Audacieux et/ou aveugles sont ceux qui oseraient prétendre qu'il n'y a pas là un fond de vérité…

Tout le propos d'Ulrich Beck vise à démonter - et dénoncer - le processus qui, ces dernières années, a conduit Berlin à s'imposer « peu à peu, sur le plan politique, comme la plus grande instance de décision en Europe » et, comme l'a indiqué l'historien britannique Timothy Garton Ash récemment, à imposer aux autres « une Allemagne européenne dans une Europe allemande », là où Thomas Mann avait, en 1953, invité et incité des étudiants de Hambourg à « aspirer non pas à une Europe allemande mais à une Allemagne européenne ». A cette fin, le sociologue confronte sa théorie de la « société du risque » à la crise européenne et à celle de la zone euro. Par cette théorie, il soutient notamment que « le recours au concept de crise donne aujourd'hui l'illusion d'un possible retour à la situation initiale, une fois la crise terminée », alors que le risque tel qu'il le définit « ne représente pas une exception - comme la crise - mais (…) devient une situation normale ainsi que le moteur d'une grande transformation politique et sociale ». En s'inspirant de Machiavel, explique-t-il ainsi, Angela Merkel a utilisé l'occasion qui s'est présentée à elle, la crise, pour transformer les rapports de force au sein de l'Union en sa faveur en érigeant en principe la tergiversation lorsqu'il s'agissait de répondre aux appels à l'aide des États endettés et en perfectionnant de plus en plus une « forme de domination non intentionnelle qui trouve sa légitimité dans l'éloge permanent de l'épargne ». En clair, « Merkiavel », ainsi que la surnomme l'auteur, a conforté « sa position dominante et celle de l'Europe allemande » en pratiquant un néo-libéralisme brutal vis-à-vis de l'extérieur et un consensus teinté de social-démocratie, jugeant même que, « pour étendre contractuellement à l'Europe entière la politique de rigueur allemande, certaines normes démocratiques » pouvaient être assouplies ou contournées. De la sorte, accuse-t-il, la hiérarchie du pouvoir qui s'établit entre les différentes démocraties nationales n'est plus du tout légitimée démocratiquement, mais imposée par le pouvoir économique dominant. Faut-il préciser que l'auteur ne l'accepte pas ? « L'Europe allemande ne remplit pas les conditions fondamentales d'une société européenne digne d'être vécue », assène-t-il en observant aussi que la confiance réciproque des citoyens européens a été détruite par les… princes qui dirigent désormais l'Union, tant et si bien que « la vision d'un continent uni se transforme en une diabolisation de l'Europe ». Comme le penseur ne s'y résigne pas, il avance quelques idées pour définir un contrat social européen et pour que « la revendication d'une démocratie purement nationale » - mais ne faudrait-il pas plutôt parler des revendications de vingt-huit démocraties, chacune d'elles étant en effet purement nationale ? - ne menace pas plus longtemps la poursuite du développement d'une démocratie européen. Car c'est bien d'un conflit de démocraties que souffre l'Union aujourd'hui…

Michel Theys

*** JEAN-CLAUDE TRICHET: La monnaie, pourquoi ? Bayard Editions (18 rue Barbès, F-92128 Montrouge. Tél.: (33-1) 74316060 -Internet: http://www.bayard-editions.com ). Collection « Les petites conférences ». 2013, 69 p.. ISBN 978-2-227-48651-5.

Petit livre sympathique que celui-ci ! C'est d'ailleurs la collection dans laquelle il est publié qui l'est, ainsi que les conférences qui la nourrissent. S'inspirant des émissions que le philosophe et historien de l'art Walter Benjamin conçut pour la radio allemande entre 1929 et 1932, Gilberte Tsaï organise chaque saison de « petites conférences » qui s'adressent aux enfants (à partir de dix ans) aussi bien qu'aux grands enfants qui les accompagnent. Les sujets les plus sérieux, les plus austères y sont abordés, la seule obligation des orateurs - et, partant, des auteurs - étant de s'adresser effectivement aux enfants, de manière claire et intelligible, et de le faire « hors des sentiers battus, dans un mouvement d'amitié traversant les générations ». C'est dans cet esprit que l'ancien président de la Banque de France et de la Banque centrale européenne raconte l'histoire de la monnaie, de son invention loin dans l'histoire jusqu'à l'apparition de l'euro que nous avons dans nos poches. La première partie de l'opuscule reprend l'exposé délivré par Jean-Claude Trichet en février de l'an dernier, tandis que la seconde consiste en un « questions/réponses » très éclairant même pour les plus grands. Si les gens n'ont pas assez d'argent, pourquoi ne le fabriquent-ils pas eux-mêmes ? Pourquoi change-t-on de monnaie ? Pourquoi le prix de la vie augmente-t-il ? Pourquoi les personnes reçoivent-elles plus ou moins d'argent selon leur travail ? Pourquoi toutes les monnaies n'ont-elles pas la même valeur ? Comment la Chine fait-elle pour brider sa monnaie afin d'être compétitive ? C'est à ce type de questions que l'auteur apporte des réponses à la fois simples et éclairantes. Il y parle aussi de la fierté et du sentiment de responsabilité qu'il a ressenti en endossant les habits du banquier central européen. La crise pourrait-elle emporter l'euro ? « Non, l'euro est la monnaie des Européens et restera la monnaie des Européens », affirme Jean-Claude Trichet pour qui « le grand problème des Européens » aujourd'hui est « de mieux s'organiser entre eux, de renforcer leur manière de gouverner leur union économique », l'union monétaire ayant, elle, « fonctionné convenablement ». Il reste à espérer que les dirigeants européens ne soient pas plus bornés que des enfants de dix ans…

(MT)

*** NICHOLAS MOUSSIS: Access to the European Union. Law, Economics, Policies. Intersentia Publishing (31 Groenstraat, B-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - fax: 6587121 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). 2013, 775 p., 60 €, 57 £, 84 $. ISBN 978-1-78068-134-4.

Un éditeur accepterait-il de publier la… vingtième édition d'un ouvrage sans que celui-ci soit digne d'intérêt ? Poser la question, c'est évidemment y répondre. Tel est le cas de ce volume qui, effectivement, se révèle être une irréprochable introduction au monde des institutions et politiques européennes. Le fait qu'il ait été traduit en pas moins de quatorze langues, chinois compris, en est une autre preuve. Ayant été pendant plus de trente ans au service de la Commission européenne, Nicholas Moussis y développe ses talents d'expert et de pédagogue averti pour offrir à ses lecteurs - au premier rang desquels doivent figurer tous les étudiants qui, à un titre ou à un autre, assimiler l'une ou l'autre facette du processus d'intégration européenne - une fresque exhaustive, à la fois interdisciplinaire et pratique. Après avoir mis à nu les racines du mouvement d'intégration mis en œuvre voici soixante ans, l'auteur présente les traités et institutions avant de passer méthodiquement en revue les différentes phases de l'intégration, ainsi que les différentes politiques développées dans le cadre de l'Union. L'une des valeurs ajoutées de ce travail est de situer chacune de ces politiques dans le temps, l'auteur vérifiant de manière impartiale si elles répondu à l'attente et envisageant la manière dont elles pourraient évoluer à l'avenir. Que ce travail contienne pas moins de 2000 références puisées dans le Journal officiel et la bagatelle de 500 références bibliographiques achève de faire de cet ouvrage une référence.

(PBo)

*** GRZEGORZ ZUK: Europe in Polish Public Discourse. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Studies in European Integration, State and Society", n° 2. 2013, 177 p., 31,95 €. ISBN 978-3-631-63753-1.

Version abrégée d'une thèse de doctorat soutenu au département de philologie polonaise à l'Université de Lublin, cet ouvrage est une tentative de reconstruire, dans le contexte de l'histoire et de la culture polonaise et européenne, l'image de l'Europe et de l'intégration européenne présente dans l'esprit des Polonais. Cette reconstruction est basée sur des analyses sémantiques de données linguistiques dans le contexte des cultures polonaise et européenne. L'auteur travaille sur la base de matériaux puisés tant chez les partisans que chez les adversaires de l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne. Il se dégage de cette étude deux profils: celui d'une Europe perçue comme une forteresse ou comme une communauté.

(PBo)

*** VICTOR FERRERES COMELLA: The Constitution of Spain. A Contextual Analysis. Hart Publishing Ltd (16 Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Constitutional Systems of the World". 2013, 281 p., 18,95 £. ISBN 978-1-84946-016-3.

Professeur de droit constitutionnel à l'Université Pompeu Fabra de Barcelone et enseignant aussi à l'Université du Texas à Austin, Victor Ferreres Comella offre, dans cet ouvrage, une introduction critique aux principes et institutions qui prévus dans la Constitution espagnole qui, promulguée en 1978, a mis un terme à la période de transition ayant mis un terme final au temps de la dictature franquiste. L'auteur s'y attarde entre autres sur la répartition des pouvoirs entre l'État, les régions et les autorités locales, des idées prospectives ponctuant le travail.

(PBo)

*** BIRTE WASSENBERG: Histoire du Conseil de l'Europe (1949-2009). Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 71. 2012, 643 p., 63 €. ISBN 978-90-5201-896-6.

Si elle est maître de conférences habilitée en histoire contemporaine à l'Institut des hautes études européennes de l'Université de Strasbourg, Birte Wassenberg le doit partiellement à cette étude consacrée à l'histoire du Conseil de l'Europe. De la sorte, elle a rendu justice à la première organisation à s'être fixé pour objectif l'unification de l'Europe mais qui ne cesse pas d'être « le parent pauvre des historiens » - comme des médias. Dans sa conclusion générale, l'auteure le confesse elle-même: « Qui dans la population européenne connaît aujourd'hui cette organisation si ce n'est grâce à la Cour européenne des droits de l'homme ? » Et pourtant, tout ce livre fondé sur une approche synthétique des soixante-quatre années d'existence du Conseil de l'Europe confirme que l'histoire de la construction européenne ne peut être abordée valablement sous le seul angle de l'Union européenne: l'organisation de Strasbourg a elle aussi une histoire riche qui mérite d'être mise au clair. Du coup, dans sa préface, le Pr. Marie-Thérèse Bitsch salue un « ouvrage de référence » et un « livre pionnier » qui pave la voie à de nouvelles recherches, notamment suite à l'ouverture progressive des archives du Comité des ministres et des quarante-sept États membres de cette organisation intergouvernementale. En attendant, c'est une grande fresque qu'offre ce travail, depuis le Congrès de La Haye du Mouvement européen qui, en mai 1948, pose la première pierre de ce qui deviendra le Conseil de l'Europe jusqu'à l'avènement d'une organisation paneuropéenne à l'ère postcommuniste. Un remarquable travail !

(MT)

*** LANDRY CHARRIER, KARINE RANCE, FRIEDERIKE SPITZL-DUPIC (sous la dir. de): Circulations et réseaux transnationaux en Europe (XVIIIe-XXe siècles. Acteurs, pratiques, modèles. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Convergences », n° 72. 2013, 228 p., 66,90 €. ISBN 978-3-0343-1277-6.

Cet ouvrage collectif, qui fait suite à deux journées d'études organisées en 2010 à la Maison des Sciences de l'Homme de Clermont-Ferrand, est consacré à la mise en œuvre des phénomènes transnationaux à travers la circulation des acteurs (réfugiés libéraux, monarchiens, réseaux maçonniques), celle des modèles politiques et celle des idées culturelles. L'un des leçons tirées par les chercheurs, issus de pays et de disciplines différentes, est que ces phénomènes sont repérables dès avant l'émergence de l'État-nation, même si la nation est au cœur des pratiques politiques transnationales au XIXe siècle. Ainsi que le résument les coordinateurs de l'ouvrage, il faudra attendre le XXe siècle pour que semble enfin émerger, sur fond de l'idée européenne, une « sphère publique transnationale » par le biais d'actions politiques, culturelles et sociales.

(MT)

Sommaire

ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
SOCIAL - CULTURE
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